Hoko Nojo – Worldex Twee (2)

Corentin Menez

Des sons, des musiques, marquent le présent. C’est pourquoi j’ajoute généralement un lien youtube  à l’article, désignant une musique ou un son particulier marquant que nous avons partagé ou que j’avais simplement en tête au moment décrit.

Jour 4

Première nuit dans un lit, premières rencontres marquantes. Je repense aux heures entières passées à attendre, le soleil qui brûle ma nuque, qu’une voiture veuille bien nous prendre parmi les convois de touristes. Cette précédant journée a vraiment été, paradoxalement, la plus dure et la plus salvatrice, celle qui prouve que la patience sera la clé de ce voyage.
On se réveille dans le calme, la tête pleine de bonnes ondes, chez ce couple idéal dont on ne sait encore que très peu, mais qui nous fait immédiatement confiance en nous accueillant comme des amis de longue date.
Dès le réveil, Tristan est plein d’énergie et ses idées pour la journée fusent. On retrouve Andréa sur la terrasse qui nous présente sa vision du monde et explique comment elle a choisi de vivre, en faisant le plus possible le bien autour d’elle.
Après un petit ravitaillement, c’est l’heure de se mettre en route pour la première aspiration de Tristan, visiter son domicile pour y récupérer des provisions et les amener à Pablo, un ami. Dans la voiture, la musique à fond, on rigole et on chante faux, on écoute en boucle un vieil album de U2. 

Aujourd’hui aussi on prend la voiture, mais cette fois-ci, pas besoin de tendre le pouce, le voyage ressemble à une sortie entre amis.
On arrive donc dans la ferme bio, lieu de travail et de résidence de Tristan qui nous explique que certes le bio demande une phase de transition pendant laquelle les récoltes sont peu nombreuses, mais qu’au final c’est prolifique sur le long terme. On le constate assez vite avec ces serres remplies de beaux fruits et légumes, des poivrons violets, des radis bien ronds, des tomates, aubergines, courgettes, salades, échalotes,… On se sert suivant la liste établie avec Pablo.
Tristan sort son Ukulélé, PH sa guimbarde, et c’est partie pour une petite session de musique.

photo serre 0

Après avoir collecté ce dont nous avions besoin pour le repas, une cagette bien remplie, nous nous dirigeons vers la prochaine destination, le Q.G. de Pablo.
À notre plus grande surprise nous arrivons dans une immense serre industrielle, à l’intérieur, des cactus, des palmiers, des plantes tropicales, il y fait très chaud. Une table se dresse au milieu de ce grand espace. Pablo et Françoise nous y attendent. Pablo est normand d’origine du sud de l’Espagne, Françoise est Liégeoise, on nous dit d’elle qu’elle chante formidablement bien.
Pablo, aussi conviviale que nos hôtes, nous fait visiter les lieux. Au-delà d’une serre et du lieu de résidence de la famille de Pablo, c’est un centre de création et d’exposition d’art contemporain. On visite l’exposition des artistes en résidences et on explore les vastes espaces du site ornementés de sculpture et d’œuvres délestées. Anthony et Tatiana, deux autres amis à Pablo nous rejoignent pour le repas.
On prend place à table, et c’est une soupe, bien fumante, qui est posée sur le buffet par Françoise. Sous cette chaleur suffocante ? On accepte par politesse de suer encore un petit peu plus. Mais l’étonnement valait le coup, la soupe, comme tout ce que nous avons dégusté là-bas, était faite avec de bons produits du terroir. Sur le tourne disque passent de vieux morceaux de Jazz ou de Rock pigmentés par un léger grésillement.

Photo serre 2

L’idée suivante qui s’était planifiée dans la tête de Tristan était d’aller faire du canoë sur la Vire. Le lit de la rivière est étrangement bas, et les réservations de canoë sont complètes, on se replie alors sur l’option baignade, un peu plus loin sous un pont. L’eau nous arrive aux genoux mais ça n’empêchera pas Pablo d’y faire un plongeon à l’horizontale. Les canoéistes, plus chanceux que nous, suivant le cours de la Vire défilent devant nos yeux, devant slalomer entre nos têtes (et nos pieds) qui sortent de l’eau. C’est généralement à ce moment-là qu’Andréa les interpelle pour les inciter à faire la course entre eux, ou en leur indiquant de prendre à droite au prochain croisement.
Andréa aime interpeller les gens. Elle a pour habitude de saluer avec insistance les petits vieux qu’elle croise. Elle aime contempler l’hésitation sur leur visage, la bouche bée, se demandant si c’est la petite fille de Madeleine ou de Jeanne. C’est un petit jeu auquel nous nous amusons à prendre part.
Nous sortons les instruments et formons un duo Ukulélé-Mélodica avec Tristan, le temps de quelques chansons, entre cyclistes qui défilent derrière et les canoéiste ramant devant.

Photo Lac

Dernière étape avant la soirée, on monte aux roches de Ham, pour tester les crêpes et le cidre normand, afin de les comparer à nos standards. Pas dégueu !

Photo Roche du Ham fit

Il est l’heure de rentrer à la base, il faut fêter l’anniversaire de Pablo (avec une semaine d’avance) et goûter ce fameux Calva. Un nouveau convive nous rejoint, Louis, un grand voyageur qui avait attrapé la dengue en Asie quelques années plus tôt. Tristan encore agité, en profite pour déloger les frelons qui ont pris possession de la ruche à l’entrée. Il enfile son voile d’apiculteur, un drap en guise de combinaison et ses tongs, il est prêt.
A côté, Pablo fait des tours de tracteur à pédales dans la serre, propulsé par Anthony, en évitant les obstacles qui se dressent devant lui.
Tout le monde est joyeux, on profite, on est avec des gens qui aiment la vie.
La veille, on ne pouvait aucunement s’attendre à ça. On était à deux doigts de dormir près du canal de Ouistreham, lieu où se sont implantés les migrants délogés de Calais.
Cette journée fut la première où nous n’avons pas fait de stop, nous avons d’ailleurs reculé de quelques kilomètres par rapport à notre objectif Scandinave. C’est une journée où les choses se sont déroulées par elles-mêmes, où on s’est laissé guider et où le temps commençait à être une notion abstraite. La soirée se finit calmement, les personnes allant se coucher une par une.

Photo Tristan apiculteur fit

Jour 5

Pendant la soirée, la journée qui arrive a été organisée. Il nous faut rejoindre Marine une amie d’Anthony, pour retrouver ce dernier à Arras, dans le Pas de Calais. Un grand bon en avant, mais aussi nos adieux à Andréa, Tristan, Pablo et Françoise.
Andréa et Tristan, on s’en souviendra longtemps. Ces deux-là sont tellement incroyables que je garde au fond de moi le fantasme qu’ils jouent un rôle, qu’ils se connaissent en vérité depuis bien plus longtemps, qu’ils apparaissent dans la vie des gens, les apprivoisent et disparaissent aussitôt, puis changent de nom et recommencent avec d’autres personnes.

On rejoint donc Marine qui est accompagnée de Thomas, un ancien élève du Lycée dans lequel elle était surveillante. Le voyage est très agréable, Marine est une écolo, féministe, humaniste. Elle fait partie de ceux qui savent de quoi ils parlent. Thomas est très drôle et sympathique, il aime la nature et les voyages, notamment la Finlande dont il nous montrera ses photos.
On arrive à Arras, où se trouvent Tatiana et Anthony, quittés la veille. Ils nous emmènent déguster frites et fricadelles, on visite la place du Beffroi pour finir par siroter les rhums arrangés d’Anthony à son appartement.

IMG_1014

Jour 6

Le lendemain, Marine et Thomas nous quittent pour entamer leur voyager en Belgique, Anthony lui, part au travail. C’est Tatiana qui prendra soin de nous aujourd’hui. Elle nous dépose à Lille que nous visiterons en vitesse puis nous fera visiter Marcq-en-Baroeul, ville résidentielle à proximité du centre de la métropole. Pourquoi Marcq-en-Baroeul ? Parce que notre parcours est bien fait. La veille, Antoine, un ami de Voiron s’apercevant que nous étions dans le nord nous propose de nous diriger vers son cousin, qui vit à Marcq-en-Baroeul, il serait ravi de nous accueillir. Encore une occasion de dormir dans un lit. On va prendre de mauvaises habitudes…
On arrive donc chez Victor, le cousin, qui héberge aussi Sophie, la sœur de notre ami. Victor, étudiant « Science Po’ » de Lille, est un amoureux des pays Arabe. Il est parti vivre au Liban, a voyagé en Israël, Irak, Maghreb, … Sophie est journaliste à « la Voie du Nord ».
On en profite pour écrire nos souvenirs des journées passées. Tout est allé si vite, tout s’est enchaîné, on se pose un peu.

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Jour 7

L’occasion est trop belle. On a avec nous, sous le même toit, une journaliste qui travaille à Armentières, ville frontalière à la Belgique. Il faut immortaliser notre passage, elle propose un article à sa rédaction pour lancer notre aventure internationale. Sophie nous dépose au bord de la frontière, nous prend en photo et nous demande toutes les informations dont elle a besoin pour rédiger son article. Le lendemain l’article est publié et marquera notre envol.

On laisse derrière nous la première semaine de voyage, et ces quatre derniers jours extraordinaires dans son sens propre.
Je commence à ressentir un frisson, on vient de goûter à ce qu’on assiste quand on regarde un épisode de « Nus et culottés », une sorte de providence, comme si chaque pièce du puzzle se mettait en place petit à petit. Comme si chaque rencontre, chaque avancée était un élément du jeu de patience que l’on essaie de compléter, et que pour dévoiler ces éléments, il faut être patient et prêt a repousser ses limites.

article

Merci Sophie. La frontière est franchie, le soufflé retombe, il faut reconstruire son chemin car le mur de l’inconnu se dresse à nouveau face à nous. Et c’est reparti pour le stop en Belgique. 

4 commentaires sur “Hoko Nojo – Worldex Twee (2)

  1. Quelle poèsie…bravo Corentin, quel beau voyage intérieur aussi et que de belles rencontres.
    Très bonne idée les morceaux de musique …on se régale …
    Sympas les normands !
    PS : la vidéo de U2 très dure ! Je l’ai pas trouvée adaptée.

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    1. Merci pour les compliments. En effet, la vidéo du clip était la vidéo officiel qui raconte une histoire dure, j’ai changé le lien pour qu’il n’y ait que la musique. Le contexte reste le même mais cette musique reste pour moi le souvenir de cet agréable moment !

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  2. Coucou Corentin. Je ne sais où vous êtes en ce moment, car je vous ai laissés à la frontière belge alors que vous alliez fouler la terre de mes ancêtres paternels! je randonne en Castilla y León et donc « que les vaya bien»!

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    1. Hello. Désolé pour le temps de latence, nous sommes en ce moment en Suède. L’article sur les Pays Bas et l’Allemagne a été publié si tu veux y jeter un œil. Merci, bise !

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