Hoko Nojo – Worldex fem (5) – Le sourire suédois

Pierre-Henri

Jour 15 (suite)

Le centre commercial ou nous dépose Johaness annonce la couleur pour les prochains jours: « Scandinavian Park »! Nous sommes à la frontière côté Allemagne, plus qu’à trouver une gentille âme pour nous faire traverser.
Le stop commence à la sortie du centre commercial, certaines personnes nous font des signes que nous mettons un moment à déchiffrer. En effet pris par l’émotion de pouvoir enfin quitter l’Allemagne qui nous a mis à rude épreuve nous en oublions l’heure, il se fait tard et l’on nous voit de moins en moins sur le bord des routes. Bien décidés à sortir d’Allemagne le jour même nous continuons tout de même le stop en enfilant nos gilets de sécurité. Surprise pour Corentin, son gilet tout juste déballé le serre un peu au niveau du torse. Tu n’as plus 7 ans Coco, tu aurais pu choisir une taille un peu plus grande! Qu’à cela ne tienne, la sécurité avant tout, nous levons les pouces vers l’horizon bitumeux. Les arrêts de voitures s’enchaînent, à croire que les gilets rassure les gens, aurions nous trouvé l’accessoire miracle? Malheureusement les voitures qui s’arrêtent vont en direction d’Hambourg, non merci nous avons déjà donné.
Enfin une voiture allant au Danemark, deux Syriens en direction de Kolding. Parfait! Ils nous demandent si nous avons nos passeports, un peu surpris de cette demande car le Danemark fait parti de l’espace Schengen nous répondons par l’affirmative et leurs montrons. En route!
Effectivement lors du passage de la frontière nous sommes arrêtés et les passeports contrôlés. L’afflux de migrant au Danemark à contraint le gouvernement à instaurer ces postes frontière. Tout les trois mois la loi autorisant ces contrôles est revotée au sein du gouvernement puis soumise à l’approbation de l’Europe. Les contrôles sont aléatoires, certaines personnes passent sans soucis les autres montrent leur passeport. Yassir nous affirme que sans nous ils seraient passés sans difficultés, n’ayant pas croisé le regard du garde et les vitres arrières étant teintées, nous avons peu de mal à le croire.

Enfin bon tout est en ordre nous passons.

Yassir et Ammar vivent au Danemark depuis plusieurs années et semblent connaître tout la population syrienne du coin, les coups de téléphone s’enchaînent au fur et à mesure que les kilomètres défilent. Ils nous déposent au dessus de Vejle en nous précisant que si nous sommes toujours là quand ils repasseront dans quelques heures ils pourrait nous emmener jusqu’à Copenhague. Il est déjà 22H, nous n’avons aucune envie d’arriver en pleine nuit à Copenhague, nous cherchons donc un espace pour notre tente au bord de la mer Kattegat séparant le Danemark de la Suède. Je me prends un bain de nuit dans cette mer noire pleine de sorte de larves luisantes. Je serais peut être couvert de brûlures le lendemain…

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Jour 16

Au réveil rien à signaler, je suis rassuré. Nous reprenons le stop à l’endroit où nous avions été déposés la veille. En trois voitures nous arrivons à Copenhague. En route nous en apprenons un peu plus sur le mode distributions de l’électricité et de l’eau au Danemark. N’ayant pas de centrale nucléaire, l’électricité est produite en bonne partie par le renouvelable. Elle est donc plus chère pour les habitants, ce qui rend plus rentable, en tout cas plus que dans nos contrées, l’installation de panneaux solaires sur les maisons individuelles. L’électricité produite est consommée directement et le surplus revendu aux gros distributeurs. Les éoliennes aussi prennent une place importante dans ce pays, nous naviguons entre les nombreux champs terrestres et offshores implantés un peu partout.
(Environ 43% de l’électricité consommé au Danemark en 2016 provient de l’éolien et 3% du solaire, le reste étant un mix entre le pétrole et le charbon. A titre de comparaison, en France en 2015  le nucléaire représentait un peu plus de 76% de la production et le renouvelable, si l’on inclut la production hydroélectrique, un peu plus de 17%, 6,4% sans l’hydroélectrique*. Nous avons du chemin à faire).

Grâce à Carl, commercial, Julia et Maria, deux amies très proches qui marqueront notre cinquantième voiture et à Yoan, dessinateur ornithologique, nous atteignons finalement Copenhague. Pour visiter la ville en toute tranquillité nous nous mettons à la recherche d’un logement en faisant du porte à porte, entre les personnes un peu craintives et les maisons vides cela nous prends un peu de temps mais finalement nous recevons une réponse positive. Nous plantons notre tente chez ces personnes dont nous ne connaissons rien. On nous apporte un café plus que bienvenu puis nous démarrons notre exploration de la ville. Il s’avère que c’est la semaine de la gay pride, étant habitué à arriver complètement au hasard à cette fête ( À Londres en 2014 et à Paris en 2017) je connais la bonne humeur et la joie qui s’en dégage. Nous observons différents concerts et défilés avant d’arriver à la finale nationale de tennis barbecue! Jeu récemment inventé ou deux équipes de deux personnes s’affrontent chacune leur tour pour essayer de mettre une balle dans un barbecue. Le premier joueur envoi la balle avec sa raquette de tennis de plage au second qui lui fait une passe pour que le premier puisse marquer le but (dans le barbecue). La tension est à son comble, les deux équipes sont au coude à coude, le publique applaudi à chaque but ( en faisant claquer les doigts, c’est une des règles de ce sport). Finalement une équipe sort victorieuse et explose de joie comme-ci ils étaient champions du monde (ce qu’ils sont probablement d’ailleurs).

Nous nous remettons de nos émotions et nous mettons en quête d’une bière, et oui c’est vendredi! Une fois la mission validée nous rentrons nous coucher discrètement chez nos hôtes déjà endormis.

Jour 17

Au matin nous prenons le petit déjeuner avec toute la famille Dano-pakistanaise Bangash composée du fils, qui nous a accueilli la veille, de la sœur, de la mère, ancienne baroudeuse, et du père plein de bons conseils. Ils nous conseilleront d’ailleurs de nous rendre au Pakistan, pays aux paysages incroyables et à l’accueil chaleureux.

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Nous restons un moment à discuter avant de nous mettre en quête de la Suède, pays tant attendu. Nous rêvons des paysages, des forêts et surtout des lacs qui nous attendent, on a hâte d’y être! Helisabeth et sa fille nous mènerons jusqu’à Malmö, première ville après la frontière, via le pont le plus grand du monde, le Øresund. Ça y est nous y sommes!
Premier avantage commun avec le Danemark et les Pays-Bas, leur anglais est parfait, que ce soit les paysans ou les citadins tout le monde nous surpassent. On apprendra que dans ces pays les films anglais et américains ne sont pas traduits mais juste sous-titrés ce qui explique que dès leurs plus jeune âge leurs oreilles sont bercées à l’anglais.

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Pendant notre repas au milieu des skateurs nous résumons notre plan : monter jusqu’à Göteborg puis nous rendre à Oslo en Norvège puis bifurquer sur Stockholm.
Après quelques sauts de puce nous arrivons à Helsingborg ou nous resterons un long moment. Bon ok jusque là ça ne marche pas très bien mais nous étions sûrement aux mauvais emplacements. Nous trouvons finalement un immigré polonais qui nous sortira de la ville pour nous laisser en plein milieu de l’autoroute « Yes yes good place to hitchhike », nous sortons rapidement de là pour nous mettre sur l’entrée d’autoroute. Quelques heures d’attente plus tard et nous revoyons nos plans, « essayons d’aller directement à Stockholm ». Le stop est une histoire de patience et de temps, nous essayons d’avoir le moins possible de contraintes temporelles mais là nous en avons une. Nous devons être début septembre à Toulon pour embarquer sur un voilier pour faire un tour en Méditerranée afin d’être formés à la traversée de l’Atlantique. Un rendez-vous que nous ne pouvons donc pas manquer quitte à remettre à plus tard nos rêves d’exploration de la Scandinavie reculée. « Ok pour Stockholm », mais ce sera pour le lendemain car impossible d’avancer aujourd’hui.

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Jour 18

Le lendemain marquera notre pire journée, l’Allemagne était une partie de plaisir! Plus de kilomètres à pieds que de kilomètres en voiture sans le vouloir ce n’est pas très glorieux. Nous arpentons les différentes entrées d’autoroute et stations essences de la ville dÅstorp sans aucuns succès pendant toute la journée. Après avoir demandé l’hébergement chez plusieurs locaux nous installerons la tente dans un champ à une vingtaine de kilomètres de la nuit précédente. En Suède le camping sauvage est autorisé du moment que ce n’est pas à côté d’une maison, que c’est pour une nuit et que l’endroit est laissé propre le lendemain. Cela n’encourage malheureusement pas les habitants des maisons en bois rouge à ouvrir leur porte mais plutôt à nous refuser (avec le sourire) et à nous indiquer un endroit plus approprié.

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Jour 19

Nous reprenons le stop au matin sans succès à part un chinois qui a du réorganiser entièrement sa voiture pour nous permettre de rentrer, j’essayais pendant ce temps d’enlever une crotte de chien sous ma chaussure. Il nous dépose au village suivant ou, dépités par ces trois jours de quasi sur place nous nous autorisons 45 minutes de bus en direction d’un lac. Stehag sera notre point de chute, après une heure de marche en direction du lac nous arrivons dans un camp de vacances désert ou les propriétaires nous autoriserons à utiliser des abris en bois entourant un foyer à barbecue. Des animaux en tout genre, chevaux, vaches, oies (et autres?) nous tiennent compagnie. Je soupçonne d’ailleurs Corentin d’accuser une vache à sa place d’avoir fini et léché jusqu’à la dernière goutte le reste d’une salade préparée.

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Jour 20

Nous y resterons aussi le lendemain pour nous reposer en comptant sur nos talents de chasseurs cueilleurs pour survivre. Nous décidons cette journée là de ne plus jamais parler de Åstorp et de ne pas nous aventurer plus loin en Suède au risque de mettre trop de temps à en sortir.

Suède, ce n’est que partie remise, nous reviendrons te voir un jour!

*https://www.connaissancedesenergies.org/

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