Hoko Nojo – Worldex sechs (6) – Une seconde chance en Allemagne

Corentin Menez
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Notre passage en Suède nous fait remettre en question pas mal de points. Certes, les gens que nous avons rencontrés ici étaient sympas, mais on n’a vraiment pas réussi à nous fondre dans le pays. On a vécu ce dont on avait déjà témoigné plus tôt. Parmi les sourires, beaucoup d’indifférence, de mépris, et parfois même des majeurs en guise de provocation. Pourquoi est-ce qu’on fait ça ? Est-ce que c’est vraiment une bonne idée ? C’est dur à supporter, on est en marge, on a l’impression d’évoluer dans un autre espace-temps et de voir autour de nous des nuées de gens accaparés par leur ordinaire. En même temps c’est vrai, on n’est rien de plus que des parasites qui s’accrochent aux biens des autres. On a besoin de l’attention et de la générosité d’étrangers, car seuls, on ne pourra rien faire.

Jour 21

Ce matin, un magnifique lever de soleil teinte le ciel au-dessus du lac. Nous avons déjà pris la décision d’écourter notre exploration Suédoise. Reprenons donc la route, en chemin inverse. Notre passage en Suède c’est un peu comme tremper le pied dans une eau un peu froide et rapidement se désister en ponctuant l’action par un « meh » en hochant la tête. Un je ne sais quoi n’a pas marché ici, nous n’avons pas réussi à provoquer la chance. Il nous faut désormais être sûr de pouvoir rentrer à temps à Toulon pour atteindre notre bateau. Mais nous le savons, plus tard quand nous le pourrons, avec plus de temps et de patiente, nous plongerons dans le grand bain scandinave, et atteindrons Oslo, Stockholm et la Laponie. Nous quittons notre lac et redéfinissons le cap sur Malmö. Après une bonne marche, deux voitures et des bouchons sur l’autoroute, nous nous retrouvons dans son centre, à quelques mètres de là où nous avions déjeuné 3 jours plus tôt. On traverse la ville pour se mettre à l’emplacement où devraient défiler les Danois de retour au pays. Mais attend, on ne peut pas quitter le pays sans envoyer une carte à Alfred et Karla à qui nous avions fait la promesse d’un hommage en ces terres. Ok, on s’en occupe, on reste ici encore une nuit, mais demain, on file.

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Jour 22

Chose faite, on repart avec le plein d’énergie et de volonté, il faut qu’on retraverse ce pont. Un peu d’attente et ça y est, on est en route. À plus tard la Suède, quoi de neuf le Danemark ? Bah ça va bien, il fait beau, on est confiant et une voiture s’arrête déjà. André, aux faux airs de Christopher Waltz, nous prend. Son fils lui avait demandé quelques jours plus tôt « papa, toi qui as voyagé en stop dans ta jeunesse, pourquoi tu ne prends jamais de stoppeurs ? » Il peut maintenant cocher sa liste, car c’est fait, et t’en a même deux pour le prix d’un. Inspiré par ses voyages, André nous donnes quelques leçons de sagesse. « Il faut y croire pour que ça marche. Si tu ne crois pas que tu peux le faire, alors tu peux être sûr que ça ne marchera pas. alors pourquoi ne pas y croire ? ».
Le voyage était court, mais nous a permis de sortir de Copenhague. Après quelques tentatives à la station essence, c’est sur une bretelle de voie rapide que nous trouverons preneur. Tim a une plaque Allemande, mais il est bel et bien Danois. Il vit à la frontière, du côté Allemand. C’est parfait pour nous, il peut nous faire traverser tout le pays d’un coup. Après plusieurs heures en sa compagnie et quelques instants de luttes pour ne pas céder au sommeil, il nous dépose à Flensburg, ville côtière frontalière.
Un toc-toc à l’aubèrge de jeunesse « avez-vous de la place ? – Oui, on a des chambres de 4. – Parfait ». De l’eau + de l’électricité + des matelas + un oreiller + une couette + une cuisine = le grand luxe. On enfile nos tongs pour laisser respirer nos pieds qui puent et on part visiter le centre. Ravissante artère piétonne dont on suit les pavés qui nous débarquent sur le port. On inspecte les voiliers qui trônent au milieu des bancs de méduses, s’imaginant traverser l’Atlantique à leur bord. Mais au fait, c’est vendredi bière non ? Non. Tant pis on prend quand même des bières, et de quoi cuisiner chaud en rentrant.

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Jour 23

Le lendemain, il faut rendre les clés tôt. Petit déj’ sur la terrasse de l’auberge, protégé de la pluie qui s’abat à grosses gouttes. C’est bon, l’averse est passée, on peut se remettre en route, après nous être bien ressourcés. Bon, notre première expérience en Allemagne ce n’était pas la folie. On n’est pas hyper enthousiaste.
Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? Un panneaux de signalisation, avec différentes destinations inscrites dessus. Une pancarte aménagée pour auto-stoppeur . Génial, il faut qu’on essaie. 10 minutes et deux étudiantes s’arrêtent pour nous déposer à Tarp.

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Cette journée commence bien. Peu après, Mario nous embarque. Lunettes noires, chapeau noir, voiture noire, il ne respire pas particulièrement la joie de vivre. Lien ou pas, il est collecteur de taxe à Flensburg. On parviendra quand même à lui décrocher deux trois rires, peu avant qu’il nous dépose, à 10 kilomètres d’Hambourg sur une aire d’autoroute.
Hambourg, tous les mauvais souvenirs réapparaissent, je crois que je sens sa présence, j’entends au loin les grues de son port qui grincent en tournoyant, les files de camions déchaînées dans les couloirs d’autoroute, la none, Maria, en train de nous demander sa route. J’ai le sang qui se glace. Non, pas Hambourg s’il vous plaît ! On doit tout faire pour éviter cette ville.
Je me pose, j’écris un peu pour me remettre à jour sur mon carnet de bord. PH va chercher à manger. Tout à coup une sorte de « compagnon du devoir » allemand se rapproche avec sa canne et entame la discussion. Je lui explique que nous sommes des voyageurs français, qu’on se dirige vers le sud de l’Allemagne, par Hanovre. Il me dit que lui doit voyager en stop un peu partout, une forme de rituel d’initiation. Il est très sympa, une pluie fine viendra interrompre notre discussion. Je reprends mes écritures. Le même bonhomme, accompagné d’une femme, revient quelques minutes plus tard. « Je t’ai trouvé quelqu’un qui va à Hanovre ! ». « Bordel, tu vois pas que je suis en train d’écrire?!! » . Je n’ai rien eu à faire, PH arrive à ma gauche avec les sandwichs, et j’ai trouvé une voiture sans avoir bougé mon cul du trottoir. Aaah, Hambourg ! Peut-être pas si mal comme ville finalement ?
On s’installe dans la voiture de Birgit, accompagnée de son amie homonyme, dans le véhicule avoisinant. Elle prend à son tour place dans la voiture que nous avions déjà investie et nous propose des bonbons. Elle est marrante. Sur son pare-brise, un autocollant de Ganesh veille sur nous. On enchaîne les sujets de discussion pendant le voyage, pourtant bien long. En longeant Hambourg, on se tape des bouchons monumentaux, histoire de quand même nous narguer.

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Birgit a voyagé de partout. Elle nous conseille surtout la Jordanie et le Moyen-Orient où les gens sont d’un accueil formidable. Elle est aussi amoureuse de musique, et particulièrement d’un collectif sub-saharien dont nous explorons la discographie. Super voyage, la conversation se poursuit pendant que PH pique un somme. Elle nous dépose avant Hanovre, il est temps de songer au coucher. Ce coup-ci, c’est vendredi bière hein ? Oui. On repère sur Maps un village pas trop éloigné de l’autoroute. En espérant qu’il y ait un bar, on part dans cette direction. On fait quand même du stop vu qu’on n’est pas mal en veine aujourd’hui. Et ça marche. Christophe s’arrête, et Il aura pour mission de nous trouver un village avec un bistrot. Parce que vendredi bière c’est notre première règle du voyage, et bien la seule d’ailleurs ! Il accepte son rôle et nous présente un Netto sur sa route, mieux que rien, on débusquera certainement plus folklorique pas loin.
Décidément, aujourd’hui le bon karma est de retour. Dans cet élan, on veut encore plus, on va chercher le maximum. On sonne chez les gens dans une rue pas loin pour nous soulager de nos bagages et trouver où dormir. Les gens, comme souvent, sont méfiants et disent non. Puis on aperçoit un individu, la tête plongée dans le coffre de sa voiture. On interpelle ce bricoleur qui s’active. Il nous dit de le suivre et nous dévoile son immense jardin. René rentre débattre avec sa femme sur notre sort, puis revient nous donner son verdict. C’est oui, on explore en sa compagnie cette immense étendue. il nous présente un verger, une forêt, une petite fontaine près de laquelle on peut poser notre tente. Puis Katja, sa femme, nous rejoint, accompagnée de leur bébé de 6 mois, Jouna. Tout de suite très amicale, elle nous propose de prendre une douche et de nicher comme on le ferait chez nous. Elle nous fait donc visiter notre nouvelle maison. Tout aussi grande que le jardin, elle est très lumineuse, les murs ont été abattus pour laisser l’espace remplir la bâtisse. À côté de la salle de bain, une chambre d’amis libre. Naturellement, elle nous propose d’y faire le lit pour nous installer. C’est incroyable de contempler le grand sourire et la confiance immédiate que Katja offre à de parfaits inconnus, encore accompagnée de la petite Jouna attachée a ses épaules.
On est libre de faire ce qu’on veut, seule consigne, rentrer avant 22h car après la porte sera verrouillée. On sort après avoir posé bagages et on part rejoindre René dans le jardin qui continue à charger son coffre. On lui propose de l’aide. On n’est pas sûr de comprendre sa réponse, on redemande. Finalement il nous indique les sièges de sa voiture, on part donc avec lui en virée, le coffre bien chargé. On va délivrer des poutres dans une ferme, puis ramasser des bûches un peu plus loin, pour enfin jouer aux bergers. Parmi les nombreux lieux qu’il nous fait visiter, il nous présente son petit troupeau de « futures saucisses ». il nous faut agrandir l’enclot pour leur offrir de nouveaux pâturages. Sur place, un mouton semble prit au piège dans la clôture électrifiée. René attristé, s’empresse de le libérer, prenant le jus par la même occasion alors que j’essaie de désactiver le courant. On entre en action, il faut enlever les piquets pendant que lui, divertit le troupeau. Le temps de clôturer le nouvel espace, et c’est bon, aucune bête ne s’est échappée, bien trop occupé à se goinfrer des nouvelles herbes disponibles. Puis on repart à travers les bosquets en inspection de ses ruches dispersées dans les bois de la commune.

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Bon et la bière dans tout ça ? René fait un dernier détour à une station essence, et ressort comme un messie, avec deux packs de bières. On a les yeux qui brillent, mais pas sûr qu’elles soient pour nous. On rentre. Katja avait mijoté un curry de légumes qui embaume la maison. René nous tend les bières qu’il a fraîchement récoltées. On découvre son immense collection de vinyle dont il tentera après une longue réflexion, de nous sortir son préféré. On se sent bien ici. Katja nous invite à déguster son plat indien accompagné de saucisses de mouton. Un délice. On se met sur la terrasse pour finir les deux packs en compagnie de René. Katja et Jouna passent nous dire bonsoir, « schalf gut » à eux deux. Nous nous éteindrons à petit feu, les bouteilles de bière vides et la tête pleine de moutons à compter.

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Jour 24

Une belle nuit dans un lit, aujourd’hui il nous faut faire de la route pour nous rapprocher de Nuremberg. On prend une douche et on débarque dans le salon où toute une table est dressée pour nous. René et Katja font leur vie à côté en prenant soin de s’assurer de notre confort. C’est touchant. on ne veut pas partir mais il le faut. La fin de l’averse annoncera encore cette fois-ci notre départ. Adieux René et Katja. Les gens se rencontrent pour se quitter, les choses se commencent pour se finir, il faut aller de l’avant. Une marche d’une bonne heure se fera à peine sentir, reboostés par ce vendredi bière d’exception. Pendant que nous effectuons notre randonnée matinale, un véhicule et sa remorque s’arrêtent à notre hauteur. Harti en sort en boitant. il nous dit « mettez vos affaires dans la voiture, aidez-moi à récupérer ça », désignant une table de ping pong un peu fatiguée de l’autre côté de la chaussée. « Après, je vous dépose où vous voulez ». On pose nos sacs sur les sièges, on attend de l’autre côté de la route qu’il fasse demi-tour. il s’éloigne. Ça comment a faire loin comme demi-tour, on ne le voie plus. Un peu intrigués, on se rassure en se disant qu’on peut toujours aller frapper à la maison d’à côté, ils le connaissent sûrement. Ouf, il revient avec un grand sourire un peu taquin. On parvient, après plusieurs tentatives, à faire rentrer la table dans sa remorque. On lui demande de nous déposer près de l’autoroute, à une dizaine de Km d’ici. Il est amusant, sur le siège un bouquin de photos sur le Grand Canyon. Il est passionné de Rock, de Western et des paysages désertiques de l’ouest américain. Après les saluts, on lui promet qu’on lui enverra une photo de là-bas. On attend à nouveau. Au bout d’une heure, une nouvelle voiture, encore avec une remorque, se gare.
Carl est accompagné de son compatriote Suédois Pedro. Ils se rendent tous les deux dans le sud de l’Allemagne pour y récupérer une moto. Nous discuterons tout le trajet avec Carl, alors que son copilote en profitera pour récupérer le sommeil égaré la nuit passée. En effet, il faut en faire des kilomètres entre la Suède et le sud de l’Allemagne, et on y sait quelque chose. Très amical et cultivé, Carl nous raconte ses voyages, nous lui racontons le nôtre. Il est très enthousiaste sur notre projet. Il veut qu’on se retrouve d’ici quelques années, une fois la boucle bouclée, autour d’une bière, pour lui raconter nos plus belles aventures. Sur l’aire d’arrivée, on mange, puis on retourne à la chasse aux voitures qui se dirige vers le sud. On harponne Barbariane et Jalal avec qui nous ferons presque 300 Km. Jalal est réfugié Irakien, pays qu’il a quitté à 17 ans pour aller en Turquie, puis en Allemagne où il est depuis 3 ans. Barbiane revient de Copenhague où elle aidait sa fille à s’installer. Beaucoup de personnalités différentes et de sujet à aborder dans cette voiture. On se fera déposer à 100 Km de Nuremberg. Fini pour aujourd’hui. Un petit village pas loin devrait avoir de la place pour nous. Y en a marre de dormir dans des lits, on veut camper. On trouve un petit coin en hauteur, entre bois et champs de blés.

Nous qui redoutions de devoir passer à nouveau en Allemagne avons dû revoir notre jugement. L’enthousiasme des gens, leur ouverture, leur générosité, nous font confirmer quelque chose sur lequel nous avons eu tort de douter : déjà, les Allemands sont super. Et que quand les temps sont durs, il faut simplement être patient.

Finalement, pour des parasites, on fait de belles rencontres. On passe des moments invraisemblables. Il faut peut-être simplement séparer les gens en deux catégories : ceux qui acceptent de partager un bout d’aventure avec nous, et ceux qui le refusent. Tant pis pour nous, mais tant pis aussi pour eux.
On n’impose rien à personne. L’aura que nous accumulons au cours de nos rencontres diffuse les songes du voyage et de la bienveillance autour de nous. C’est prouvé, être généreux stimule une partie du cerveau, celle du bien-être. En fin de compte, on donne juste aux gens une occasion d’être heureux.

Dans le prochain épisode, vous découvrirez comment nous avons obtenu nos nouvelles identités: « animal séduction » et « goulag soviet ».

3 commentaires sur “Hoko Nojo – Worldex sechs (6) – Une seconde chance en Allemagne

  1. coucou moi aussi je me régale c’est génial votre aventure tous ces gens que vous rencontrez je suis contente que ça se passe bien (en général) et vous savourez d’autant plus chaque petit plaisir (une bonne bière fraiche , un oreiller, une douche …)

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  2. Quelle(s) plume(s) ! Continuez à noter et à partager tous ces instants de petits bonheurs qui suivent toujours les baisses de moral. C’est un vrai plaisir de lire votre prose! Vous avez déjà fait de bien belles rencontres en un peu plus d’un mois. Et ça ne fait que commencer, c’est certain! Bises.

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