HOKONOJO – WORLDEX DIEZ (10) – La traversée attendue

Corentin Menez

JOUR 81 – JOUR 104 – 26/10/2018 – 18/11/2018

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Changement de cap

famille

Fin de ce chapitre de rêve, perchés dans notre montagne tropicale avec cette incroyable petite famille. Mais c’est pour découvrir les pages vierges d’un nouveau, qui devrait être encore plus exceptionnel. Celui qu’on attend depuis longtemps, qui fait aussi bien frissonner que trembler les voyageurs : la traversée de l’Atlantique.

Bus pour rejoindre Almunecar après les aux revoirs a Alexandra, aux enfants et à Piotr qui nous laissent au bord de la route. On arrive jusqu’à la gare routière, rappelant l’image de notre arrivée ici-même un mois plus tôt. Une nouvelle boucle de bouclée. Sur place nous rejoignent l’oncle et la tante de PH, en vacances dans le coin, et qui ne pouvaient pas s’imaginer ne pas partager quelques heures avant notre départ vers un autre continent. Ils nous régalent. Super moment passé avec eux, qui étaient dans les derniers à nous faire les saluts à la pointe du raz. Ils nous amènent même jusqu’à Motril, où nous trouvons le bateau, après chocolat con churros, tapas et provisions de fruits et pâtisserie. On se joint avec eux à l’équipage, attablé à un bar dans l’enceinte du port. C’est l’heure du café, bon timing. On prend possession du bateau, amarré un peu plus loin sur un bout de ponton.

Bienvenue sur Jonathan. Un catamaran, 5 candidats, un objectif commun. Pendant plusieurs semaines ils vont devoir cohabiter, affrontant les épreuves qui se présentent à eux. Vont ils parvenir à arriver à bon port ? Comment va se passer l’entente sur le bateau ? Le capitaine sera-t-il satisfait de ses moussaillons ?

Le catamaran Jonathan :

jonathan

Son équipage :

(Vidéo de présentation du capitaine à venir)

Avec Jacky, et nos deux coéquipiers Robin et Fred, on est entre gens pas pressés. Départ en fin d’aprèm, le temps de faire une sieste dans les filets à l’avant du catamaran. Cari de saucisse de bienvenue, c’est la spécialité de Jacky qu’il mijote pour accueillir ses nouveaux compagnons. Vient le moment de faire les premiers quarts, comme ça, directe. À cinq, on fait simplement deux heures chacun.

Retour à Gibraltar, rien d’inédit pour nous, on se place au mouillage (sorte de camping sauvage toléré pour les bateaux), juste devant l’entrée de la marina de la Linéa où nous étions avec Pierre et Jean-Louis un mois plus tôt. Une autre boucle bouclée.

Le moteur de l’annexe ne marche plus, il faut faire les aller-retour à la rame. Sur terre, on atteint le mercadona du centre de la Linéa, puis on rentre au bateau pour se boire une bonne bière.

Au passage, la quantité de bière est plus que satisfaisante à bord, ainsi que celle de rhum et de kéfir, une mixture mystérieuse que concocte le capitaine. Quantité qui en tout cas nous mettra à l’abri d’un vendredi bière à sec.

Sortir d’Europe

On reste encore au mouillage pendant deux nuits avant de prendre la direction de Tanger. Suite à notre entretien avec la journaliste de Gibraltar le mois passé, nous n’avons toujours pas de nouvelles de sa publication. En tout cas, déçus, sur place, personne ne nous reconnaît.

Départ pour Tanger, plein d’essence et de bouffe. Le vent se lève pendant notre traversée. Aux ¾ du trajet, juste après le repas, à la fin de la pause-café, après les derniers verres de la vaisselle lavés, de grosses vagues apparaissent. Le vent s’emballe, en 5 minutes on se retrouve au milieu du champ de bataille. La houle arrive de tribord et nous tape de plein fouet. Le détroit de Gibraltar est réputé mouvementé. L’Atlantique, plus haut que la Méditerranée, se déverse dans ce petit entonnoir, où les vents viennent eux aussi s’engouffrer. On se retrouve donc en plein milieu d’une brutale perturbation. Et ça rigole pas. Avec PH, on se dépêche de ranger la vaisselle qui commence à chahuter sur la table. Se tenir pour ne pas tomber. Le bateau monte au sommet des vagues pour chuter 8 mètres plus bas dans le creux faisant résonner l’impact dans tout le bateau. Impact accompagné de bruit de vaisselle et d’embrun qui vient nous claquer le visage . L’eau s’infiltre par la fenêtre de l’escalier de la cuisine . Dans la salle de bain les brosses à dents et les serviettes sont par terre. Dans la cuisine, quelques verres, mugs, et une bouteille de vin rouge explosée tapissent le sol. C’était violent, mais c’est assez vite fini . Un petit rappel venant de l’Atlantique, pour que nous n’oublions pas que pour l’instant on ne connaît que sa petite sœur, la Méditerranée. On se rapproche enfin plus sagement de la côte marocaine, un peu lessivés.

tanger

Débarqués à Tanger, on est chaleureusement accueillis. A vrai dire, on se croirait encore en Europe. Juste la langue vient contraster. On se dirige vers la vieille ville pour nous engouffrer dans les souks de la médina. Tout de suite plus exotique, des locaux traînent dans la rue, à l’affût d’un touriste en besoin de guide. En voilà justement un qui nous escorte pour nous faire visiter, mais on n’est pas des touristes comme les autres nous. Il parvient quand même à nous faire dîner dans un restaurant typique, un peu kitsch, où trônent des portait du roi Mohammed VI à chaque coin de salle. Petit à petit la pièce se remplit. Ici, on est finalement bien des touristes entourés de nos semblables européens. Ce qu’on mange est bon, mais beaucoup trop cher, un peu une arnaque. On fera mieux demain, Inch allah.

Tanger d’intempéries

Pendant les cinq jours ici, que du sale temps. On va en effet, de jour en jour réussir à trouver des plans plus convenables. La pluie nous démoralise un peu. On passe une bonne partie des journées à attendre qu’elle se dissipe, comme un triste dimanche où la motivation se repose. On aura quand même eu l’occasion de s’imprégner d’une culture plus lointaine durant les éclaircies.

Fred nous quitte pour rentrer d’urgence en Suisse, on se donne rendez-vous aux Canaries pour la suite. Premier jour de beau temps, il nous faut déjà reprendre la mer après avoir un peu profité des coffeeshops locaux. Cette fois, nous allons faire la rencontre de l’Atlantique pour de vrai. Après quelques miles depuis la marina, nous y sommes. L’Atlantique, c’est comme la Méditerranée, mais en plus grand. En gros, les vagues sont plus espacées et plus larges.

Sur le bateau, plus de toilettes, elles sont bouchées. On va devoir utiliser un seau pendant quelques jours. La voile est décousue, on en profitera pour racheter des aiguilles en même temps. Ah, et des joints aussi, parce qu’il y a quand même pas mal d’eau qui s’infiltre par les hublots de l’escalier. Bon et une batterie de moteur est à plat. La liste s’agrandit alors que notre confort prend le sens inverse.

Premier quart au large des contours marocains. On avance vite, on prend la barre pour maintenir le cap manuellement et soulager l’autopilote, gourmand en énergie.

C’est tranquille. Dans la journée, on s’occupe de sieste dans les filets à l’avant, de sieste dans la cabine et de sieste dans la pièce centrale. On lit, on s’occupe à la cuisine, à la pêche, aux jeux, toujours aux aguets pour les moindres soucis. Il est vrai que la vie est fatigante sur un bateau, on est toujours en mouvement de compensation, pour tenter de garder l’équilibre. Même dormir semble fatiguant.

Troisième nuit, par manque de vent, on avance à 1 ou 2 nœuds, mais au moins on dort bien. Ah, maintenant les moteurs ne démarrent plus. Les deux batteries sont à plat, et ce n’est pas ce soleil, à peine souriant, qui va permettre aux panneaux solaires de faire leur job. Donc ça veut dire qu’on ne peut plus mettre les moteurs, et donc plus d’électricité pour les trois derniers jours de voyage. Pas de frigo, de lumière ou de chargeur de portable. Mais surtout pas d’autopilote. Donc, nécessité d’avoir une personne à la barre H24, pendant qu’on dort, pendant qu’on mange, pendant qu’on fait la sieste. On aura de quoi s’occuper.

La vie à bord s’organise, entre ceux qui font à manger, ceux qui font la vaisselle, ceux qui rangent, qui nettoient, et ceux qui pilotent. Chaque 1h30, une nouvelle personne prend place.

Un Atlantique pacifique

Dernière nuit en approche des Canaries.

Quelle belle nuit de rêve. On avance vite, poussés par le vent et les vagues sur lesquelles on surf. C’est calme, et enfin une vue dégagée sur l’univers qui pétille au-dessus de nos têtes. C’est incroyable, je me sens planer, la barre dans les mains, de la musique dans les oreilles, les yeux grands ouvert pour admirer le spectacle.

Lanzarote approche, première île des Canaries. La ville objectif, Arrecife.

Premier mouillage au large d’Arrecife, car sans moteur, la maniabilité ne peut pas autoriser les mouillages habituels. En se rapprochant de l’endroit en question, virement de bord, la baume part à toute vitesse et tape si fort qu’un gond pète violemment. Moment de doute, est ce qu’on se retrouve, sans moteur, sans annexe, sans grande voile et avec un Génois décousu ? Heureusement, le problème est résolu rapidement et nous pouvons reprendre les manœuvres.

Après plusieurs emplacements candidats, c’est juste en face de l’aéroport, celui où atterrira demain Fred, que nous jetons l’encre.

On sort l’annexe et on part à la rame avec pour mission l’achat d’une nouvelle batterie. On pagaye en se rapprochant des cailloux du bord, et surtout en évitant les rouleaux des vagues qui agressent le bateau. On revient alors une fois la nuit tombée, manquant de faire chavirer la fragile embarcation contenant notre nouvelle batterie de moteur.

Après la nuit et une douche chaude, on profite de notre nouvelle batterie pour changer de mouillage et nous rapprocher de la ville. On trouve une petite enceinte juste à côté du centre où une dizaine de bateaux, majoritairement Hollandais, nous tiendront compagnie pendant 3 jours. On récupère notre ami Fred, qui revient de Suisse avec un bon rhume. À cinq on va pouvoir reprendre nos parties de tarot. La ville n’est pas très attrayante, mais jolie bord de mer qui nous permettra de régler plusieurs problèmes, de faire des lessives et de bien manger.

arrecif

Tour du monde en quoi ?

Ça fait si longtemps, qu’on en a peut-être perdu la main. Entre bateau, woofing et re-bateau, le stop n’est devenu quasiment qu’anecdotique. On va faire du stop, ici, maintenant. On laisse le bateau qu’on retrouvera au sud de l’île, à Playa Blanca, et on trace notre propre chemin, comme au bon vieux temps. 60 Kilomètres qu’on fera en 1h30 et 2 voitures. Sur le chemin se déroulent des paysages arides, de volcans à droite, des petits villages aux maisons blanches à gauche. On voit du jaune, du noir, du blanc, de l’orange, du bleu, du vert du rouge : un beau panel de couleur rencontré. Entre les volcans, une vue dégagée sur le littoral où devrait nous rejoindre Jonathan plus tard. Très en avance, on a le temps de visiter et de nous poser à la plage. Quelques heures après on retrouve le bateau et on jette l’encre juste en face d’une plage de nudiste.

Départ tôt le lendemain pour rejoindre la prochaine île. Fuerteventura. Île tout aussi volcanique que la première, on trouve place à Puerto del Rosario. Ville assez peu touristique, et assez peu vivante en ce dimanche, on prendra juste le temps de déposer Robin qui part rejoindre un ami, et de visiter les bars du port, avant de se coucher tôt en préparation de notre deuxième challenge.

Levés à 5h30, Fred et Jacky nous déposent sur terre et nous reprenons la route de notre côté. Objectif, sud de l’île, Morro Jable plus précisément. On attaque donc le stop à l’ouest de Puerto del Rosario, et au bout de 20-30 minutes, un travailleur nous prend en charge dans sa camionnette. Voila enfin des occasions de nous plonger dans l’espagnol. Petite avancée. Dans la foulée nous sommes pris par David, un coiffeur qui s’est installé sur l’île par amour et pour une vie plus tranquille. C’est vrai que les gens sont paisibles ici. Pourtant ensevelis par les touristes, ils prennent le temps de nous expliquer l’histoire de leurs terres et n’oublient pas de nous souhaiter la bienvenue. Il nous dépose au milieu du paysage, entouré de villages et de vieux volcans, les plus anciens des Canaries paraît il. Immédiatement Dorothé s’arrête, nous apercevant marcher le long de la route, un pouce timidement tendu. Espagnol, Allemand ou Anglais, elle nous laisse le choix du dialecte. Grâce à elle on aperçoit déjà la côte sud, ça sent la victoire haut la main : Il est à peine 9h et nous pouvons déjà prendre le temps de prendre notre temps. Il y a même un bus qui passe en direction de Morro Jable si besoin.

On reprend le stop. Deux femmes s’arrêtent et poursuivent immédiatement leur discussion dans un espagnol bien trop rapide et technique pour nous. On n’aura pas beaucoup échangé avec elles, mais très aimablement elles nous déposeront directement au port de Morro Jable. Bon voilà, 10h, on est arrivé, qu’est ce qu’on fait maintenant ? A 15h, nous avons un entretien avec Radio C-Lab, une radio Rennaise, qui souhaite faire un petit sujet sur nos aventures. On prend un café, une pizza et on visite la ville en compagnie des touristes allemandes. On cherche un endroit à l’abri sur la plage, et il est l’heure de l’interview. Une bonne heure passe en compagnie de Florian pour son émission l’(in)attendue. Pendant l’appel, Jonathan passe devant nous et va se poser un peu plus loin. Bon timing pour rejoindre Jacky et Fred. Puis c’est Robin qui achève son petit périple quelques heures après, un peu fatigué de sa soirée de la veille.

L’équipage au complet, on va pouvoir faire notre nouvelle activité favorite, jouer au tarot pour désigner qui fera la vaisselle. Toujours accompagné de son petit rhum arrangé, les parties s’intensifient par l’enjeu.

Les derniers préparatifs

Sans abus, on reste frais pour traverser en direction de la prochaine île, bien peuplée, Gran Canaria. Jonathan surf habillement sur les vagues, lui permettant des pointes à 8-10 nœuds

En survolant les hauts fonds, miracles, deux touches simultanées. On parvient à ressortir une belle bonite, l’autre ne fera pas le chemin jusqu’à notre bateau. Soulagement général, la malédiction est tombée. Car oui, nous avons tenté de pécher depuis notre départ, et non, nous n’avons rien réussi à avoir. « Aidez-moi » le capitain :

PH s’empresse de la découper pour s’assurer qu’elle ne puisse plus s’échapper. Passage immédiat à la casserole, accompagné de tomate, oignon, curcuma et riz.

On arrive à Las Palmas en avance sur le planning. C’est un retour sec à la civilisation. Le port est rempli de navires en partance pour l’arc, une course transatlantique qui a établi campement ici avant le départ. Première expédition sur terre pour trouver des vraies douches chaudes. Prochaine étape, les bars. Ils sont remplis de jeunes stoppeurs comme nous, en recherche d’un équipage. Il va falloir aussi réparer le moteur, remplir les réservoirs, faire les grandes courses, bref, commencer à penser à la vraie traversée.

Samedi, un nouveau compagnon prend place sur le bateau, et dimanche, encore un autre.

Cette ville est vraiment grande, 380 000 habitants, on y trouve tout ce qu’il faut. Direction un tout petit restaurant argentin pour faire le plein de viande. On rentre, légèrement amochés par la bière et le vin rouge au bateau. Demain, on prévoit une grosse soirée entre plus jeune en ville, histoire de tout donner avant de s’enfermer si longtemps au milieu de l’eau. Mais avant le réconfort, vient l’effort. Il faut déjà faire les provisions pour les 3 prochaines semaines. On se présente à la caisse avec 8 cadis bien remplis. 8 cadis, qu’il va falloir ramener au bateau

Courses

6 allés-retours d’annexe à la rame, sous la pluie pour livrer les courses au bateau. Ça y est, on la mérite notre soirée. On trouve un festival de musique du monde en plein centre ville. L’occasion parfaite pour bien profiter de la terre et y laisser quelques neurones.

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