Hoko Nojo – Worldex wonz (11) – Ca y est, l’Atlantique!

Pierre-Henri
JOUR 105 – JOUR 137 — 18/11/2018 – 20/12/2018

Première partie de la transatlantique : Worldex Diez (10) – La traversée attendue

L’article audio – partie 1 Canaries – Cap-Vert

L’article audio – partie 2 Cap-Vert – Martinique

Vidéo d’introduction :

Les préparatifs à la traversée

Dimanche 15h, je me réveille. Le festival dans les rues de Las Palmas n’a pas été de tout repos et a même joué les prolongation dans un squat de la ville. Le capitaine s’apprête à monter dans l’annexe à la recherche des dernières bribes de réseau avant 6 jours de mer. Coco et Robin sont toujours dans le bateau mais pas un bruit n’y règne, je n’ai pas été le seul atteint par la soirée d’hier. A la tombée de la nuit Jacky revient, l’annexe surchargée par un énorme carton contenant le vélo du dernier membre d’équipage. Loïc arrive avec le trajet suivant, il est en partance pour l’Amérique du Sud afin d’en faire le tour à la force de ses jambes, nous ne sommes pas les seuls à avoir un beau projet !

Présentation de Loïc, le 6ème équipier

Il nous reste quelques opérations à faire avant de prendre le large : remplir le réservoir d’eau, le réservoir de gasoil, trouver une bouteille de gaz, changer la drisse de grand voile et acheter des led pour les feux de navigation. Le bateau est au mouillage à l’ancre à la sortie du port. Nous prévoyons de nous mettre au quai de la station essence et de faire simultanément toutes ces opérations prétextant une urgence pour la drisse. Évidemment rien ne se passe comme prévu. Nous avons juste pu remplir le réservoir de gasoil avant qu’on ne nous invite gentiment à dégager de là. Le port est archi plein à cause de la course de l’ARC (course à travers l’Atlantique pour les plaisanciers), l’accès à la station doit être disponible en permanence. La décision est prise de tenter notre chance dans le port suivant. Nous nous engageons dans le chenal en direction du Sud, pas mécontent de quitter cette ville un peu surdimensionnée par rapport à l’île.

Joël déplie sa large valise de voyage remplie à ra-bord d’affaires neuves achetées pour l’occasion, une vingtaine de t-shirts et chemises, la même quantité de chaussettes et de caleçons, des accessoires décathlon en nombre et une dizaine de carnets pour noter ses pensées. Nous faisons pâle figure avec nos 4 t-shirt et 4 caleçons pour 2 ans. Il a vu les choses en grand et pour cause, la traversée de l’Atlantique à la voile est un de ses plus grand rêve et il est sur le point de le réaliser. Comme il me le confira «  pour moi mon aventure c’est pendant trois semaines que je vais la vivre, pour vous c’est différent, cette aventure fait partie de quelque chose d’encore plus grand ». Et c’est bien vrai mais la traversée de l’Atlantique reste quand même une étape majeure dans notre tour du monde.

Présentation de Joël, le 7ème et dernier équipier

Nous arrivons dans le port de Pasito Blanco, pas de place apparente, nous nous amarrons  quand même à la station service et commençons nos œuvres. C’est un petit port de plaisance situé à quelques km du premier village, les alentours sont, comme sur le reste de l’île, désertique même si quelques palmiers discrets pointes le bout de leur feuille sur le hauteurs.

Avec Coco nous avons reçu dans la matinée un message de la part d’une classe d’élèves de la Martinique avec qui nous correspondons depuis un mois. Ils nous invitent à réaliser un petit défi : faire cuire un repas dans un volcan de l’île de Lanzarote. Très bonne idée mais qui arrive un peu tard, nous ne sommes plus sur Lanzarote et pas de volcan en vue sur celle ci. Nous partons en expédition pour essayer de répondre au mieux à ce premier défi. Nous avançons sur les hauteurs pour avoir une vue d’ensemble. Arrivé au niveau des palmiers que voyons depuis le bateau nous tombons avec surprise sur un immense terrain de golf verdoyant. Un golf au milieu du désert … Nous repérons un immense trou au milieu de deux terrains entouré d’une multitude de palmiers. Bon ce n’est pas parfait mais avec le bon cadrage la photo fera illusion. Retour au bateau, il fin prêt à prendre le large nous partirons le lendemain.

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Changement de la drisse de grand voile

Essai à sept

Au réveil l’imaginaire Cap Verdien se dessine dans nos esprit, nous sommes prêt à affronter l’atlantique pour le rejoindre. Tout le monde sur le pont on démarre les moteurs et c’est p..  Ah ba non, le moteur tribord refuse de démarrer, le filtre à gasoil est à changer. Aucun fournisseur dans le coin, juste un maigre espoir dans un shipchandler (fourniture pour bateau) d’un port voisin. Le capitaine s’y rend pendant que nous nous préparons mentalement à reporter le départ de quelques jours. Heureusement l’attente ne sera pas longue, il revient avec deux filtres adaptés, on peut partir !

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Changement du filtre à gasoil

Avec un vent de 0 à 1 nœud les deux premiers jours se font uniquement au moteur ce qui entraîne un arrêt prématuré du moteur bâbord. Après quelques toussotements il s’arrête. Les prévisions de consommation n’étaient pas correctes, le réservoir est vidé. L’autre moteur ne devrait pas tarder à s’arrêter aussi, il nous reste 4 jours de mer et nous avons déjà atteint les limites de carburant, essentiel en cas d’urgence (homme à la mer, évitement de bateau…) et pour notre électricité. Nous chargeons les deux bidons de 25L de secours dans les réservoirs en espérant ne pas en avoir besoin avant l’arrivée.

Le vent se met à souffler, enfin ! L’équipage de Jonathan peut enfin se complaire dans un environnement naturel sans le bruit assourdissant des moteurs, seuls les craquements du bateau et le bruit de l’eau nous titille les oreilles désormais. La nuit arrive nous commençons les quarts. Nous sommes 7 sur le bateau, le capitaine est exempt de quart car il se lève régulièrement la nuit pour vérifier que tout se passe bien et pour peaufiner les réglages des voiles. Nous sommes donc 6 pour les quarts. Nous fonctionnons par équipe de deux aux horaires suivants : 22h-1h ; 1h-4h ; 4h-7h. Je suis avec Robin pour le premier quart et tout se déroule bien jusqu’à ce que l’autopilote montre des signes de fatigue en s’arrêtant inopinément à plusieurs reprises. Cela ne s’arrangea pas avec la nuit puisque les derniers équipiers ont barrés à 100%. Les batteries sont au plus bas, le reste de la traversée devra être barrée à mains humaines.

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Le lendemain apporte sont lot de difficultés supplémentaires, d’une part la houle nous prend de coté ce qui à pour effet d’augmenter le roulis du bateau et d’autre part nous avons des infiltrations d’eau au niveau du moteur dans la coque arrière tribord et dans la salle de bains dans la coque avant bâbord. Sans solutions nous mettons cela sur le compte de la mer agitée, les problèmes sont momentanément résolus en écopant et en activant la pompe de cale régulièrement. Nous continuons à avancer tranquillement les deux jours suivants à une vitesse raisonnable de 6 nœuds, quand même bien secoués par la houle. Nous profitons des moments ensoleillés pour nous reposer dans les trampolines du bateau et nous essayer à la « gastronautique » (à ne pas confondre avec la gastro nautique) en concoctant des plats à base de riz ou de pâtes agrémentés de saucisses, jambon, de diverses sauces et même de poissons. Car oui nous avons pêché ! Nous avons même pris rendez-vous avec des bonites aux environs de 17H à raison d’une par jour. La consolation restera quand même bien maigre face à notre incroyable compétence à perdre des rapalas, une dizaine en 6 jours. Ces quelques bonites nous rassurent malgré tout, la marge de progression est grande mais la base est là. Je partage les levées de filets avec Joël, cuisson au citron ou au beurre, un délice !

Pour résumer notre situation au dernier jour, quasiment plus de gasoil donc limitation de la charge des batteries donc barrage à la main. Nous prenons l’eau à deux endroits (sans compter les hublots de coques qui fuient depuis le début) et la vanne de refroidissement du moteur bâbord est cassée en position fermée ce qui nous obligerait, en cas d’utilisation du moteur, à amener des seaux d’eau pour faire un refroidissement manuel. Situation pas très réjouissante, nous avons vraiment besoin de poser pied à terre. Malheureusement les côtes Cap Verdienne tardent à se dessiner, masquées par une couverture brumeuse. Finalement à une quinzaine de miles de la destination je lance un « Terre en vue ! ». Nous découvrons pour la première fois le relief montagneux de l’archipel. Des dauphins et globicéphales nous ouvrent la voie, jouent avec nous pendant plus d’1h et se retirent gentiment avec le soleil qui nous offrira un magnifique crépuscule terrestre.

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Coucher de soleil à notre arrivée sur le Cap Vert

Jonathan se faufile maintenant entre les îles jusqu’à Mindelo, notre destination. Il fait nuit noire mais cette île nous plaît déjà. Les lumières des maisons s’étendent sur les collines environnantes. Nous larguons l’ancre à l’entrée du port.

La chaleur de Mindelo

Au matin nous pouvons enfin voir plus clair. Les montagnes désertiques rappelles les Canaries, dans la ville les maisons colorées du centre laissent places progressivement à des maisons en béton brut. Des épaves et des navires en démantèlement (que nous n’avions pas vu à notre arrivée), nous entourent. La délégation Jonathan composée du capitaine et de Fred part en expédition visas, le reste de l’équipage reste à bord. C’est long, j’ai une terrible envie de poser pied à terre, je ne tient pas en place et même à leur retour l’inertie du groupe est telle que nous mettons 2h pour aller amarrer le bateau à la marina. Première chose, le gasoil, deuxième, une bonne grosse bière ! On l’a fait ! On est plus ou moins à la moitié de la distance entre Toulon et la Martinique depuis notre première aventure maritime sur Heïva deux mois et demi auparavant (lire l’article). Heïva est d’ailleurs dans la marina ! On s’y attendait mais ça fait plaisir de revoir Pierre et Jean-Louis qui sont dans l’archipel depuis quelques semaines.

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Sur les hauteurs de Mindelo

Nous partons vite à la découverte de cette ville. Première étape trouver un resto, il y en a beaucoup avec des prix variants entre 2€50 et 15€ le plat. Nous trouverons notre bonheur grâce à Tino, un local rencontré plus tôt. Il nous emmène dans une petite cantine quasiment vide. La carte est bien fournie mais qu’un seul plat est servi aujourd’hui (je me demande l’intérêt de nous donner une carte). Valé (ok), thon, riz et frites pour tout le monde ! Très bonne surprise le thon est délicieux, mariné dans l’huile d’olive et la coriandre avant d’être revenu à la poêle, il est parfait. Et le tout pour 2€50, incroyable ! La ville rappelle vraiment l’Afrique avec sa chaleur et ses couleurs. Les gens sont sympas, vraiment, ils accueillent les européens avec une grande amitié et proposent leur aide pour trouver ceci ou cela sans forcément y chercher un échange de quelque sorte. La plupart des gens parlent d’ailleurs français ce qui facilite grandement les conversations.

Je veux en voir plus que ce qui est présenté autour du port, que ce passe t’il derrière ces maisons colorées ? Je chausse mes chaussures de marche et me lance. La ville est développée, le niveau de vie semble correct du en partie au renforcement du tourisme et aux aides internationales récentes. Pourtant je sors rapidement de la « zone touristique » pour me retrouver sur des rues beaucoup moins bien pavées. Les maisons y perdent leurs couleurs vives pour gagner en gris béton. Les dizaines de chiens errants m’aboient dessus, ne me laissant pas l’occasion d’obtenir la discrétion voulue, les yeux curieux se fixent sur moi à mon passage. Je sors de la ville pour me retrouver sur une piste en terre qui monte dans les montagnes. Je la suis, suivie de près par un vieux monsieur. A notre arrivée au sommet un vent de près de 100km/h nous dévore de pleine face. Mon compagnon écarte les bras et se met à rigoler à plein poumon devant cette force invisible qui le pousse à reculer. Il m’invite à faire la même chose, je l’imite, que c’est bon ! Nous nous séparons d’un signe du pouce.

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Balade à travers l’île de Sao Vicente

Je continue mon chemin jusqu’à arriver sur la plage de l’autre côté de la montagne. J’y resterai un peu avant de rebrousser chemin pour retourner au port à travers d’autres rues ajoutant au contraste déjà défini.

Cette fois ça y est !

Veille du départ, nous nettoyons Jonathan à l’eau de mer puis à l’eau douce, il en avait vraiment besoin. Nous retournons manger dans un resto qui nous as bien plus. Une espèce de pension avec chambre, douches et salle de restauration. C’est un autre monde : verre à pieds, nappes, service de couverts, serveurs aux petits soins et très respectueux des protocoles. Pour 4€50 nous aurons le choix entre poulet au curry et katchupa la spécialité locale (mélange de porc, haricots blancs et rouges, chou, pomme de terre et autres trouvailles baignant dans un potage) dont on se ressert sans y prêter attention. Le jour du départ nous tarderons tellement à faire les courses que nous le reportons au lendemain. Sacrée inertie (ou bien appréhension?). J’en profite pour discuter un peu avec les autres bateau. Quelque part ça me rassure nous sommes loin d’être les seuls à essuyer des problèmes et certains ont beaucoup moins de chances que nous. Dans la journée nous voyons d’ailleurs revenir Heïva, partie aux premières lueurs. Après avoir carburé les premiers miles ils se sont rendus compte du mauvais réglage de leur pilote automatique et leur radar à fait une chute de 10m sur le pont. Rien de grave mais ils doivent reporter leur départ de deux jours.

La traversée

Journal de bord

Jour 1 – 02 décembre – 0 mille derrière – 2088 miles devant

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Le grand départ!

Notre tour arrive, nous partons aux aurores pour éviter que les marineros ne voient que nous sommes restés une journée de plus. Chargés de notre régime de bananes de 50kg nous prenons la mer avec 25 nœuds de vent, nous filons à 9 nœuds entre les îles. Arrivés au bout de Santo Antao, île la plus à l’ouest de l’archipel, plus de vent, nous sommes obligés de remettre les moteurs pour ne pas nous écraser sur les rochers. Le vent revient, je suis à la barre, j’ai du mal à abattre. Le pilote ne fait pas mieux. Au loin derrière nous, nous voyons les moutons arriver, le vent nous atteint avec violence 20 nœuds, 25, 30, la houle augmente. Toujours à la barre mais sous autopilote je l’observe me dire calmement avant de s’arrêter « Démerde toi, j’ai un problème de capteur ». Plus de réponse de la barre, je la laisse au capitaine qui me dit de plier les voiles. Je fais suivre son message à l’intérieur en criant « On affale la GV, on pli le génois ! » L’équipage au complet sort rapidement et s’exécute. Nous rejoignons un mouillage en dirigeant le bateau avec les gaz des moteurs. Le mouillage est magnifique, en face d’un petit village verdoyant et coloré au milieu des falaises abruptes .

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Faux départ, arrêt contraint dans un joli mouillage de Santo Antao

Pendant que le capitaine met la main à la pâte, l’équipage, lui, en profite pour prendre un bain. Le problème est vite résolu : le support de transmission tribord s’est défait entraînant avec lui le capteur de position de l’autopilote. Une fois cela réparé nous regagnons la mer. Un rappel pour calmer nos ardeurs, les gars c’est bien beau mais vous partez pas en croisière là !

Soudain le moulinet de l’une des cannes défile, Jacky le premier sur place remonte la bête. Je me place sur la jupe pour filmer l’arrivée du poisson. Il arrive à mon niveau et se décroche de l’hameçon, sans réfléchir je plonge ma main et arrive à lui attraper la tête in-extremis. Je le lance dans le cockpit, une belle dorade coryphène d’un peu plus de 60cm. Je lève les filets pour le repas du soir. Au coucher du soleil les dauphins font leur apparition avec leur ballet et leurs sauts à parfois plus de 2m de haut.

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Un dauphin se donnant en spectacle

Jour 2 – 03 décembre – 75 miles derrière – 2013 miles devant

Journée calme avec un vent de 20 nœuds 3/4 arrière qui nous permet d’avancer à 7-8 nœuds. Nous nous autorisons des estimations de durée de trajet optimistes, bien plus que celles imaginées à Mindelo. Le pari consistait à donner le nombre de jour du trajet et le gain sera une bouteille de rhum payée par les perdants au vainqueur en Martinique. Les estimations avant le départ vont comme suit

Jacky (capitaine) : 14 jours

Robin : 15 jours

Coco : 16 jours

PH : 17 jours

Loïc : 18 jours

Fred : 20 jours

Joël : 21 jours

Jour 3 – 04 décembre – 200 miles derrière – 1888 miles devant

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La meilleure douche de ma vie

Ça y est les bananes sont enfin comestibles et succulentes de surcroît ! On fête ça par une bonne douche sur le trampoline, nu devant l’océan, sensation nouvelle et grisante. Mer toujours calme et soleil au rendez-vous nous avançons à 6 nœuds sans problèmes, enfin presque. J’avais remarqué pendant le trajet Canaries-Cap Vert que le toit du cockpit commençait à se décoller. Après quelques recherches avec Jacky on suppose que ce n’est pas un problème structurel mais que le cockpit est prévu pour se déformer avec les mouvements du bateau ce qui contraint les aménagement intérieurs. Pas de soucis à se faire de ce côté là mais à surveiller quand même, au pire on finira en décapotable ! Nous perdons notre dernier rapala sur une grosse touche, on se console par la préparation d’un gâteau au manioc en entamant nos 10kg de réserve.

Jour 4 – 05 décembre – 352 miles derrière – 1736 miles devant

Temps très clair aujourd’hui pour la majeure partie de la journée ce qui balance avec la nuit éprouvante que je viens de passer, les anglais envahissait la Bretagne !

On se met à la confection de rapalas artisanaux, si on veut pécher pas le choix. On a lu dans nos bouquins de voile que ça ce faisait mais on a aucune photos ni aucun tutoriel, ce sera de l’impro. Joël et Robin entament la démarche en sortant un peu tout ce qui leur passent sous les yeux, bouteilles, papiers de bonbons, alu, plastique… Les premiers exemplaires sortent de l’usine et sont directement mis en bout de ligne. Plus qu’à attendre.

Jour 05 – 06 décembre – 486 miles derrière – 1602 miles devant

Toute la nuit l’allure était plus que modeste, 3-4 nœuds sur une mer complètement plate. Une nuit bien reposante donc. Je prends mon quart à 5h30 après celui de Coco, même conditions très tranquilles. Je suis allongé dans le cockpit et je lit à la lueur de ma frontale. Je reçois une goutte, puis deux… le vent se met à souffler à 25 nœuds, la vitesse du bateau augmente à plus de 6 nœuds. Puis plus rien. Et rebelote 15 min plus tard, on enchaîne les grains, on reprend du génois et on prend un ris (réduit la grand voile). Je vais me coucher en laissant le bordel au suivant.

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Poisson volant piégé par le filet du trampoline

Au matin nous atteindrons notre records de poissons volants piégés dans le trampoline, 6, ces petits poissons séchés par le sel et le soleil font peine à voir. La mer agitée et la nuit ont souvent raison de ces petits êtres aux trajectoires incertaines. Certain parcours plus de 100 m par vol, certains font un atterrissage gracieux, d’autres s’écrasent littéralement dans des gerbes d’eau. L’atterrissage le plus raté revient au poisson qui au milieu de sa course aérienne se prend une vague dans la queue ce qui eu pour effet de lui faire faire des tonneaux avant de retomber dans l’eau, il m’aura donné un beau fou rire.

Pendant la journée Jonathan est secoué, la mer n’est pas forte mais chaotique les vagues arrivent de partout, on est content d’être sur un cata de 7 m de large et pas sur un monocoque de 10 m de long. On se relais tous à la barre, une heure chacun et on recommence. Je prend la place de Coco vers 14h et quelques minutes après j’aperçois un tas d’algues brunes au loin, il devient blanc, puis une giclée en sort. Je crie « Cacha…Ca…Cachalot !! » sous le coup de l’émotion trop content de voir des bestiaux pareils. L’équipage sort du bateau et regarde les trois mastodontes, sûrement un couple et un jeune. Ils nous croisent à une trentaine de mètres, impossible de les voir en entier pour estimer la taille. Tant pis on profite des quelques secondes que dure le spectacle et tout le monde retourne à ses occupations. Tous sauf le capitaine à qui je raconte l’histoire d’un livre que je suis entrain de lire (Voyage autour du monde, Olivier Mesnier) : Au milieu de l’atlantique un voilier à percuté un bébé cachalot, les parents croyant probablement à l’attaque d’un orque (effet que peuvent avoir les coques noires) ont donné un coup dans le bateau éventrant se dernier d’une fissure laissant entrer quelques 100L d’eau par minute dans l’habitacle. Le bateau à été secouru et une pompe de cale mise en place pour évacuer l’eau.

J’ai peut être inquiété un peu notre capitaine…

D’humeur joyeuse après cette rencontre je me met à la confection de chouquettes à la crème pâtissière, une réussite tout le monde est conquis.

Jour 06 – 07 décembre – 625 miles derrière – 1463 miles devant

Toute voile dehors nous avançons à 6 nœuds, ce n’est pas la grande vitesse mais au moins c’est calme. Certaines bananes commencent déjà à moisir, elles ne feront pas concurrence à celles de Martinique. La météo prévoie une pétole qui est sensée nous arriver pas derrière, on sait pas encore si on va pouvoir la distancer ou non, si elle nous rattrape c’est deux trois jours de quasi sur-place mais ce sera sûrement aussi l’occasion de sauter dans le grand bain, le très grand bain ! Les avis sont partagés sur ce point, de mon côté je suis sur de vouloir plonger, faire trempette avec 3000m d’eau sous soit ça ne se fait pas tout les jours ! Bon des requins peuvent être attirés par l’apparition soudaine d’une perturbation de la tranquillité de la surface océanique, mais sur quelques minutes ça devrait le faire.

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Corvée patates et dernière fois que nous aurons vu nos économes

Changement de quart, je passe avec Joël sur celui de 1h à 4h. Un peu trop tranquille nous avançons à 3 nœuds par un vent entre 5 et 10 nœuds. Pétole est tu là ?

Le quart de nuit apporte son lot de réflexion, je me met à penser à notre paquetage, je n’ai pas envie de me trimbaler la même charge qu’en Europe c’est trop compliqué dans les villes et trop encombrant pour les marches. Le PC nous as servi mais pas tant que ça, de plus le trimbaler le met au risque d’un vol et pire nous fait craindre l’appréhension d’un vol qui ne nous permettrait pas d’aller ou on veut quand on veut. Je m’interroge aussi sur l’utilité de la tente, elle est lourde et prend de la place mais reste un bon moyen de passer la nuit abritée.

Jour 07 – 08 décembre – 736 miles derrière – 1352 miles devant

Clairement pas notre meilleure journée, 4 nœuds de vitesse de pointe. Je la passe quasiment entièrement à lire sur le trampoline, puis dans le cockpit, puis dans le carré puis dans une des chambres. C’est dur de se trouver un coin frais, trop de soleil en extérieur, trop chaud en intérieur. Nous entamons le nouveau jambon, remplaçant de l’ancien acheté sur Lanzarote. Nous lui avons fait des adieux cérémonieux avant qu’il ne laisse sa place sur le présentoir. Nous zigzaguons entre les grains ou peut être que c’est eux qui nous évitent, tant et si bien que nous ne serons pas mouillés. Nous profitons aussi du temps calme pour mesurer la consommation des moteurs au point mort, état dans lequel nous pouvons recharger les batteries en consommant un minimum. Le résultat est concluant, 0,8 L/h, une petite consommation donc qui devrait largement nous permettre d’avoir de l’électricité jusqu’en Martinique.

Nous avons aussi une petite consommation de Rhum arrangé, de Kéfir (préparation à base de jus de fruit fermenté élaborée par le capitaine) et de bières. Important pour le moral des troupes tout en restant raisonnable pour être toujours conscient de nos actes (et il faut aussi que la cargaison dure jusqu’à la destination!)

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Ambiance au beau fixe autour d’un verre de rhum arrangé

Jour 08 – 09 décembre – 816 miles derrière – 1272 miles devant

Matin pas mieux que la veille, calme plat, puis le vent se lève en milieu de journée et on commence enfin à frôler les 7 nœuds. Au cours d’une manœuvre pour prendre un ris (réduire la grand voile) Fred s’écrit « Ya plus de barre ! » Moment de panique générale ! On est absolument au milieu de l’Atlantique et plus de moyen de se diriger ?! Non en fait le pilote à fait un reset inopiné laissant une barre molle le temps de la remise en route.

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Coco à la barre

L’entente dans l’équipage est plutôt bonne. Quelques tensions étaient apparues à Mindelo mais depuis le grand départ tout va bien et c’est tant mieux. Des échanges plus ou moins insistant on lieu de temps en temps, intérêt de l’égalité ou de l’équité à bord, choix des quart, utilité de la grande distribution, disparition des économes, petites cuillères et filtres à café, obligation de pisser assis, utilisation des batteries, de la surface de voile à déployer…

Jour 09 – 10 décembre – 932 miles derrière – 1156 miles devant

Aujourd’hui jour d’anniversaire pour Loïc qui à 28 ans. Apéro bière, apéro kefir, apéro Rhum, apéro sangria, bien séparés quand même on veut garder les idées claires. Un anniv au milieu de l’Atlantique ce n’est pas donné à tout le monde !

Il nous reste quelques bananes dont Joël se sert pour inventer une recette. 2H plus tard il nous ramène une crêpe épaisse et des biscuits à la bananes et c’est très bon ! Par contre on a oublié de mettre une bougie à Loïc, on se rattrapera le soir avec un peu moins d’imagination pour le gâteau (gaufre industrielle).

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Gâteau un peu en dessous du savoir faire local

L’allure depuis le matin est soutenue à 6 nœuds, ça fait du bien ! Vers 18h, à la nuit tombée, je m’installe dans une des cabines pour regarder un film. Film un peu lent qui m’endors progressivement. Heureusement la mer est là ! Une vague scélérate submerge le pont du cata et s’engouffre par le hublot de la cabine resté ouvert, des seaux d’eau me trempe moi et les matelas (et duvets, et coussins).

Je me rend compte d’une erreur, je voulais me baigner au milieu du trajet, ce qui correspond à aujourd’hui ou demain, mais la mer ne le permet pas et cela pour les 3-4 jours à venir. J’aurais du le faire pendant le calme des derniers jours, là on risque de se baigner près des côtes et ça ne me plaît pas.

Pendant mon quart nous passons la moitié de la distance du trajet 1044 miles, enfin nous sommes plus près de la Martinique que du Cap Vert !

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L’équipier Joël commence à se sentir à l’aise à la barre

Jour 10 – 11 décembre – 1072 miles derrière – 1016 miles devant

D’après la météo le vent devrait être constant et relativement fort jusqu’à la Martinique ce qui compromet fortement mes idées de baignade… Mais bon les prévisions météo n’ont pas été très correctes jusque là avec un peu de chance une accalmie se présentera, en tout cas j’y crois!

Fred à pris la place de boulanger et il nous prépare notre pain quotidien lors de son quart de 7h, pains fourrés au chocolat pour le matin et pain frais pour la journée. Un luxe à 2500 km de la première boulangerie !

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La boulangerie Jonathan améliore son pain de jour en jour, ici un pain de Robin

Dans l’aprèm j’aperçois un grand cétacé dans le creux d’un vague puis il disparaît. Je garde mon poste d’observation car il m’a semblé qu’il allait dans la même direction que nous. Choix judicieux car 10 min après il réapparaît au niveau de la coque tribord, une belle bête de 6 m de long. Il se faufile sous le bateau pour réapparaître en surface à la coque bâbord avant de disparaître définitivement.

Jour 11 – 12 décembre – 1202 miles derrière – 886 miles devant

Journée la plus calme jusqu’ici, on avance bon train dans le sens des vagues qui nous offrent un surf régulier. Cette nuit changement de quart, je passe au premier quart avec Loïc.

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Le voyage est parsemé de coucher et lever de soleil tous plus incroyables les un que les autres

Parlons un peu du temps, déjà le temps mesuré, c’est le bordel. On enchaîne les changements d’heure sans les rendre effectifs, résultat nous avons en permanence plusieurs heures de décalage avec l’heure locale. Le capitaine, très attaché à l’heure française, à du mal à en décrocher et se rapporte tout le temps à cette dernière on à l’impression de revenir au temps du passage du franc à l’euro. Au cours de la traversée l’heure Jonathan à été introduite pour faciliter les échanges, à chaque fois que nous parlions de l’heure il fallait donc annoncer par exemple :  » 14h heure Jonathan, 12h heure locale, 17h heure française ». L’heure Jonathan ayant pour but de faire quitter progressivement l’heure française pour rattraper l’heure locale en mouvement. Ensuite le temps ressentit, les journées passent très vite même si l’activité à bord n’est, pour ainsi dire, pas débordante. C’est un effet assez étrange dont on est conscient mais qui reste incompréhensible. Est-ce l’effet d’une certaine routine de bord, du paysage monotone, de l’air marin, de la liberté? On ne sait pas.

Jour 12 – 13 décembre – 1324 miles derrière – 764 miles devant

On a le vent dans le cul et c’est pas bon. On est obligé de tirer des bords ce qui augmente considérablement la distance à parcourir mais le franchissement des deux tiers du trajet effectué nous fait du bien. On voit progressivement les réserves de nourriture diminuer, plus de bananes, rationnement sur les œufs et le beurre. On se dit qu’on aurait pu prendre plus de telle ou telle chose, qu’on pourrait s’arrêter dans le supermarché d’à côté en faisant un petit détour de quelques milliers de km. Car oui la grande distribution n’a pas encore coulé du béton au milieu des océans pour étaler ses rayons trop achalandés. Alors on se repose sur notre cargaison de riz, pâtes, légumineuses, jambon et conserves pour concocter des plats plus que corrects. Le niveau de cuisine augmente avec l’imagination nécessaire pour la préparation des plats.

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Réparation en équilibre, Loïc à la manœuvre, PH qui supporte et Jacky qui soutient

Jour 13 – 14 décembre – 1436 miles derrière – 652 miles devant

Que le temps est long ! Les journées passent paradoxalement très vite mais la traversée est longue ! J’ai envie d’arriver, poser le pied à terre, peut être avoir le mal de terre quelques heures puis profiter de la végétation luxuriante, des mangroves, des plages, des rhumeries qu’offre la Martinique. Mais la mer n’est pas cet avis, elle ne nous présente qu’un vent faiblard toujours à l’arrière. Les miles ne défilent pas comme nous l’espérions, nous subissons totalement les caprices de l’océan. Petit plaisir tout de même en cette journée, un grand dauphin nous accompagnera pendant une petite heure, ce qui nous laissera le temps de nous équiper pour essayer de capture une image de l’animal farouche. Clic!

Pendant le quart un bon grain s’abattra sur nous, je monte sur le cockpit pour affaisser la grand voile puis nous déroulons le génois. Quelques minutes plus tard le vent faiblira et nous irons nous coucher en laissant place à Coco et Robin, les caprices de la mer ne seront plus notre problème pour quelques heures.

Jour 14 – 15 décembre – 1562 miles derrière – 526 miles devant

Au lever le génois est toujours la seule voile en place ce qui me donne des idées. Un moment d’accalmie permettrait d’enrouler le génois, de sauter à l’eau, de remonter sur le bateau et de reprendre notre route en moins de 30 min. J’en parle au capitaine avec un peu d’insistance, hors de question de finir la traversée sans me baigner ! C’est finalement après manger que Jacky me lance un « Tu veux y aller ? » « Quand ? », « Maintenant », « Carrément ! ». On repli le génois, le bateau se met face au vent pour avancer à moins d’un nœud, les nuages commencent à s’estomper. J’attrape mes palmes, mon masque et enfile rapidement mon maillot. J’ai le cœur qui bat, comment ça va être ? Loïc et Coco se préparent aussi. J’arrive au niveau de la jupe et plonge mes pieds dans l’eau, elle est chaude à plus de 27°C. Je n’ai aucune idée du fond qu’il y a, je n’ai pas eu le temps de regarder. Une vague un peu plus forte m’atteint et me fait glisser directement dans l’eau. Tant pis je n’ai pas eu le temps de regarder si il y avait des requins. Je me retrouve corps et tête submergée, suspendu un instant dans l’immensité bleutée. C’est magnifique. L’eau est incroyablement claire, on doit facilement voir à 50 mètres, les algues sargasses nous entourent donnant un peu de consistances et de repères dans ce bol liquide. Quelque chose me chatouille le dos, une rémora s’est prise d’affection et s’est « collée » à moi. L’image de cet animal attaché au requin blanc me vient en tête, je regarde autour, rien, je continu donc la concrétisation d’un rêve avec un nouveau compagnon.

legrandsaut
Le grand saut (Corentin)

Il ne me reste qu’une chose à faire, plonger. Essayer d’aller le plus profond possible. La prise de respiration est difficile avec la houle, le vent et l’absence de tuba. L’excitation me donne aussi un souffle court. Aller tant pis j’y vais. Descente à la verticale, je regarde vers le bas, impossible de savoir à quelle profondeur je suis sans repères sur lesquels me focaliser. Je lève la tête, le bateau est au dessus de moi, je doit être à une quinzaine de mètres de profondeur, autour tout est bleu. Le temps s’arrête pendant quelques secondes.

ocean
Petite apnée avec 5000 m de fond

Ça y est je l’ai fait ! Deux plongées plus tard et déjà il faut sortir, on ne va pas brusquer le sort et risquer de recevoir la visite des requins. Pendant notre sortie Joël qui ne voulait pas se mouiller à quand même laisser ses angoisses de côté pour aller faire quelques brasses à proximité du bateau, « ce sera sûrement la seule fois de ma vie que j’en aurais l’occasion ! ».

Le bateau se remet en route après cet intermède bienvenu, la route continue !

A notre heure pêcheuse, vers 17h, le frein d’un canne se fait entendre, nous sommes en plein tournage de la vidéo que vous avez pu voir plus haut. Depuis hier la canne nous fait souvent le coup à cause des sargasses qui s’accumulent sur l’hameçon d’où notre réaction un peu lente sur ce coup là. Fred y va quand même « Ya un truc, c’est gros ! ». A 60m du bateau je vois une coryphène d’1m50 sauter à 2m de haut. « Wha vas y Fred ! ». Il gère, il fatigue l’animal mais au bout de quelques minutes de combat intense elle se libère dans un saut majestueux. Sacrée journée !

Jour 15 – 16 décembre – 1663 miles derrière – 425 miles devant

Réveil difficile à 7h du mat, Joël et Fred nous passe le relais du quart, nous prenons place avec Loïc. Petit dèj avec foufounettes à la confiture de myrtilles préparé par Robin et c’est parti. Je prend la barre juste avant le lever du soleil, il se pointe 15 minutes après dans un majestueux halo brumeux avant de laisser place à une légère couverture nuageuse accompagnée d’une légère pluie rafraîchissante. Parce que oui, nous avons chaud sur le bateau, pendant que la France subit une chute de température (enfin je crois) nous avons le phénomène inverse. Plus on se rapproche des Antilles plus la température monte. Pendant la journée nous atteignons facilement les 30°C avec un grand soleil. On vit la plupart du temps torse nu (2 t-shirt en 2 semaines et 0 paire de chaussette utilisée, pas mal!) en mettant quand même un petit pull pour les quarts de nuit.

Pour l’instant notre tour du monde se passe donc au chaud.

Jour 16 – 17 décembre – 1767 miles derrière – 321 miles devant

Les sargasses continuent de défiler tout autour de nous avec des plaques de plus en plus grandes. Les lignes de pêche sont à l’eau et l’on en remonte régulièrement malgré nos lignes plombées. La journée est chaude, l’air à l’intérieur du bateau étouffant. Je prend place dans une cabine et entame ma sieste matinale. Je suis réveillé par le bruit des cliquets des moulinets qui défilent, surement encore des algues, je ne m’en préoccupe pas. Une voie non identifiée s’écrit «  Poisson, poisson ! ». Ni une ni de deux je sors de la cabine par le hublot de secours. Les cannes sont déjà au bon soin de nos deux hommes murs mais personne dans les jupes pour attraper les poissons, je fonce ! Les deux cannes sont soumisent à l’adversité des deux poissons, les lignes s’emmêlent puis se démêlent miraculeusement (Joël m’en voudra). On aperçoit une première dorade qui doit faire dans les 70cm, le capitaine essai de la ramener mais sans succès, le fil casse. Joël bataille toujours avec la sienne, je cours sur la jupe de son côté pour l’assister en agrippant l’épuisette. Il la fatigue, prend son mal en patience, la ramène centimètre par centimètre, ça y est on la voit à une dizaine de mètre du bateau. Merde j’ai tout d’un coup l’impression que l’épuisette ne suffira pas, elle fait bien un mètre la bestiole ! Je demande de l’aide, Robin arrive, je lui tend l’épuisette, on va l’avoir à deux. Elle arrive à notre niveau, Joël est tendu comme un string, Robin arrive à enfiler la dorade dans le filet pendant que je l’agrippe à deux mains. L’épuisette casse, on ressert l’étau. Joël prend le relais, attrape le tout et le balance dans le cockpit d’un énergie d’une virilité à toute épreuve. C’est bon on l’a, elle est magnifique avec ses couleurs changeantes. Séance photo avec le pêcheur puis je me met à la découpe des filets. Après tout ces échecs on va enfin avoir du poisson frais dans nos assiettes !

dorade
La plus belle prise de la traversée et un beau travail d’équipe

Jour 17 – 18 décembre – 1867 miles derrière – 221 miles devant

Trois jours qu’il nous reste trois jours. C’est long. Le vent ne souffle que de l’arrière à faible vitesse depuis quelque jours, on n’avance qu’avec le génois qui ne suffit pas à nous porter à une vitesse satisfaisante. On en a eu des débats pour savoir quelle voile mettre, à quel pourcentage mais là on ne se bat plus on accepte notre sort.

Jour 18 – 19 décembre – 1963 miles derrière – 125 miles devant

L’attente des contours de la côte Martiniquaise est longue, ce ne sera pas pour aujourd’hui mais sûrement pour la nuit. Pas plus d’inspiration pour aujourd’hui.

Jour 19 – 20 décembre – 2088 miles derrière – 0 miles devant

Réveil tardif pour moi, les autres sont déjà sur leurs smartphones et je les rejoindrais rapidement: le réseau, internet, la civilisation, les informations, les gilets jaunes, les sms, les réseaux sociaux, les nouvelles des proches,les pubs qu’on ne remarque plus, les mails, la batterie qui manque. Tout nous tombe dessus, 18 jours d’abstinence il y a du rattrapage. Pourtant nous n’avions pas un sentiment de manque, au contraire être inaccessible et sans accès donne le temps à autre chose.

Arrivé sur le pont les côtes verdoyantes se montrent, les reliefs imposants se dessinent et les embarcations font leur apparition. Nous enchaînons toujours les tours de barre, quand mon tour vient nous arrivons à la pointe Sud de l’île, les casiers et filets m’obligent, contre ma volonté car cela rallonge d’autant plus la route, à serpenter.

mama

Nous nous engageons dans la baie du Marin, des centaines de voiliers sont au mouillage, nous nous immisçons parmi eux à la recherche d’un carré d’eau disponible. On lâche l’ancre, on vérifie qu’elle tienne bien, on l’a sécurise. C’est fini on y est, 19 jours, Loïc vainqueur!

2 commentaires sur “Hoko Nojo – Worldex wonz (11) – Ca y est, l’Atlantique!

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