HOKO NOJO – WORLDEX DOUZ (12) – SA OU Fé ?

Corentin Menez

JOUR 140 – JOUR 195
22/12/2018 – 10/02/2019

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Retour au stable

On ne se connaît pas depuis bien longtemps, mais ce mois et demi de traversée, odyssée vécue ensemble, a tressé un nœud immuable entre nous. Grandiose aventure conclue par une arrivée méritée sur les terres plantureuses des Cairaïbes.

La séparation. C’est moment pour chacun de commencer ses affaires.

Jacky et Jonathan, s’orientent vers l’activité de charter, pour trimballer leurs clients sur les contours de l’île.

Fred attend sa famille qui lui ramène de Suisse la raclette pour fêter la fin d’année sur le bateau de Jacky.

Joël profite un peu de Martinique pour retrouver son ami restaurateur vers Fort de France.

Robin reste entre Rivière Salée et Fort de France pour chercher un petit travail et rejoindre plus tard le continent sud-américain.

Loïc à la bougeotte et fait des tours de vélo dans tous les recoins de Martinique, en sachant que ça grimpe pas mal. Il rejoindra lui aussi le continent pour s’attaquer un peu plus tard aux cols de la cordillère des Andes.

Du beau monde avec qui nous repartagerons probablement un petit bout de voyage tôt ou tard, en tout cas, on se joint à la table d’une brasserie de la marina du Marin pour un ultime festin avec ceux qui restent.

Robin, Loïc, Corentin, Fred, Jacky et quelques pintes (PH avait déjà rejoint sa famille)

La terre ferme, c’est tout d’abord un lit qui ne bouge pas et qui ne fait pas de bruit. Mais notre réadaptation (à cette terre ferme faite de fertilité) passe aussi par la variété de nourriture exotique, et par une remarquable nature tropicale. Bien sûr, les moustiques sont aussi présents pour nous accueillir au ponton. Et comme dirait Loïc : « C’est l’été. Saucisses merguez taboulé ! ».

Enfin ce n’est pas vraiment l’été en fait. Malgré ce soleil pesant, c’est bel et bien l’hiver. Le père nwel déambule avec sa hotte en tongs, le ventre à l’air sous les 30° quotidiens.

Loin du froid et de la neige dont on a l’habitude pour ces fins d’année, noël à une tout autre saveur. Honoré en fêtes, autour de repas, de chansons et d’épices, la joie de vivre des Martiniquais est contagieuse et nous gratifie d’un élan d’enthousiasme. On rencontre, on visite, on découvre, pour mieux comprendre là où on est. La Martinique est intrigante.

Sur les traces de l’histoire de Martinique, à la Savane des esclaves

La delicate Martinique

Les premières civilisations installées sur l’île sont des Amérindiens pacifistes appelés Arawaks. Peuple initialement d’Amazonie, ils déflorent l’île environ -2000. Plus tard, un second peuple Amérindien, les Caraïbes se battent pour le territoire.

C’est alors que les navigateurs Portugais se mettent à traverser l’Atlantique à la recherche des Indiens d’Inde. Ils découvrent les Caraïbes. S’en suivent d’autres Européens (Espagnols, Français, Néerlandais, Britannique) qui visitent à leur tour ces terres. Le commerce se met en place. Les premières cultures de sucre sont aménagées. Les Français prennent de plus en plus de place sur l’ile et bientôt une guerre avec les Indiens Caraïbes éclate les faisant disparaitre de l’île. Pour augmenter la productivité des exploitations de sucre, des travailleurs Bretons et Normands sont amenés sur l’île. Ils se font un peu piéger, devant travailler pour rembourser leur traversée d’acheminement.

Ils sont ensuite remplacés par de vrais esclaves légaux, homologués, venant d’Afrique. Conséquence de la « traite des nègres », la production de sucre est renforcée par les horaires acharnés de cette nouvelle force de travail, alors que la notion de droits de l’homme vire d’avantage à l’abstrait. Les productions de sucre se transforment peu à peu en rhumerie, fondation des célèbres habitations que l’on peut visiter aujourd’hui.

Après de nombreuses guerres européennes délocalisées, le territoire est cédé aux Anglais quelques temps avant de rester définitivement Française en 1816. De longues années de démente jusqu’en 1848, à l’abolition de l’esclavagisme.

Une fois ces travailleurs affranchis, les recherches en main-d’oeuvre, pas chère, reprennent. Les Bretons et les Normands ? Non, c’est cette fois des vrais Indiens d’Inde qui seront appelés (« Ah yes, les Indiens arrivent enfin chez eux » dixit Christophe Colomb).
Puis, l’immigration, la mondialisation, et des communautés Chinoises arrivent à leur tour.

Voilà un vulgaire résumé de l’histoire de l’île. Juste une ébauche pour appréhender sa variété culturelle et ethnique, pour comprendre la multitude de végétations importées, pour aviser la complexité de l’édification de son histoire et de son patrimoine. Tout ça mène aussi à un point important : la cuisine. Savoureuse et nuancée.
Les acras, les jambons de Noël, les féroces, la souskaï, les pain au beurre et le chocolat, touts ces régals et bien d’autres dont je voulais parler dans cet article.

C’est depuis les trois ilets, petite ville au bord de la mer caraïbes, que nous allons faire la majorité de ces découvertes. Car c’est ici que sont installés nos hôtes, ou plutôt même nos guides : les Jussaume.

L’aventure en famille

Connexion venu de La famille à PH. La cousine de son paternel. Jolie famille que je ne connais pas. Ils nous ouvrent leurs portes et me reçoivent comme un invité d’honneur alors que nous n’avons de commun que le fils du cousin de la mère.

Véronique et François ont déménagé en Martinique il y a 5 ans pour le travail, Véronique est dans l’Education nationale et François contrôleur de gestion. Ils ont embarqué avec eux leurs deux fils Hugo et Awen. Un régal pour ces deux-là de grandir près de la jungle et des plages lumineuses des caraïbes. Ils sont débrouillards, aventuriers et assez farceurs. La culture martiniquaise s’est imprégnée en eux. Un léger accent, des tournures de phrases les trahissent parfois, mais le doute se noie quand ils nous guident serein dans la mangrove, et se jettent sur des petites termites qui s’activent, en répliquant: « goûtez, c’est trop bon, ça à un goût de citronnelle ».
Leur spécialité : le jus de maracuja du jardin. Tellement savoureux que les voisins se l’arrachent.

Que ce soit ça, le pain au beurre qui accompagne le chocolat de Noël, ou encore différentes graines qu’ils ramènent en quantité à la maison (des portes bonheur ici) pour les revendre à des bijoutiers, ils s’épanouissent loin de leur métropole natale.
C’est déjà le jour de Noël, et un invité surprise apparaît à notre tablée. Pierre, que nous avions quitté à Mindelo a achevé lui aussi sa traversé de l’Atlantique. Invité pas surprise du tout en fait, Pierre est le père de François et sa présence au banquet était bien évidente. Ça nous permet de reparler un peu de voile, d’océan et de transatlantique. Il est accompagné de sa femme Chantal.

Nous offrons aux enfants des feux d’artifice, pour leur donner l’occasion de faire un peu plus de bêtises. Et Pierre, au mouillage à la pointe du bout, se propose d’embarquer la famille sur son bateau en direction de Sainte Lucie. Départ imminent, ce qui nous laisse la garde de la maison et de son élevage de trois chats du Bengale : Olympe, Oria et Oliver.

Les Jussaume et leurs trois chats

Avec Robin, Loïc et les trois chats, on cherche à organiser notre jour de l’an. On part visiter la savane des esclaves, d’où nous tirons la plupart de notre connaissance de l’histoire locale. Belle visite au milieu de la végétation et des chemins qui slalome entre les restitutions de cases d’esclaves. On arrive pile pas à l’heure pour la fin de l’atelier cacao. Malheureusement, Gilbert Larose, le créateur des lieux est grippé et nous n’aurons pas la chance de le voir aujourd’hui. On dit qu’il lui a fallu 20 ans pour retracer ses origines, défricher cette forêt, construire cet immense domaine, y planter tous ces arbres et en ériger un lieu culturel.

À la fin de la visite on s’arrête quand même au bar pour un jus de prune de Cythère. Et ce visage là-bas au comptoir, il ressemble étrangement à celui placardé le long de la visite. C’est bien lui, monsieur Larose. Il a dû prendre un shoot à l’atoumo (« à tous maux ») ou avait simplement envie d’éviter les touristes aujourd’hui car il n’a pas l’air si dérangé que ça.
On va le voir pour lui demander des boutures pour Véronique. Et on sympathise. Très accueillant, il nous en dit plus sur ses origines et sa terre. Les Békés, le racisme, l’isolement face aux priorités métropolitaines, la crise, les grèves de 2009 et la pénurie de vivre qui suit, … une vue plus torturée et isolée de l’histoire de cette île. Même aujourd’hui, le climat ici n’est pas aussi radieux que ce qu’on voudrais le croire. De fil en aiguille des discussions sur l’actualité, Gilbert nous invite à passer le jour de l’an avec lui et ses amis.
Ce que nous ferons quelques jours plus tard dans son domaine, et qui viendra conclure pour nous la plus longue année de notre vie, de 5 heures (le décalage horaire quoi).

La famille est de retour. On peut enfin aller tirer les feux d’artifice sur la plage de la pointe du bout. Les enfants sont ravis sous ce ciel étoilé. en face sur le lointain rivage, les lumières de Fort de France s’estompent. On part en randonnée en famille à la presqu’île de la Caravelle et sa baie du trésor. Un bon gros bain de boue noire, un vol de chaussette par une mangouste, suivi d’une jolie randonnée sur les flancs de falaise qui donne sur l’Atlantique. On découvre aussi tout un tas d’anses où faire la plongée. Anse noire, anse dufour, anses d’Arlet, anse à l’âne, anse mitan ou anse diamant, il y a le choix. On y voit des tortues, des pélicans, des coraux, des poissons de toutes les couleurs entre deux tasses d’eau salée.

Le bain de boue dans la baie du trésor
La presqu’île de la Caravelle
Une tortue de l’anse noire

On grimpe dans la jungle des hauteurs du diamant pour déguster un poulet et ses frites de patates douces sur le chemin du retour. Tout à un goût d’épice et de délices. C’est la fin des vacances pour les enfants. Le retour aux devoirs est difficile. Ils se lancent dans des batailles de Nerf pour repousser un peu l’heure du coucher et provoquer l’autorité des parents.

Le rocher qui surplombe la mer au Diamant

L’exploration en duo

On vagabonde aussi de notre côté faire nos petites aventures en stop. Tentative d’ascension de la montagne Pelée. Départ en stop à 7h.
On se retrouve lâchés dans les routes couvertes de jungle qui jalonnent le pied du volcan. La pluie commence son intervention, vivement. Une rivière se forme sous nos pieds et personne ne nous vient en aide, alors, on dévie l’eau à l’aide de barrages en tas de feuilles en guettant la fin de l’intempérie. Le temps n’est pas notre allié aujourd’hui.

On finit par accéder à Morne Rouge grâce à un couple d’espagnol, mais trop loin du point départ de la randonnée pour le rejoindre à pied, on doit patienter et espérer un autre véhicule. Plus de voitures ne passent par ici. Et c’est le retour de la pluie. Changement de plan, on trouve refuge dans une boutique tenue par Tina et Arthur. Pas foule dans leur magasin aujourd’hui, ils nous font visiter leur jardin et toutes les plantes qui le garnissent.

Après une bonne heure à attendre la fin des averses, on fait du stop depuis leur terrasse. Un héron garde son bœuf, malgré la douche, de l’autre côté de la route. On redescend alors en direction de Saint Pierre, ville ravagée par le volcan en 1902, où il n’y a plus un nuage. Puis on rentre à la maison.

Pas très loin de là, quelques jours plus tard, nouvelle expédition cette fois pour les cascades Didier. Après une petite ascension en canyoning, on se retrouve au pied d’une imposante chute d’eau froide. On s’amuse à imiter les poses « cliché » des touristes devant nous.

Cascade Didier

Direction le nord de l’île. La végétation est plus dense, plus luxuriante. On s’est pris les hamacs, et le but est de se trouver entre anse couleuvre, anse lévrier et anse à voile un coin agréable pour installer un campement avec la famille. Autour d’un feu de camp, on va se baigner, on se fait griller des sandwichs, des bananes et on s’endort avec la fumée qui vient chatouiller nos narines à tour de rôle. Sur le retour le lendemain, la chasse aux cabosses et aux papayes s’organise. De quoi fabriquer nos propres bâtons de cacao et tenter un velouté de papayes une fois rentrés.

Anse à Voile
Concassage des fèves de cacao

Prévoir la suite ?

La vie paisible martiniquaise se poursuit et nous abreuve pendant encore plusieurs semaines. On fait beaucoup de stop, on rencontre beaucoup de sourires, vacanciers et locaux.
La recherche d’un bateau est devenu la priorité. Puis l’arrivée de notre pote Eliot, il nous reste encore un peu de temps pour boucler les choses indispensables à faire ici. Les rhumeries, retenter la montagne Pelée, bivouaquer à la plage, boire du rhum et bien manger.

Mais aussi, alors que le départ se rapproche, nous n’avons toujours pas rendu visite aux enfants de la CE2C de l’école de Rivière Salée, la classe de Véronique.


Bah ils sont où les élèves ?

Quelques petites recettes

Souskaïe de morue : Sorte d’apéritif à étaler sur des toasts avec de la morue salée, 1 carotte râpée, un mélange d’épices (généralement poivre, cannelle, girofle et muscade), des gousses d’ail, de l’huile du piment et du jus de citron

Feroce d’avocat : ça c’est du lourd. Des boulettes avec de l’avocat, de la morue, de la farine de manioc, de l’ail, du citron vert, du piment et des épices

Chocolat de noel et son pain au beurre : Tellement bon. On mange ce duo pour Noël généralement. A partir des bâtons de cacao, on le râpe pur et on le délaye dans du lait. On met aussi dans le lait de la cannelle, du sucre, de l’arôme d’amande amère et de vanille. L’étape finale consiste à intégrer soit de la farine soit de la maïzena délayée, afin d’épaissir l’ensemble.
Le pain au beurre qui l’accompagne et qui est divinement bien fait par Hugo est une sorte de brioche faite avec de la farine, de la levure, du lait, de l’eau, des oeufs, et bien sûr du beurre.

Les accras de morue : Un classique. Il faut faire frire dans l’huile un mélange de morue, d’épices, d’échalote, d’ail, de cives (oignons pays), de la farine, de l’eau, de la levure, un peu de citron en jus et du piment. On en à aussi dégusté aux lambis, légumes, oursin, …

Velouté de papaye : de la papayes verte, coupée en en petits dans de l’eau. 3 gousses d’ail et 3 piments végétariens. Un peu de sel, de poivre, d’huile, et d’épices créoles, puis du sel de céleri.
Porter à ébullition, pour tout de suite couvrir et laisser à feu doux pendant 30 minutes. Puis rajouter de l’eau, du lait de coco et de la sauce à roussir (ou worsheshire).

Et il y a encore plein d’autres recettes (tarte de banane plantain, poulet Colombo, poulet boucané, …) qui si je continu à en ajouter viendraient faire de cet article celui d’un blog du cuisine. Et il y a un blog bien mieux pour ça, celui de tatie Maryse, une institution de la cuisine traditionnelle ici.

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