Worldex Trece (13) – Les Caraïbes, pinche cabrón!

Pierre-Henri

JOUR 185 – JOUR 209
02/02/2019 – 26/02/2019

Quand on pense aux Caraïbes on pense plages paradisiaques, îles éparses, mer turquoise et accessoirement pirates. C’est bien ce que nous pensions aussi, après un mois et demi en Martinique à visiter, bivouaquer sur les plages et rechercher des bateaux sur les pontons notre vision des Caraïbes se limitait à cette île magnifique. Notre impatience était quand même grande pour quitter le département et aller voir ailleurs, se refaire une petite nav tranquille, pour changer d’île ou pour rejoindre le continent Américain.

Alors on a trouvé un bateau pour quitter l’île, ce qui nous permet de rêver un peu. Mais quand des creux de 8-10m vous prennent vous n’avez pas le temps de réfléchir à grand chose , vous vous demandez juste « putain mais qu’est-ce que je fous là » ! Remontons un peu le temps pour voir comment nous en sommes arrivés là.

Le bateau stop à trois

Eliot un ami de lycée nous a rejoint pour passer ses vacances avec nous, il a trois semaines devant lui et l’objectif est d’arrivé à trouver un bateau stop pour rejoindre le continent ou une île des alentours. Le jour d’après son arrivée nous quittons la famille pour nous diriger vers le Marin au Sud de l’île, le port de plaisance le plus important. Le semaine d’avant nous avions repérés un camp de hippies et de voyageurs à proximité de la marina. Nous nous y rendons dans l’espoir de trouver un point de chute pour nos recherches. Une fois sur place le camp est dévasté, une odeur pestilentielle est présente partout, des immondices sont rependus sur le sol, bref c’est le carnage, qu’est ce qui à bien pu se passer ? Non loin de là nous rencontrons le fondateur du camp, sans nom, nous l’appellerons « Slip bottes » par la suite. Complètement pris par des drogues non identifiées nous l’écoutons déblatérer des insultes à l’encontre d’à peu près tout le monde. Apparemment il y a eu des tensions sur le camp et nous soupçonnons slip-bottes d’avoir dévasté l’endroit pour retrouver sa solitude.

Un camp hippie pas très peace and love
Premier bivouac en hamac pas très réussi

Nous changeons de stratégie et trouvons un endroit peu adapté au bivouac, sous la pluie, pour tester nos hamacs. Pierre, notre capitaine sur la Méditerranée, est présent au Marin et il nous a proposé de rester quelques jours sur son bateau en échange d’une aide pour le sortir de l’eau. Nous faisons avec lui une petite sortie de 3h pour tester notre compagnon sur la mer.

Retour sur Heïva, Eliot à la barre!

Puis nous sortons le bateau de l’eau et commençons nos recherches sur les pontons du Marin. La plupart des bateaux sont en résidence et ne prennent pas la mer avant plusieurs mois. Nous récoltons quand même quelques pistes dans la marina et sur les pontons des annexes mais rien de concret. Pour nous rendre utiles on se fait une journée nettoyage de plages avec un groupe Facebook, on y passe l’après midi puis on prend l’apéro avec tout le monde, apéro-écolo! Nous retrouvons une amie de Coco qui fait partie de l’équipage du voilier d’un milliardaire Écossais, propriétaire du whisky Glenfidiech, ils nous invitent à manger et à boire un coup sur le bateau, tout est clean, rien ne dépasse sur le pont, c’est de loin le bateau le plus classe qu’on est visité!

Manger sur le bateau d’un milliardaire, check!

Nous dormons dans nos hamacs au bord des plages de l’anse karritan à saint Anne et de la point Borgnèse au Marin. Les jours passent sans résultats, nous décidons donc de laisser les choses se faire par elles même et partons à la découverte de l’île en stop. Première étape la montagne Pelée, arrivés sur place la veille nous posons nos hamacs au premier refuge, celui du départ de la randonnée, pour pouvoir partir tôt le lendemain. Nous démarrons à 9h l’ascension difficile de la montagne. Aux alentours de 11h nous arrivons au sommet bien pris dans les nuages. La vue se dégage partiellement de temps en temps nous laissant l’opportunité de voir quelques morceaux de terre.

Enfin le sommet

Nous redescendons ensuite la montagne et passons par la côte Atlantique que nous ne connaissons pas encore. La majorité des plages de ce côté son prises par les algues Sargasses qui nous ont accompagnées tout le long de la transatlantique, elles viennent s’amonceler sur les plages exposées des Caraïbes, elles y pourrissent dégageant une odeur nauséabonde pouvant causer des malaises, elles modifient les courants sur les rivages ce qui change la forme des plages et font fuir les touristes. Apparemment elles viendraient du Brésil ou l’urbanisation des côtes et la destruction des mangroves libérerait ces algues qui vogues alors au grès des courants océaniques.

Nous passons par Trinité ou nous établiront le camp sur une plage au pied de la presqu’île de la Caravelle sous les cocotiers (en croisant les doigts pour ne pas s’en recevoir une pendant la nuit). Le lendemain nous nous dirigeons vers le François ou nous ferons la rencontre de Steeve un Martiniquais aux origines diverses, il nous prend au Robert dans son 4×4, sur la route, il s’arrête, dans un bar qu’il faut connaître pour trouver, là, il commande une bouteille de rhum et des petites saucisses. Il nous initie à la « dégustation du ti-punch à l’antillaise », cul-sec, un verre, deux, trois, pendant ce temps le 4×4 tourne encore, pour faire marcher la clim et que ce soit bien frais quand on remonte dedans, il ne paye pas l’essence ou est le problème ? Il nous raconte son amour chez lui et ses amours dans chaque port, son mariage qui approche, nous propose avec insistance de nous payer nos courses (« non ! »), il ne veut pas nous lâcher on fait trois fois le tour du François avant d’arriver à sortir de la voiture en lui promettant de faire un resto avec lui le weekend. Au François pas évident de trouver un emplacement pour les hamacs à causes des mangroves environnantes, chacun part en exploration mais on se retrouve au point de départ sous un porche au milieu des déchets.

Pas le meilleur endroit, mais quand ya que ça…

Imagine le Panama

Nous visitions la rhumerie Clément lorsque je reçois un appel de Loïc, un des équipiers avec qui nous avions fait la transatlantique. Il a trouvé un bateau pour partir de Martinique et rejoindre le Panama, le départ a pris du retard et deux équipières ont décidés de quitter le bateau ce qui laisse deux places de libres. Il nous file le numéro de Serge, le capitaine, et un rendez-vous est pris pour le soir même. Nous le retrouvons au bar de St Anne, on a un peu l’impression d’aller à un entretien d’embauche. Il est là, assis, la soixantaine, le crâne bien dégarni et le regard amical en compagnie de son amie québécoise qui ne sera pas sur le bateau. Il nous explique qu’il part pour un tour du monde en voilier après un an en Martinique. Il aurait du partir il y a quelques jours mais son AIS (instrument permettant de voir et d’être vu par les autres bateaux) est tombé en panne et il attend son remplaçant qui tarde à arriver. Le départ se fera dès qu’il l’aura reçu et installé, ça nous laisse quelques jours de libres. La rencontre se passe bien et il accepte de nous prendre à son bord si c’est ok pour nous. On lui demande une soirée de réflexion pour faire sérieux même si le choix est déjà fait dans notre tête, nous allons au Panama !

Le lendemain j’appelle notre nouveau capitaine, « c’est ok pour nous !». Seul problème, nous allons devoir dire au-revoir à Eliot, même si il lui reste encore une semaine de vacance. En effet nous ne savons pas encore quand nous partons et la traversée est prévue sur une dizaine de jours sans compter qu’il n’y a que deux places de disponible à bord. Il continuera son séjour en passant par la Dominique et la Guadeloupe pendant que nous retournons chez Véronique et François pour un projet qui nous tenait à cœur : la rencontre avec les enfants de la classe de Véronique qui nous suivent depuis le départ. Nous avons enfin reçu l’aval de la directrice et de l’institutrice remplaçante. Une rencontre incroyable ponctuée de milliers de questions plus ou moins en rapport, de câlins et de rigolades.

Le départ est décalé de quelques jours supplémentaire, en effet l’annexe du bateau est partie voguer de son côté en direction de Ste Lucie. Heureusement un bateau l’a retrouvée et nous la ramènera pour le weekend. Nous embarquons le vendredi avec nos sacs pour nous installer dans une des deux cabines arrières. « Imagine », le nom du bateau porte le nom d’une chanson de John Lennon et convient parfaitement à notre voyage, aux multitudes de fois ou nous imaginons la suite du trajet, les pays dans lesquelles nous allons arriver et les gens qui nous y attendent.

Prêt au départ

Le bateau est déjà bien plein, nous forçons un peu le passage pour insérer nos affaires. Le samedi nous récupérons l’annexe, réceptionnons la pièce manquante et nous livrons à un rituel désormais bien établi, les courses de bord. Dans l’aprèm nous sommes prêts au départ pour le lendemain. Mais, le capitaine souhaite prendre un nouvel équipier qui ne pourra pas être présent avant le lundi, un débat s’instaure car les deux autres équipiers attendent le départ depuis une dizaine de jours avec le retard du à l’AIS. Il est décidé que si l’équipier est présent à 8h sur le ponton le lundi il pourrait se joindre à nous si il n’y est pas nous partons sans lui. Nous sommes partis sans lui.

L’Amérique ça ce mérique !

C’est donc à 5 que nous partons tranquillement en ce lundi matin, Serge le capitaine en route pour un tour du monde, Loïc notre compagnon de transatlantique en direction de l’Amérique du Sud qu’il fera à vélo et Łucasz (prononcez « woucash ») un Polonais ayant pour projet l’Amérique en stop. Bien que quatre français et un Polonais la langue d’usage sur le bateau sera l’anglais pour renforcer la cohésion et n’exclure personne.

Dernière vision de la Martinique

La mer est tranquille, un léger vent nous pousse le long des côtes Martiniquaise puis nous amène dans la passe du rocher du Diamant, point à partir du quel la côte ne fera plus que s’éloigner. Notre séjour en Martinique aura duré un mois et demi, le temps pour nous de prendre environ 75 voitures en stop sur l’île, et oui, le stop ici ça marche sacrément bien! Nous revoilà donc parti pour une traversée d’une dizaine de jours dans les Caraïbes. La météo s’annonce confortable avec un vent régulier entre 20 et 25 nœuds dans le cul du bateau sur l’ensemble du trajet. Nous allons naviguer avec le génois (voile à l’avant) tangonné sur la majeur partie du trajet, c’est une manière de naviguer que nous ne connaissions pas encore qui consiste à rajouter une bôme (pièce solide tendu horizontalement entre le mat et la voile) de génois pour le forcer à garder une position ouverte.

La technique du tangon

Nous faisons route plein ouest afin d’éviter les côtes Vénézuélienne et le Cap de la Vela, aussi appelé le petit Cap Horn, réputé pour ses humeurs changeantes de la tempête à la pétole. Cet itinéraire prévoit ensuite que nous bifurquions Sud-Ouest à peu près au niveau de Baranquilla en Colombie pour arriver directement à Portobello. Nous avons traversé l’Atlantique, 10 jours sur les Caraïbes nous paraît être une formalité.

Pendant la journée la mer grossit progressivement à mesure que les côtes disparaissent dans une brume légère, bientôt 3m de houle arrière nous soulève périodiquement. On a déjà connu ça entre les Canaries et le Cap Vert, ce n’est pas très confortable mais on s’en sortira.

Bonne ambiance malgré la houle omniprésente

La houle se ressert un peu faisant rouler le bateau sur les côtés, « ça va se calmer » on continue tranquillement. Nous jouons les quarts au dés, je m’en sort avec le dernier de 5h à 7h, le capitaine prendra mon relais ensuite.

Le soir je me met à la cuisine avec Loïc, pendant qu’il prépare une tarte à la tomate et au bleu je m’essaie au gratin de Giromon, une courge typique de Martinique. Ça balance dans les fourneaux on s’accroche comme on peu en essayant de toujours garder une main sur notre préparation pour ne pas que tout finisse par terre. La chaleur combinée du four et de la cuisinière fait monter la température. Je me résigne car j’en peu plus, ce ne sera pas gratin mais purée. Impossible de manger quoi que ce soit, je me sens mal, Loïc ressent la même chose mais réussi à manger, Łucasz n’est pas bien non plus mais rien n’entame son appétit. Je tente quand même la tarte à la tomate qui me fait de l’œil, je croque, directement sur le bleu qui empire gravement les choses, je sent que je vais vomir mais mon corps résiste. Łucasz se lève d’un coup et s’accroupit sur le pont la tête par dessus bord et entame son renvoi avant de se rassir et de continuer son repas. Viens mon tour, en cherchant ma lampe torche à l’intérieur du bateau, d’un coup j’ai su, je cours au même endroit que Łucasz je m’allonge et procède à l’évacuation. Quelques minutes plus tard Loïc arrive la main sur la bouche et fait de même. Seul Coco et le capitaine sont rescapés.

Première nuit dans le bateau un peu mouvementée, Łucasz me réveille, instructions du capitaine : barrer au moins à 50% à la main car le pilote automatique à un peu de mal avec sa chaîne distendue qui saute dès qu’il force un peu. La mer forcit, non pas en hauteur mais en direction, c’est le bordel, des vagues croisées déséquilibrent le bateau en permanence, à partir de ce moment nous barrerons à la main jour et nuit jusqu’à notre arrivée à Portobello. Le bateau est agréable à barrer, la distribution est totalement mécanique ce qui fait que l’on ressent ce que le bateau endure. Si tout va bien la barre est douce, si la course est modifiée il faut forcer pour remettre la bateau dans sa ligne. Le quart se passe bien et je retourne me coucher après avoir réveillé Serge. Dans la journée la mer grossit encore et bientôt des séries à 5m nous offrent des surfs à plus de 10 nœuds. Ça ne me rassure pas trop, le bateau à l’air résistant mais jamais on a navigué sur une mer pareille à part entre Gibraltar et Tanger ou cela avait durer moins d’une heure. Un peu stressés toute la journée, nous lançons régulièrement au barreur « big wave behind ! », la procédure est de mettre la vague dans le cul du bateau pour réaliser un surf plutôt qu’un dérapage beaucoup moins agréable. Régulièrement nous recevons des gerbes d’eau de vagues déferlantes ou d’erreurs de pilotage. Ces conditions nous les aurons pendant 5 jours, nous permettant de nous y habituer. Bon les nuits ne seront pas meilleures pour autant, secoués dans tout les sens, des bruits tout à fait inquiétants, des hurlements quand le barreur se fait mouiller et par moment des instants de « suspension » pendant les dérapages du bateau. Ce dernier point est assez rigolo, d’un coup le bateau part en dérapage en avance sur nous et sur les affaires à l’intérieur, tout ce qui n’est pas attaché s’envole, vous y compris, et lorsque l’on est couché on a un peu l’impression de flotter à la manière d’un cosmonaute.

Nos essais de pêche ne sont pas concluants, un moulinet déroulé entièrement sur une daurade, une canne cassée et le plein de sargasses. Nous avons vite abandonnés. On s’est alors rabattu sur nos réserves de nourriture plus que suffisantes, en essayant de manger simplement le midi avec des pains fourrés inventés par Loïc, omelettes, restes… Les repas du soir sont un peu plus élaborés, lasagnes du capitaine, bolognaise corned beef, légumes en tout genre… Après les repas on met la vaisselle dans la machine est s’est fini. En fait non, la vaisselle, c’est à l’arrière du bateau avec de l’eau de mer, harnachés car ça secoue et de nuit pour le soir (avant que l’on mette en place le repas du soir et sa vaisselle avant la nuit).

Régulièrement nous entendons un « Pinche cabron! » (« Enfoiré! ») de la part de Łucasz quand une vague le surprend, un reste de son séjour au Mexique. Des « j’en ai marre, je veux un cata ! » par le capitaine qui est secoué autant que nous et ça ne lui plaît pas ! Un cata est plus stable le roulie est beaucoup limité. Cependant il est fier de son bateau qui tient la route malgré ces conditions difficiles. Conditions qui font que, comme nous ne dormons pas beaucoup la nuit, nous rattrapons les heures de sommeil perdues la journée. Les journées se suivent donc assez rapidement et sont à peu près cadencées comme suit : Quart – petit-dèj – sieste – déjeuner – sieste – repas du soir – dodo – quart. Entre ces étapes des bonnes sessions de rigolades, d’apprentissage du polonais, de débats, de chants, d’écriture, de lecture.

Le trajet de Martinique au Panama

Nous arrivons bientôt au niveau de Barranquilla, l’heure de changer de cap approche. Nous avons toujours la houle à l’arrière et le vent se décale peu à peu au sud ce qui fait que si nous voulons aller dans le bon cap il faut prendre les vagues de travers. Cela me paraît impossible, nous prendre des monstres de plusieurs mètres de haut sur le côté, non merci, je préfère continuer tout droit et longer la côte ensuite. Nous faisons pâle figure avec notre bateau de 16 tonnes! Le capitaine et les autres doutent aussi. On fait un essai, Serge à la barre, il nous met dans le bon cap, le bateau avance sans problèmes, remonte les vagues en accélérant, se décale un peu de la route, puis la reprend. Ok on continue comme ça. Progressivement la houle augmente encore, environ 8 mètres par série. Le stress revient un peu, on sert les fesses quand on est à la barre, on se prend un peu plus d’eau mais ça passe. La cuisine passe de très compliquée à presque impossible, tout doit être tenu en permanence, la moindre seconde d’inattention et c’est le drame. La douche s’est assis ou rien et les repas sont sportifs.

Toutes les quelques secondes, un nouvel horizon de houle

Une nuit de quart

La première nuit du changement de cap fut la plus difficile pour moi, je vous propose de prendre ma place le temps d’une nuit.

« Vrouch, pchouu, vrooo» « Oh putain ! ». Vous ne dormiez pas vraiment mais ce bruit vous sort complètement de votre sommeil. Le capitaine seul à la barre s’énerve, la voile claque, la mer est extrêmement bruyante et vous faites votre possible pour vous accrocher au matelas. Votre portable indique 22h30, votre quart commence dans 30 minutes. Autant dire que vous n’allez pas dormir beaucoup pendant ces quelques instants. Du coup vous vous levez avant pour prendre un peu d’eau manger un bout et essayer de deviner quelle merde vous attend. Ça y c’est l’heure, vous enfilez votre veste de quart, votre pantalon étanche, votre harnais et vous montez les cinq marches qui mènent à l’extérieur, la protection de pluie est mise, cela n’augure rien de bon. Le capitaine est là dans le coin du bateau, assis, la frontale sur la tête, en tenue imperméable complète, un sourire un peu crispé vient se dessiner sur son visage quand il vous voit, « enfin ! » pense t-il. Vous accrochez le mousqueton de votre harnais et vous vous asseyez à la place de l’homme. Le siège est mouillé, signe d’une submersion récente. Ça y est vous êtes en position, le capitaine se retire après avoir donné ses consignes. Seul la barre dans les mains vous vous rendez d’un coup compte de la noirceur de la nuit, pas de lune, les étoiles masquées par les nuages, les feux de navigations qui n’éclairent que des bribes de vagues déjà passées. Seul vos instruments permettent de vous diriger dans ces ténèbres, et cela demande une concentration de tout instants, en une seconde le bateau peut remonter au vent et vous envoyer des gerbes d’eau dans la tête ou abattre et contraindre le bateau à un empannage dans un bruit monstrueux. Les séries de vagues s’enchaîne s’en que vous puissiez en estimer la hauteur ou la direction, seul le compas et la provenance du vent compte. Un stress permanent. Enfin, une demi-heure après le début de votre quart qui aura paru comme trois heure, la lune se lève, et le vent avec ! Des rafales à plus de 35 nœuds se déchaînent sur vous, vous commencer à apercevoir les monstres d’eau qui vous entourent. La lune trace son chemin dans le ciel jusqu’à atteindre une bonne hauteur permettant d’éclairer l’intégralité du cockpit. Puis d’un coup, les ténèbres réapparaissent, le vent se calme, un pressentiment vous fait regarder derrière, la lune est masqué par une vague tellement haute que son sommet n’est pas perceptible. Votre instinct vous dit de ne pas prendre cette vague de côté, d’un coup de main vous la prenez par l’arrière du bateau. Le bateau s’incline, s’incline puis accélère, de 6 nœuds vous passer à plus de 17 nœuds des gerbes d’eau de 2m entourent le bateau, tout tremble, vous retenez votre respiration, à cette vitesse le moindre mouvement de barre pourrait produire un événement catastrophique pour le bateau. Puis le calme relatif revient, les vagues de 5m continuent d’arriver. 20 minutes plus tard rebelote, la nuit retombe, une montagne se présente, 17,6 nœuds. Puis à nouveau le calme. Le reste de la nuit se déroule avec l’inquiétude de voir se renouveler l’expérience mais non, à part quelques séries relativement hautes, ça ce passe bien. 1H du matin, Loïc devrait se présenter, mais personne ne se pointe, vous attendez une accalmie pour vous lever et essayer le réveiller avant de reprendre votre place en voyant une série arriver. Chaque minute de plus passée à la barre paraît en être 10 mais finalement il arrive. C’est bon vous lui passer la merde à gérer et partez vous coucher.

On touche au but!

La journée la mer est beaucoup plus gérable, nous ne sommes pas seul sur le pont et nous voyons ce qui arrive. Néanmoins quand des vagues plus hautes que les autres se profilent derrière le bateau nous nous crispons tous un peu mais nous savons maintenant que même sur les vagues les plus agressives ou les moins bien gérées le bateau tient la route. Par contre la cuisine est de plus en plus sportive à tel point que nous inventons un jeu qui pourrait faire fureur sur les télés du monde entier,

« Master chef en mer » , « Aujourd’hui Łucasz et Ph nous préparent une quiche et une tarte au pomme. Serge à la barre, vent de 25 à 30 nœuds, houle de 8 m en série. C’est partit ! Attention PH tente de laisser son bol d’œufs en liberté, et oui premier raté pour PH le bol de 5 œufs s’est envolé pour couler dans le frigo ! Les cuisiniers sont tenus de nettoyer, il faut donc tout sortir du frigo, tous rincer et reprendre ou on en était. La température à l’intérieur devient intenable, des gerbes d’eau inondent le pont n’offrant pas la possibilité aux cuisiniers d’ouvrir les hublots. Ça y est la préparation de la quiche reprend pendant que Lucas découpe les pommes à l’extérieur. Oh attendez, mais oui le bol d’œufs s’est une nouvelle fois renversé dans le frigo et par terre ! PH commence à montrer des signes d’énervement mais il est tenace, la quiche finit au four ! Łucasz à finit sa tarte mais il doit la garder à proximité pour ne pas quelle se renverse, installé à l’extérieur il préfère qu’elle se prenne de l’eau de mer plutôt qu’elle ne tombe par terre. »

Maintenant imaginez cela avec des personnes n’ayant jamais navigué, vous voyez le tableau, ça donne envie !

Enfin, au réveil du dernier jour nous approchons vraiment des côtes qui vont se dessiner petit à petit. Nous voyons les arbres de loin, la végétation à l’air luxuriante l’impression est sensiblement la même que pour notre arrivée en Martinique excepté que là c’est l’ Amérique que nous avons devant nous ! Nous continuons notre approche à la recherche de l’anse de Portobello, nous sommes épuisés et contents d’arriver.

9 jours bien fatigants, la vue de la terre est reposante

Cette navigation fut clairement la plus dure que nous ayons faite , grâce à elle nous avons pu goûter aux vrais caprices océaniques. 1250 miles marins (2300 kilomètres) parcourus en 9 jours, 9 jours de grosse mer. Imagine est resté entier, le capitaine à su anticiper la mer et nous garder sur la route et l’équipage, bien qu’encore relativement novice, s’est soudé et a tenu bon!

Le fier équipage d’Imagine

Maintenant commence notre aventure en Amérique!

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Un commentaire sur “Worldex Trece (13) – Les Caraïbes, pinche cabrón!

  1. Super sportif votre traversée Martinique Panama. Bravo les marins, vous êtes au top pour la prochaine Figaro solo … L’aventure continue … 😅

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