Catorce (14) – Panama – Un Président, des bouses de vache et une chasse au trésor

Corentin Menez

JOUR 210 – JOUR 232
26/02/2018 – 20/03/2019

Cliquez sur les liens en gras que vous trouverez dans l’article, une fenêtre s’ouvrira

Dans l’épisode précédent / Portobelo / mardi 26 février / Au petit matin : Un bateau, écharpé par les vagues se rapproche craintivement de la petite ville de Portobelo. Non pas que la vue de la terre fasse peur à l’équipage, mais par crainte d’ultimes représailles surprises d’une vague de 8m comme est la coutume depuis 9 jours. Finalement, le calme après la tempête s’installe et l’équipage finit par mettre le pied à terre. Mais à quelques centaines de mètres de là, au-delà des côtes, la mer est toujours aussi agitée. Se trouve devant nous, un petit village barricadé de forteresse, au milieu d’une enceinte dont tout le reste de la côte n’est qu’une dense jungle sauvage. Serge passe aux aveux : « Normalement, pour traverser la mer des Caraïbes on passe soit par le nord, soit par le sud ».  Mais par le milieu, personne ne le fait car c’est soi disant trop « agité ». On se doutait bien d’un truc, mais tant mieux, ça vient épiquement compléter notre expérience. Pied à terre donc, et début du voyage en Amérique, officialisé par un joli tampon d’admission sur le territoire.

Un nouveau départ

C’est bientôt notre septième mois de voyage qui s’achève. Septième mois d’été. Lucazs nous fait rapidement ses adieux le lendemain de notre arrivée pour partir en stop à travers l’Amérique centrale, au Guatemala pour le mariage d’un ami. Loïc aussi impatient de grimper sur son vélo se précipite dans un bus, complètement bondé, pour rejoindre un autre port qui va l’acheminer en Colombie. Je ne sais toujours pas trop comment, mais il a réussi à trouver une place pour lui et tout son vélo en pièce détachée, et semble même être arrivé en un morceau en Colombie.

La page commence déjà à se tourner, les nouvelles rencontres deviennent des souvenirs et notre cercle social se referme à nouveau. Nous deux ne savons pas encore vraiment ce que nous pouvons faire pour la suite du voyage. Alors on reste quelques jours dans ce paisible environnement où on découvre de nouveaux chants d’oiseaux, de nouvelles couleurs, de nouvelles odeurs. Et derrière sa façade sobre et autoritaire, la ville bouge dans tous les sens, bruyante dans chaque recoin. Et pourtant ce n’est pas bien grand. Dans un restau, on met la télé à fond, mais alors il faut mettre la radio encore plus fort si on veut l’entendre, puis on cri pour se parler par dessus tout ça. Les bus, et leurs couleurs clinquantes, défilent dans la rue principale. Leur carrosserie est bariolée d’une délicate fresque de Jésus bodybuildé fluo, entouré de Looney Tunes et de graffs. Ils peinent à grimper la petite montée côtière de sortie de ville. Le carnaval approche, les plus jeunes font claquer leurs fouets comme des pétards dans les rues.

Un de ces beaux bus. Tous personnalisés par leurs propriétaires

À notre tour de partir, de reprendre le stop en se laissant guider par les opportunités. Le débat : rester au Panama ou rejoindre la Colombie ? Après 3 jours en compagnie de Serge sur Imagine, c’est à notre tour de faire nos adieux. Lui, prépare sa traversée du Pacifique et va donc rejoindre Colon pour suivre le canal qui cisaille le pays. Nous, on se lance. Et c’est le 1er trajet en Amérique qui commence. Un SUV s’arrête et nous embarque jusqu’à la capitale, Panama City.

Le trajet paraît si long pour une distance pourtant si courte à l’échelle de l’Amérique. On suit la côte Caraïbe, sillonnant des petits villages. C’est plutôt pauvre ici. Les petits sont habillés de vêtements sales et déchirés, les pieds nus dans les amas de déchets plastique qui bordent la route. Les villages grossissent petits à petit, l’atmosphère s’agite et les bouchons se forment. A l’approche de Colon, la ville d’entrée du canal, on tombe tout à coup sur une autoroute toute neuve, complètement vide. Cette route suit la trajectoire du canal, en direction de Panama City, traversant jungle et plaines. Nous sommes bien en vaine. Notre chauffeur et son copilote, des journalistes spécialisés politique et culture, parlent couramment anglais. Un bon moyen de se renseigner sur où nous sommes. Ils étaient à Portobelo pour un article sur son carnaval singulier, dû à sa forte communauté de descendance africaine, sa culture isolée.
Pour nous faire plaisir notre chauffeur-journaliste fait même un détour a travers la jungle, et débouche sur le canal. Visite avec audioguide, on apprend à connaître le pays. Le Panama est ce qu’il est aujourd’hui, doté de richesses en grande partie grâce à l’activité de son canal.

Visite guidée

Projet d’ingénierie des plus ambitieux jamais imaginés, le canal à pour objectif de relier l’océan Atlantique du Pacifique, et évitant ainsi aux navires de longer toute l’Amérique du sud pour se rendre de l’autre côté. C’est le Français Ferdinand de Lesseps qui entreprend sa construction en 1880. Le canal traverse la jungle, il est un véritable casse tête étant donnée la différence de hauteur entre les deux océans. De nombreux ouvriers décèdent et le projet est abandonné. Les Etats Unis reprennent le projet, et le canal, de 77km de long, est inauguré en 1914. Le canal et le territoire qui l’entoure appartiennent donc contractuellement aux USA. Il y aura une forte communauté qui viendra s’installer ici, et notamment un immense camp militaire destiné à préparer les soldats américains à la jungle Vietnamienne. Aujourd’hui les territoires ont été rendus aux Panaméens. Et c’est cette zone que nous traversons actuellement avec notre chauffeur et son acolyte. Des villes cloturées, calquées sur le modèle Etats Unien avec de grands espaces contrôlés, des maisons fabriquées dans un moule, et des grands parcs qui séparent les différents quartiers.

Arrivée à Panama Ciudad

Quand aux spécialités culinaires, qu’elles sont elles ici ? Le poulet, avec du riz nous répondent ils.

Un voyage des caRNAVALS

Arrivée à destination, le chauffeur-journaliste-audioguide et son collège copilote-journaliste-audioguide-assistant nous déposent en plein centre ville.
Contraste instantané. La ville s’étire vers le ciel et est bordée par un autre océan. C’est la capitale du pays, d’environ 1200000 habitants. Le maire est un certain José Isabel Blandon, mais on y reviendra (hehe).

Les grandes tours de la capitale

Pour la première fois, on aperçoit le Pacifique, malheureusement pas sous ça meilleure allure, encerclé d’un enclot en béton et d’un sable gris poussiéreux. On débusque une petite auberge de jeunesse très abordable pour la nuit. Ce soir le carnaval populaire commence en avant première. On va faire un tour en ville pour voir ça. On longe la promenade de bord de mer. Des cortèges de policiers contrôlent les foules, et les stands d’approvisionnement sont en pleins préparatifs. On découvre le folkore local. Rythme latino, accordéon et chanteuse à robe pailletée ultra moulante avec décolleté excessif, frétillant son corps en plastique vieillit dans tous les sens. Tout ce beau cocktail sur un décor médiéval fantastique psychédélique. Ça pourrait donner la nausée à certains, mais notre entraînement en mer nous permet d’assister au spectacle pendant une bonne demi-heure sans répulsions. Finalement bien divertis, on finit par se lasser. Malgré la nuit tombée, on décide d’aller voir le quartier historique un peu plus loin. Casco Viejo. Coquet quartier chic, pavé et parsemé de boutiques, restaurants et hôtels. À son bout, un monument hommage aux français, qui ont initié le projet du canal. Obélisque paré d’un beau coq doré chatoyant au sommet. Cocorico. Ça y est, on a assez vu de cette ville, on rentre se coucher.

Tranquillement le lendemain matin, on se met en route pour Penonome. Un des deux carnavals immanquables du Panama. sa particularité c’est sa parade en char sur l’eau. On traverse alors la capitale pour faire du stop à l’autre bout. Panama n’est pas une ville très sécurisée. La police nous le rappelle assez vite. C’est trop dangereux ici, ils nous recommandent fortement de prendre le bus. On leur fait confiance et rejoignons le terminal. De là, un bus part pour Penonome.

Le carnaval de penonomé

4h de bus, en musique. Arrivée à Penonome, déjà prêt à exploser pour le début du carnaval. Les stands de bières sont rigoureusement disposés sur l’avenue principale. Plusieurs scènes sont montées, il ne manque plus que le public pour participer à la fête. On sent des regards discret nous observer. Pas beaucoup d’étrangers ici. Le signal de nos portables nous guide vers une source de Wifi où nous abreuver. À peine 10 minutes hors du bus, et un homme, type asiatique, se rapproche de nous. Ses chaussettes sans élasticité, sont bien trop grandes pour ses chaussures trop grandes pour ses pieds (normaux eux).
Peau claire, Polo rayé posé sur des épaules tombantes. Sur sa tête des lunettes et une casquette à l’envers, il a un style très… à lui. C’est presque qu’il arrive les deux mains en signe peace en nous lançant en anglais un salut. Un de ceux qui nous observaient à notre sortie du bus. Il me fait penser à une sorte d’Austin Power asiatique. Avenant, très amical, il nous tape l’épaule comme à des vieux amis qui ne se sont pas vu depuis un bout de temps. Voici Rafael, enchanté.

Il nous propose de patienter, le temps qu’il examine s’il peut nous trouver une place où laisser nos sacs. On n’avait rien de bien prévu là, donc on attend, en espérant le voir revenir dans pas trop longtemps, car la nuit ne va pas tarder à prendre la relève. Il revient pour nous inviter à le suivre chez sa tante qui accepte d’abriter nos bagages pendant la durée du carnaval. Ils nous proposent même un coin de béton près des toilettes pour y gonfler nos matelas. Rien de bien fou mais ça fait largement l’affaire.
Rafa nous amène chez son cousin, Isaac, qu’il tient à nous présenter. Peau très foncée, lui a un style plus académique. Il nous propose un petit vin rouge qu’il nous sert avec des glaçons. Des gens entrent et sortent en permanence dans la maison. On est présenté à ceux qui s’installent avec nous a l’arrière, sur la terrasse. Puis Isaac décide spontanément de nuit de nous amener a la rivière d’où la célèbre parade était organisée la veille. On l’a raté malheureusement, mais le reste des festivités nous laisse déjà suffisamment de quoi faire. Notre espagnol est mis à l’épreuve avec Isaac, qui ne parle pas anglais. Mais on parvient assez bien à se comprendre et à plaisanter.

Notre petit coin d’intimité

C’est la fête dans toute la ville, dans les rues qui s’éloignent du centre, les familles et amis se regroupent sur le porche de leurs bâtisses, souvent une voiture garée devant avec de grosses baffles qui crachent depuis le coffre un son trop fort. La plupart vendent bières et nourriture. Cette fois les gens sont opérationnels pour faire la fête. Il y en a de partout. Rien de très typique par contre, la scène principal est occupée par un DJ qui passe les plus gros hits pop latino actuels. Très trèèès fort naturellement. Première nuit sur notre petit coin de béton. Les toilettes sont étrangement fréquentées par tout le voisinage, mais le sommeil est lourd et réparateur.

Rafael, Daian et Laura

Le lendemain Isaac nous attend a 9h chez lui pour nous emmener au marché, puis veut nous montrer le canyon de la Pintada. Il est tout content de pouvoir nous faire découvrir les lieux de ses origines et de voir que ça nous intéresse. On passe la journée avec lui. Son enthousiasme et sa tendresse sont touchants.

Le canyon de la Pintada

De retour au carnaval, des poches de protections pour portables sont distribuées avant l’accès à une zone où des camions citernes vident de leur chargement d’eau sur une foule compacte, qui en redemande. D’autres visent les passants avec leurs pistolets à eau. La particularité du carnaval de Penonomé vous l’aurez compris, c’est l’eau. Ça nous permet d’oublier un peu la lourde chaleur de ces après-midi.
Ce soir, les premières parades sur terre démarrent. Des chars géants avec des reines à leurs sommets sont escortés par des orchestres et des danses chorégraphiées. Un carnaval quoi. Rafa s’attelle à prendre en photo le plus de miss possible, du plus près possible. Deuxième nuit sur notre coin de béton. La population qui défile aux toilettes semble désormais s’élargir aux quartiers adjacents.

Un des chars du carnaval

Aujourd’hui Rafael a plein d’idées pour nous. On ne comprend pas trop son plan, mais il veut nous emmener faire un truc, un meeting ou une réunion. Un truc pas hyper excitant quoi. Mais on le suit à travers les petites artères du centre ville pour déboucher dans une salle, remplies de cartons et de quelques chaises vides, où un homme nous salut respectueusement. Un autre nous apporte un t shirt chacun, puis une casquette. Un autre encore des lunettes et des poches pour boisson. Tous ces objets sont poinçonnés d’un nom : José Blandon.

Nos nouvelles tenues

José Blandon, c’est le maire de Panama City si vous vous rappelez. Mais ici ce qui nous intéresse, c’est que c’est aussi et surtout un candidat aux présidentielles Panaméennes du mois de mai. D’où notre présence dans cette salle, au meeting. Son parti, Panamenista est actuellement au pouvoir, et lui en est la nouvelle figure de proue. Une des grandes personnalités politiques actuelle au Panama. Mais bon, nous on a beau porter un t-shirt, une casquette, des lunettes et tout plein d’accessoires au nom de ce gars là, on ne sait pas du tout qui c’est. Ça pourrait être un néonazi on se serait quand même trimballé en plein carnaval tout fier de nos nouveaux vêtements. (Je rappelle que on a que quatre t shirt chacun depuis le départ, alors on a le droit d’être content d’avoir un nouveau t shirt, ok ?) Rafael est tout aussi amusé que nous, mais il nous confesse en chuchotant qu’il n’aime pas ce parti.
Bref, de plus en plus de monde rejoignent le rassemblement à l’extérieur, autour d’une glace pilée au maracuja, signée José Blandon. On se met en marche (lol) et on retourne aux festivités. Nous recevons un bracelet, permettant l’accès à une plateforme VIP, d’où on surplombe le reste des festivaliers.

Place d’honneur en zone VIP

Rien de bien différent a être en bas, à part que nous on voit la scène. Haha ! Mais ce qui est jubilatoire, c’est de nous retrouver là, alors qu’on parle même pas trop espagnol et qu’on ne sait pas qui c’est, José Blandon. En plus ça se voit qu’on est même pas Panaméens. Mais bon, ça choque personne. Si ça se trouve personne ne parle vraiment espagnol ici. Après nous être bien fondu dans la masse et nous être fait des amis, une certaine perturbation agite la zone VIP. Y’a un gars qui serre les mains a tout le monde qui se rapproche. Tu crois que c’est celui qui est dessiné en smiley sur mon T shirt ? Il a l’air d’avoir les mêmes cheveux. Notre idole est ici ? Pas possible. Faut prendre une photo avec lui. Une bonne poignée de main et une belle photo souvenir, on ne tarde pas trop à partir. Lui s’en va alors haranguer les foules en contre bas. Haris et José, deux amis de Rafa, nous invitent à manger dans leur famille, à l’extérieur de l’agitation. Un poulet frit au feu de bois et du riz, comme le veut la tradition culinaire. …Attends, attends… On vient vraiment de rencontrer le futur président du Panama là, juste en ayant suivi des gens, sans jamais qu’on nous demande qui on est et ce qu’on fait là ? Il semblerait bien que oui.

Le futur président Panaméen, pris en sandwich

à présent, le calme s’il vous plait

3 jours de fête, il est temps pour nous de partir en quête de fraicheur sur les hauteurs d’El Valle d’Anton, Entre temps, nous avons une piste de Woofing à l’ouest du pays, que nous allons tenter d’atteindre rapidement après notre grimpe à El Valle d’Anton. Adieux émouvants a Rafa, puis Isaac qui nous accompagne jusqu’au bus pour être sûr qu’on prenne le bon chemin.

Isaac et son amie à notre départ.

Ça grimpe sur le macadam, le climat se rafraichit. En haut sur le plateau le bus nous dépose devant un marché perché au milieu des cimes. Des bourrasques de vent soulèvent des nuages de poussière. Et enfin, du calme. On avance sans savoir où, en espérant tomber sur un truc qui nous interpelle. Un spot wifi par exemple. Le voici, et il lance le départ de nos recherches de logement. On se retourne et apercevons une belle maison placée sur un ample domaine. Derrière elle, des serres, des plantations et deux trois maisons plus petites sont disposées.
Un vieil homme apparaît, alerté par les aboiements du chien de garde. D’un espagnol pas facile à comprendre il compatit et s’en retourne dans la grande maison chercher l’accord d’une autre personne. À son retour, une femme l’accompagne, en pyjama, gardant premièrement la porte a moitié fermée. Je crois qu’elle nous prend pour des sortes de scouts. Peu importe, elle désigne avec affection une des maisons du domaine. « Vous pouvez vous mettre là » dit elle. Le vieil homme du début, son homme à tout faire, se présente puis nous accompagne à notre demeure. Puis il, Jorge, nous présente sa femme, Isabel, qui vit dans la maison mitoyenne. Ils sont guatémaltèques, et pour eux la France semble être une petite province d’Espagne. Isabel fait un peu de ménage et tente de comprendre, avec douceur, quels étranges personnages nous sommes. On trouve un petit moment pour furtivement visiter El Valle, mais notre vrai désir c’est de nous reposer dans un vrai lit.

Notre petite maison perso

À l’heure du repas, on toque à la porte. C’est la propriétaire, qui nous tend un plateau de Hotdog et deux verres de Coca. Cette belle femme, encore en pyjama, aux dents bien trop blanches et au sourire mesuré nous révèle ses intentions. « Je suis venue vous dire que Jésus vous aime ». Jésus l’a remise dans le droit chemin, et elle espère qu’il en fera de même avec nous. En tout cas, il vient de lui parler de nous, et elle veut nous en faire part. Moment un peu gênant où elle nous sermonne, mais la moindre des politesses de notre part est de respecter sa générosité instinctive et sa foi. C’est intéressant de voir que les gens ramènent souvent notre voyage a la religion. Ils évoquent chemin, rencontre et spirituel. Et nous on parle de chemin, rencontre et spiri.. Bon, nous aussi. Le paradoxe du chasseur d’après les inconnus. Mais en quoi cela doit nécessairement être interpréter en une foi en un gars qu’on sait même pas qui c’est hein ?

Nos deux amis guatémaltèques

Bref, une bonne nuit, sponsorisée par Jésus, dans une maison rien que pour nous, avec chacun notre chambre. On ne se précipite pas pour abandonner les lieux le lendemain. Mais c’est le surlendemain que nous parviendrons à sortir de la vallée grâce à Hector, un convoyeur de 43 ans, qui en paraît 25. Il va a Penonome, puis poursuit sa route vers Santiago, ce qui nous rapproche de notre destination : Palo Seco. C’est là bas que se trouve notre woofing. Reste un trajet en bus et une petite marche, et nous sommes rendus sur les lieux juste avant la tombée de la nuit.

La paisible vallée
Hector le vampire

Palo seco, la vie simplement

Nora et Géronimo, couple de surfers Panaméenno-Belge, sont des écologistes convaincus. Ils ont battis leur mode de vie sur le quasi zéro impact écologique. L’écologie est l’élément central de notre mode de vie de ces prochaines semaines. Leur maison, construite en pisé, ressemble à une cabane de rêve de gosse. Tout ce qui la compose, les bois, les pierres, la terre, provient des espaces alentours. Leur domaine pentu offre une vue dégagée sur la mer et les collines de la péninsule d’Azuero. Nora a un diplôme en audiovisuel et Geronimo travaille pour un établissement de montaign board en Belgique, où il rentre 3-4 mois par ans.
Putai[Biiip] tout est bruyant ici. Le cri des klaxons est remplacé par le hurlement de la nature. Et je vous jure, les grillons ici, c’est quelque chose… Vraiment…
Ce soir, ils ont invité des amis. Roberto originaire de l’île de Jersey s’est installé un peu plus bas depuis une vingtaine d’années avec sa femme, Carlota, Panaméenne. Eux aussi sont surfers, et eux aussi ont placé toutes leurs convictions sur l’écologie. Ils sont accompagnés de leur fille, Zen, d’une Française, Sophia, et une Allemande, Jisha. On se retrouve donc au milieu d’un repas copieux et savoureux jonglant entre Espagnol, Anglais et Français.
Notre tente est installée sous l’ombre d’un imposant <insérer nom arbre exotique>. La douche se compose d’une sortie d’eau bloquée par un bouchon en liège, d’une bassine et d’un verre. Le sol est sec et de nombreux arbres fruitiés sont disposés sur les différents niveaux du domaine. Un petit côté andalou rappelant notre chère vallée colina tropicale.

Le salon

Nous sommes dans la partie de l’Amérique centrale, la plus proche de l’équateur. Et en cette fin de période sèche, la chaleur se fait très vite ressentir. Pour pouvoir être un minimum productif, le réveil se fait à 6h15, aux aurores. Après un petit thé, on se lance dans les travaux. En préparation de la saison des pluies, on creuse des trous d’évacuation d’eau. Pour nos premiers jours, notre mission consiste principalement à creuser à la pioche et à transférer les brouettes pleines plus haut sur le terrain, à l’endroit où l’espace yoga est prévu.
Vers 10h généralement, on s’arrête de travailler et on prend le petit déjeuné. Ici, la cuisine est 100% végétarienne, et ces deux là savent cuisiner. Chaque repas est un régal. Être végétarien, c’est un choix, mais ça s’impose quand on veut garder ses convictions écologiques et qu’on veut viser l’autosuffisance. L’élevage requiert beaucoup trop de temps et de ressources. Geronimo nous rappelle d’ailleurs que nous ne devons pas les considérer comme végétarien, mais plutôt considérer les autres comme carnivore, car dans un contexte de vie modeste, manger de la viande est un luxe plus qu’un régime indispensable. Après ces repas copieux et variés, plus vraiment d’autres choix que de faire la sieste. Il fait trop chaud pour quoi que ce soit d’autre. Parfois, on se motive a partir tôt se baigner, ou faire du surf, mais la motivation fond comme <insérer nom d’un truc exotique qui fond>.

La cuisine

Ce matin, on ne prend pas la pioche, mais on va dans le champ du voisin pour y ramasser des bouses de vache, que l’on déloge de force, à la pelle ou à la main, de leur magnifique point de vue sur ce paysage vallonné.

On en ramène des brouettes et des brouettes. Un autre matin, on déplace une montagne de pneus, qui serviront de base à de futurs ravalements de terrain. On aura même l’occasion de concocter un mélange de terre, sable, eau et paille qui servira à tapisser des murs. En tout cas, leur mode de vie « hors du sytème » est un exemple très inspirant, on apprend beaucoup avec eux.

On est invité à une soirée chez Roberto. Là bas, plein d’amis surfers de Palo Seco et son entourage s’y retrouvent. Grosse session de musique pendant toute la soirée. Deux guitares, deux guimbardes, deux vuvuzelas, une flute, des percussions, des harmonicas et un melodica. La session est orchestrée par Marco, un Autrichien, guitariste de talent. On s’amuse bien dans cette battisse construite au milieu de la foret, cette ambiance de partage, de symbiose et de jeu que procure la musique m’avait bien manqué.

LA CHASSE AU TRésor

Le lendemain, on décide de rejoindre Sophia, qui s’est installé au bord d’une petite rivière à Torio, afin d’y chercher de l’or. On se fait transporter dans des bennes de pick up, jusqu’à arriver à Torio. Nora nous a dessiné une carte trésor pour nous permettre de trouver Alex le sorcier, gardien de la rivière aux mille pépites.

La carte au trésor de Nora

Après le café Julia, il faut prendre à gauche et rejoindre la rivière. On a pas vu le café Julia, et on se retrouve sur une large route en terre où une petite voix nous interpelle. Fernanda, rencontrée la veille chez Roberto gigote son bras à la fenêtre de sa maison. Voyant qu’on déambulait d’un pas bien peu serein, Mosh, son copain, à la soirée également, jaillit à son tour et nous invite à prendre une bière chez eux. Après des explications à partir d’un vrai plan, et des remerciements pour la bière, on se remet en route vers l’or. À peine sortis de chez eux et une personne qui arrive d’en face nous interpelle. Sous sa casquette on reconnaît Joshua, lui aussi à la soirée hier soir, qui nous salut chaleureusement. Quelques échange avant de reprend le chemin et une voiture s’arrête à notre hauteur. Roberto (un autre que celui de Jersey) en sort la tête et nous salut chaleureusement. Lui aussi, était à la soirée hier soir.
Bah ça y est, on a vu tout le monde je crois, on peut aller à la rivière maintenant. 30 minutes de marche zigzagant d’un rivage à l’autre et on entend des voix. Un peu en hauteur, devant un champ en feu (car oui, au Panama, il est courant de mettre le feu à son champ, pour libérer de l’espace pour le bétail) Sophia et Alex apparaissent. On passe un court instant en leur compagnie avant d’examiner les endroits où dormir au frais. Le lendemain, Alex, « El Brujo » (le sorcier) comme il se fait appeler, nous embauche pour ses fouilles. A chaque fois que notre plateau va se vider, il nous rajoute une pelle disant que cette fois c’est la bonne. Et après une bonne heure, ce sera la bonne. Quelques scintillant filaments se nichent dans le fond de mon plateau. Victoire ! On peut rentrer avec des pépites plein les yeux chez nos hôtes ramenant de bonnes bières fraiches pour fêter ça.

Alex el Brujo et ses deux nouvelles recrues
L’équipe au complet : Alex, Sophia, et nous deux
Le butin

La fin de séjour

Ayant repéré plein de noix de cajou, on décide de retourner le lendemain à Torio pour en ramasser. Le cajou est un étrange fruit juteux à la texture type latex, qui laisse pousser en dessous de lui une noix, protégé par une coriace coquille. Si par bonheur on casse la coquille, la noix qui est dedans est toxique car enduite d’un poison appelé urushiol. Le bout de la langue de PH en a fait la déplaisante expérience (au nom de la science). Avec notre stock de noix, on décide de rentrer de nuit par la plage. Une bonne marche, on arrive affamé dans le village de Palo Seco où nous cherchons un petit restaurant. Rien ne semble ouvert mais on nous propose un poisson avec des frites et des patacons (bananes plantains écrasées et frites) pour pas cher. Le monsieur bedonnant nous installe une table et trois chaises pour bavarder un peu avec nous. Derrière lui une affiche « Angel Battista, candidat Panamenista » est placardée. C’est lui, c’est le maire de Palo Seco. On lui montre alors la photo de nous avec José Blandon, du même parti. Saisi, il nous fait visiter sa maison, nous présente sa famille puis nous tend une pastèque entière à nous partager. Impulsivement, il nous fait descendre les marches qui mènent à son hôtel en construction. On revient de la visite pile à temps pour le repas. Puis on rentre tranquillement en haut de notre coline perchée chez nos amis surfers.

La plage, notre chemin de retour

C’est notre dernier jour complet avec eux. Aujourd’hui pas de boulot. On part surfer tous ensemble. Une première pour moi. Une des premières pour PH, qui se débrouille déjà bien. Nos hôtes eux connaissent ces vagues si bien. Leurs mouvement fluides les font glisser avec élégance d’un bout à l’autre des vagues.
Session douloureuse aussi, car des rochers tranchant tapissent les eaux peu profondes de cette plage.
Ce soir, pour fêter le départ, on va faire griller nos noix de cajou. Un festin en préparation. L’épaisse fumée noire qui s’en dégage témoigne de leur toxicité. La coquille carbonisé laisse s’échapper les noix si savoureuse encore chaudes.

Etape finale avant dégustation

On trinque, on déguste, on discute, on s’endort.

Géronimo, Nora, et deux partisans Panamenista trinquant au rhum

Ce qui se passera après cette nuit est une surprise, un format que vous allez découvrir très rapidement !

Deux recettes simples pour cet article :

  • Recette de glace comme celles offertes au metting : Ecoper des morceaux de glace d’un bloc pour remplir un verre (glace pillée). Verser du sirop de maracuja (ou autre) par dessus (entre une et deux cuillère à soupe, et un peu de lait concentré sur le dessus. Il reste juste à planter une paille au milieu et à siroter
  • Recette de patacon. Spécialité locale : Couper des rondelles de 5 cm d’épaisseur de banane plantin. Les jeter dans l’huile fremissante quelques secondes. Les sortir, les écraser, puis remettre dans l’huile pendant une bonne minute. Assaisonné sel poivre.

2 commentaires sur “Catorce (14) – Panama – Un Président, des bouses de vache et une chasse au trésor

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