Worldex dieciséis (16) – Une si séduisante dictature

CORENTIN MENEZ

JOUR 268 – JOUR 295
25/04/2019 – 21/05/2019

Ils descendent de la montagne de la montagne en pickup

Kim, Gaspard, Mike, Lilo, Alies, Kuba, Madie, PH, une bonne dizaine de cagettes en plastique et moi, entassés dans un pickup lancé a pleine vitesse sur les bosses en terre qui composent la route de la descente du refuge. Une demi-heure qui en paraissait bien plus pour Magie, Lilo, Alies, les cagettes et moi, compactés dans la benne du pickup. Mais une fois atteint la Panaméricaine, il est temps de faire nos adieux aux cagettes et de reprendre le stop pour atteindre le nord du pays.
Il fait chaud, les sacs sont lourd, les voitures passent à toute vitesse nous gratifiant de légères effluves d’essences : back to the road b*tch !

Quelques dizaines de minutes et le 4×4 d’Alex fait halte. Il se dirige chez lui à Puntareina et nous embarque. Sur le chemin, on traverse Jaco, nous balayant des souvenirs bien arrosés de l’anniversaire Kim quelques semaines plus tôt.
Puis un grand pont se dresse sur la route et on se gare juste avant, sans un mot. Alex nous fait descendre, on le suit alors que des panneaux « attention aux crocodiles » se présentent au bord de l’avenue. En effet, en contrebas, une meute de crocodile se repose. L’un d’eux est d’une taille effrayante, son imposante silhouette s’estompe dans les eaux boueuses.

Les crocodiles du bas du pont

On reprend la route et Alex nous dépose chez lui. Un espace ouvert bétonné, abrité et clôturé qui convient parfaitement aux attentes de nos hamacs. Il nous tend ses clés et nous laisse nous installer pendant son absence.
Sa maison est petite, deux chambres, et un long couloir ouvert qui relie l’entrée à la cuisine. Il y vit avec son frère et son cousin qui apparaissent à certaines heures de la journée. Des poules, un chien, et un étrange canard habitent dans l’enclos au fond, qui rase la cuisine.
On a pris des habitudes de petits vieux, à 19h, on met fin à notre diner et il est l’heure d’aller nous coucher.

Le lendemain Alex est libre. Alors il nous embarque, ainsi qu’une grosse enceinte et une quantité convenable de bière, en direction d’une plage esseulée, dont seuls quelques surfeurs viennent perturber la tranquillité. La voiture est rangée juste à côté de nous pour nous faire directement profiter du son puissant de l’enceinte dressée dans la remorque. Très chaleureux, notre ami est habitué à recevoir des voyageurs étrangers. Grâce à internet, il propose (généralement à des cyclistes) de venir se reposer chez lui. Des gens du monde entier dont il nous montre les photos.
On se dirige en ville vers la péninsule de Puntareina pour poursuivre l’apéro. On passe prendre une amie, Marian avec qui on déménage à la nouvelle plage. La nuit tombe et une petite fête est organisée tout près. Des tables sont disposées sur une place comme pour un mariage. C’est une fête des retraites semble t’il. On s’installe à côté d’eux avec l’enceinte et les bières.
Un buffet et une scène sont montés, investie par deux musiciens typiques. La playlist se partage entre les deux musiciens et la baffle d’Alex qui prend le relai à chacune de leurs pauses. Certains dansent, d’autres mangent, c’est festif. Depuis le début de la journée, on boit et on écoute de la musique un peu n’importe où, et personne ne semble s’en plaindre. Les gens sont réjouis de nous voir nous amuser. Et on aurait eu raison de croire que notre intrusion fracassante ne convienne pas à certains. Et pourtant, bien au contraire, les petits vieux viennent danser avec nous. Et c’est un peu ça qui me plait au Costa Rica. D’ailleurs, notre duo de danse avec Marian semble séduire les retraités qui viennent nous faire la bise en nous tendant tout un tas de friandises et une assiette du buffet.

Alex et sa voiture à la soirée

On passe quelques jours chez Alex, jusqu’à ce qu’il nous dépose au ferry qui nous fera rejoindre la péninsule de Puntareina. Durant cette rapide traversée, on rencontre un Américain qui accepte de nous amener à l’autre bout de la péninsule avec son vieux 4×4 vintage. Surfeur solitaire, il est venu honorer son anniversaire dans son petit coin de paradis, Santa Teresa. Un cinquantenaire vraiment sympa loin du cliché de l’Américain superficiel. On arrive avec lui sur place alors qu’une compétition de surf occupe toute la plage. On passe l’après-midi à observer le spectacle, puis on longe la grève vers le nord pour trouver un coin calme où établir le campement.

Encore loin cette frontière ?

La route vers le Nicaragua se poursuit à l’arrière des pickups, en plein soleil. On arrive à Samara. Nouvelle nuit au bord de la plage avant de repartir pour Nicoya. On enchaine les voitures de Californiens venus en nombre passer leurs vacances dans le coin. Tant mieux pour nous, ils sont sympas et nous font bien avancer, alors qu’on atteint déjà Liberia, la dernière grosse ville dressée sur la Panaméricaine avant le Nicaragua. Ici, rien de très attirant, on trouvera un abri sous les manguiers d’une station-service en compagnie de quelques camionneurs.

Le stop est éprouvant. 4 heures d’attente en pleine chaleur. On préfère grimper dans un bus qui se dirige vers la Cruz, tout près de la frontière, et c’est dans un spacieux clos abrité de son église que nous trouverons le refuge.

Puis la route reprend et le Nicaragua se rapproche comme en témoigne la ligne continue de camions immobilisés qui se forme sur les kilomètres qui précédent la démarcation.
Un dernier Casado pour nous donner la force de franchir la douane. La sortie du Costa Rica, bien que longue, se passe bien. Mais problème entre deux territoires, il nous manque deux dollars pour pénétrer au Nicaragua. Ma carte ne passe pas au distributeur, les changeurs de monnaie dans la rue n’acceptent pas les pièces. Bref, on a passé un long moment à la frontière, mais ça a fini par payer.

La douane d’entrée au Nicaragua

Et voila que c’est le Nicaragua tiens. Pas très attirant par contre. C’est sale, ça pue, et c’est invraisemblable cette quantité d’araignées qui grouillent sous le toit des abribus et sur les rails de bordure de route. On voit aussi immédiatement que le pays est bien plus pauvre que son voisin. Des petites cabanes en bois où se vend de la nourriture se succèdent sur le bord de la route, pas très appétissant. Premier village, on comptait dormir ici, au bord du lac, mais c’est pas beau et ça inspire pas vraiment confiance.
Les enfants jouent au foot dans la rue, et nous interpellent en nous demandant « comment on dit bonjour en japonnais ? », ou « comment on dit au revoir en japonnais ? ». Marrant. Mais étrange…
On poursuit la route pour trouver où dormir. Une longue marche épuisante nous fait atterrir devant une ferme avec un accès à une douce petite plage. Non seulement il y a toujours autant d’araignées, mais cette fois c’est la quantité de moucherons qui est la plus hallucinante. Sur le chemin d’accès à la plage, une nuée épaisse sur plusieurs mètres ne peut être franchie qu’en apnée.

L’accès à la plage

retrouvailles

Dans une petite semaine, mes parents viennent nous rejoindre pour mon anniversaire. On les retrouvera à San Juan Del Sur, ville balnéaire de la côte sud pacifique du pays. En attendant, on en est déjà tout près donc on s’y rend pour prendre un café au bord de la plage. Bien moins cher que le Costa Rica, on trouve un logement pour 5 dollars chacun avec deux grands lits. Encore moins cher, on poursuit notre séjour dans une auberge où on pose les hamacs pour 3 dollars la nuit. Cette ville est pleine d’hôtels, d’auberges, de restaurants, de bars, d’épiceries, de taxis… Mais il y a un problème, où sont les gens ? L’auberge, les rues, les plages, la ville, … tout est quasiment vide.

Une des plage, complètement vide

Le Nicaragua est une république ravagée, épuisée suite aux guérillas et guerres civiles ayant éclatées en fin de siècle précédant.
Aujourd’hui, il est gouverné par Daniel Ortega, le « dictateur » Sandiniste : groupe révolutionnaire ayant renversé la dynastie alors au pouvoir dans les années 80.
Ortega convoite le trône depuis cette période, en ayant déjà pris possession entre 1985 et 1990.
Plus récemment, le tourisme s’est développé, apportant une croissance économique vitale. Mais l’année dernière, suite à une réforme de sécurité sociale, de forte confrontations populaires ont eu lieu, entrainant de nombreux morts dans le pays, et faisant fuir tous les touristes. Malgré ses profondes cicatrices, le Nicaragua reste l’un des pays les moins violents et les plus chaleureux du continent.
Le pays est aussi assez souvent enclin aux éruptions volcaniques et aux ouragans. Pour l’anecdote, on trouve beaucoup d’édifices en remerciement aux Japonais, qui auraient apporté une aide précieuse lors des reconstructions. Probablement pour cela que les petits connaissaient plus le Japon que l’Europe.

La semaine se passe à la plage et vendredi arrive accompagné de mes parents. C’est l’heure des retrouvailles après tant de temps.
Notre standing change aussi immédiatement, nous sommes invités dans un magnifique hôtel au bord du littoral. On en profite pour faire tous ensemble le tour des grandes plages vides qui entourent la ville.

C’est alors que nos chemins se séparent. PH d’un côté, Annie, Jean-Luc, Corentin et Edgard de l’autre. Mais qui est cet Edgard qui apparaît tout à coup de nulle part vous demandez vous ?
À cause de l’instabilité du pays, il a été recommandé à mes parents d’avoir un chauffeur sur place. Edgard est donc la personne chargée de nous conduire à travers le pays, mais aussi bien plus que ça, c’est notre guide, notre conseiller, notre compagnon de voyage.

Séparation

À partir d’ici, c’est donc un article un peu spécial car le protagonisme habituel est un peu bousculé, mais rassurez-vous, vous trouverez le parcours de PH sur cette vidéo :

Pour résumer, voici la carte des différents chemins suivis.
– Team PH en bleu
– Team AJLCE en jaune

Nos parcours respectifs

Pour la team AJLCE :
Premiere destination : Ometepe. Cette île, au milieu du lac Nicaragua est formée par deux gros volcans. Hébergement dans une petite communauté, chez un petit couple charmant. Petite balade en canoë pour s’approcher de toutes sortes d’oiseaux, le tout entouré de deux grandioses volcans.

En canoë devant le volcan Concepcion
Tout proche des oiseaux

Après deux jours sur l’île, on revient sur l’autre rive, direction Granada. Sur le chemin, le lac Apoyo, dans un cratère de volcan offre une vue dégagée sur les reliefs voisins.

Lac d’Apoyo dans un cratère de volcan

Tout près de Granada se trouve le volcan en activité Masaya. Ancien supervolcan il est aujourd’hui effondré, formant un essaim de cratères. À l’heure du coucher de soleil, on aperçoit au fond du cratère principal un lac de lave bouillonnante, qui gronde. Moment unique.

Le fond du cratère de Masaya

Granada est la ville d’origine d’Edgard, il connaît les bons plans là-bas. Belle ville au style coloniale on y visitera une fabrique de cigares réputés, Mombacho, qui offre un beau point de vue sur le volcan du même nom. On fait le tour des archipels du lac où des fortunés ont implanté leurs résidences. Sur certaines îles des singes nous réclament à manger. Au retour Edgard nous attend avec un beau gâteau, car aujourd’hui c’est mon anniversaire. Délicieux, on le déguste au bord de la piscine de l’hôtel avec un rhum local : Flor de Cana.

Avec Edgard et mon gâteau

On prend cette fois la route pour les hauteurs du nord du pays. Au milieu de la jungle se trouve un sublime domaine où est produit un café d’exception. Avec José notre hôte, on rencontre au milieu de la jungle des paresseux en pleine séance de relaxation. Il nous fera aussi découvrir plein de nouveaux oiseaux et des minuscules grenouilles aux yeux rouges.

Le gîte
Un paresseux intrigué
Petite grenouille aux yeux rouges

La fin du séjour s’approche. Les derniers jours se passeront à Léon, deuxième plus grande ville du pays, centre intellectuel et révolutionnaire Nicaraguayenne. L’agglomération est épiée par le Cerro Negro, qui a relâché à plusieurs reprises ses cendres noires dans la région. La terre en a pris la teinte. On grimpe à son sommet, l’occasion pour moi de le redescendre en luge.

Au pied du Cerro Negro
Au sommet du Cerro Negro
Prêt pour la descente

Re-Retrouvailles

À Léon on retrouve PH, et il est déjà temps de reformer les équipes habituelles. Chacun reprend ses nouvelles destination. Pour nous, c’est le Honduras.

Dernière nuit au Nicaragua, on trouve un petit parc aquatique qui accepte de nous héberger tout près de la sortie du pays. Que de beaux souvenirs ici. Malgré nos chemins et nos activités différentes, on a tous décelé une véritable beauté dans ce pays. Les gens sont d’une extrême gentillesse et les paysages étaient incroyables. On espère franchement que le pays va se remettra rapidement de ses blessures car il a tout pour plaire.

Mais maintenant, il faut penser au Honduras. Et ce n’est pas une mince affaire, on redoute un peu ce pays. C’est un des pays avec le plus fort taux d’homicide au monde et le tourisme y est fortement déconseillé. Mais bon, il est trop tard pour se poser les questions maintenant, plus que quelques pas avant d’obtenir le tampon de sortie.

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