Worldex diecinueve (19) – Les migrants n’en font pas toute une montagne – Colombie

Pierre-Henri

JOUR 349 – JOUR 366
15/07/2019 – 01/08/2019

Mexique-Colombie

Dépassés par la nature et les guérilleros nous nous sommes résolus à prendre un avion. Le passage du Darien, mur naturel entre le Panama et la Colombie, occupé par des personnes peu fréquentable, ne peut être franchi que de deux manières : en bateau ou en avion. C’est le second choix, plus économique, que nous avons privilégié. C’est ainsi que nous parcourons en 4h ce que nous avions mis 4 mois et demi à faire par la route. Quel confort, quelle fraîcheur ! Casse croûte offert deux fois par la compagnie, sièges inclinables, bagages en lieu sûr. On y prendrai goût. Heureusement nous arrivons rapidement à Medellín, grande ville centrale de la Colombie. Enfin, Medellín, plutôt à 25km de là, dans la cambrousse. 21H, nous choisissons 2 rangées de fauteuils dans l’aéroport pour y passer la nuit.
Le lendemain nous négocions avec un taxi pour qu’il nous amène à l’œil à Medellín, et ça marche !

Dans les pas d’Escobar

Medellín, siège de l’un des plus grand bandit de tout les temps, qui a fait régner la terreur dans ces même rues ou nous avançons. La ville s’étend sur les collines alentours à la manière d’un œuf au plat sur les haricots rouges. Les hauteurs sont réservées aux plus démunis. Il y a quelques années le maire a lancé la construction d’un réseau de transport impressionnant : lignes de métro aérien, lignes de tram et lignes d’œufs (télécabines pour ceux qui ne sont pas de Grenoble). Donnant ainsi l’opportunité à ceux d’en haut d’aller en bas et à ceux d’en bas de voir les habitations de ceux d’en haut, de haut. C’est d’ailleurs la principale attraction touristique de la ville, la pauvreté vue du ciel (bon ça donne aussi une superbe vue sur l’ensemble de la ville). Le quartier de la Communa 13 accueille dorénavant les touristes. Ancien coupe gorge il est maintenant le témoin d’une ville qui se transforme, notamment à travers les arts picturaux et la danse. Enfin la Casa de la Memoria rappelle à ceux qui veulent l’entendre les fléaux qui se sont abattus et qui s’abattent sur la ville et le pays. Des fléaux tentaculaires qui ont touché à un moment ou un autre chaque habitant du pays avec au choix le narcotrafic ou les guérillas. Enfin bref, la ville vaut le coup d’œil pour les changements qui s’y opèrent. Une population pauvre qui a désormais accès au boulots du centre ville et qui a décidé de se relever, un centre ville hyper animé la journée et désert à la tombée de la nuit et un devoir de mémoire indispensable mis en place.

Sur les routes de montagnes

« La Colombie c’est que des montagnes » nous lance l’un de nos premiers chauffeurs. En effet, inutile de compter les trajets en kilomètres, l’emploi de la mesure temporelle est plus judicieuse. Les heures on les comptes aussi quand on attend, le stop aux alentours de Medellín, ce n’est pas ça, deux jours de quasi sur place. Mais comme d’habitude il faut savoir attendre et quelqu’un nous sauvera au moment ou l’on s’y attend le moins. Et boom, 200 km et un repas offert, nous sortons momentanément de l’enclave montagneuse.

Un vieux, nous récupère et, tout en s’arrêtant tous les 100 m pour essayer de nous trouver un endroit ou dormir par téléphone, il nous parle de sa ville comme étant un petit coin de paradis. Hugo il faut le suivre, 70 ans mais quand il marche on cours! C’est finalement dans son champ de café que nous poserons le camp.

Filandia, c’est : des maisons colorées, de la vie et des cafés. La ville surplombe une petite colline ou les maisons de style colonial donnent sur une place centrale où chants, danses et street food se côtoient dans un subtil mélange. Au bout de quelques ruelles des vues impressionnantes sur les montagnes lointaines se découvrent. Cette ville nous a plu et son café aussi. Sa jumelle, Salento, à une vingtaine de kilomètres de là nous a un peu déçu, mais, pour sa défense, nous n’avons pas pris le temps d’aller chercher les trésors qui se trouvent dans la vallée attenante.

Sur la piste du désert

Des déserts ce n’est pas tout les jours que l’on en croisent, alors, quand on a vu qu’il y en avait un en Colombie qui pourrait être sur notre chemin notre itinéraire a changé. Mais avant de parler du désert, il faut y aller ! En route! 3 jeunes stoppeurs Colombiens nous présentent une nouvelles manière de faire du stop, appelons la le « truck-hopping » (saute camions). Trois secrets :

  • l’emplacement : un endroit ou le camion ralenti est indispensable (dos d’âne, montée…)
  • le regard du chauffeur : ici on ne parle pas au conducteur mais on attend un signe d’approbation de sa part
  • la course : une fois que le conducteur est d’accord on cours et on monte à l’arrière dans la benne sans savoir on l’on va.

Et ça marche ! Un turbo, camion de livraison de marchandises du genre camion à bétail, nous prend tout les cinq en direction des montagnes. Puis nous battons nos amis en trouvant une voiture avant qu’ils ne trouvent un camion.

Un couple d’éducateurs nous déposera à l’entrée d’une vallée pointant vers le sud. Sur le point de nous arrêter pour la nuit, un père et son fils nous récupèrent. La voiture n’est pas de la dernière jeunesse et des bruits se font entendre. A 21h, « clang ! » la voiture s’arrête sans redémarrage possible malgré les illusions de réparations. Nous nous retrouvons en pleine nuit coincés au bord de la route. Nous patientons un moment avec le père et le fils jusqu’à ce qu’ils se décident à appeler une remorqueuse. Nous partons alors de notre côté pour 3km de marche en direction d’une petite ville ou nous trouverons refuge.

De là, 4 routes s’offrent à nous pour rejoindre le désert, nous choisissons la première, une petite route serpenteuse de 40km, après 6h d’attente nous revoyons notre plan. 3ème choix, avancer encore sur la route principale, prendre un « canoa » (petite barque) pour traverser un bras de rivière puis marcher une dizaine de km. Heureusement pour nous la dernière partie a été écourté grâce au stop.

El desierto de la Tatacoa est un petit désert au milieux de la vallée. Une dizaine de campings et d’hôtels se répartissent les visites touristiques. Le tour du désert prend 1h30 selon le panneau, il nous en faudra presque trois pour en venir à bout. Bon, on s’est un peu perdu aussi, ce n’est pas pour rien qu’une partie du désert est appelé labyrinthe. Alors quand on repasse deux fois au même endroit on est pas surpris et on traverse en hors piste. La partie labyrinthe est formée de sable creusé par les pluies en forme de mini-vallées. Des cactus surplombent régulièrement le sable rouge et des petits vautours nous regardent. Pas de doutes on est bien dans un désert. L’après-midi un bon petit orage viendra nous refroidir.

La voie du Sud

Direction le Sud ! On nous a conseillé un petit village dans les montagnes du Sud alors on y va. Nous arrivons sans problèmes à sortir du désert et à entamer notre descente jusqu’à la ville de Neïva. De là on nous préviens que la route est fermée et qu’un itinéraire de secours a été mis en place. 8h de route au lieu de 5h pour 250km. La chance nous souris et Ronald nous emmène sur 220km, 7h de route. Nous négocions ensuite une chambre dans son hôtel à Pitalito.
Nous continuons la route jusqu’à San Agustin ou nous resterons pendant trois jours en camping, trois jours de travail (articles, vidéo, demandes aux compagnies maritime,…) et de mauvais temps. San Agustin est une ville touristique sympathique mais sans grand charme, ses maisons blanches et vertes lui confèrent un cachet original et la nourriture que l’on y trouve reste similaire au reste de la Colombie. San Agustin nous aura permis de nous reposer et de travailler mais pas grand chose d’autre.

Petit point gastronomie. En arrivant en Colombie nous avons quitté la fameuse nourriture mexicaine avec ses tacos, tortillas, gringas, tortas et j’en passe ; Ici nous retrouvons plus ce que nous avions pu avoir en Amérique centrale : du riz, des haricots rouges, de la soupe, du poulet et une limonade à volonté (bandera). Ça c’est pour les restaurants, ils offrent quasiment tous la même chose pour un prix entre 2 et 3€. Régulièrement nous mangeons aussi les spécialités de rues comme la papa, un espèce d’achi-parmentier en boule frit, ou les bonuelos, une pâte en boule frite, ou encore des empanadas. En mangeant de la nourriture dans la rue il est facile de s’en sortir pour 1 ou 2€ mais c’est gras. Voila pour la gastronomie.

LA route.

« Bon PH c’est tout ce qu’il c’est passé en Colombie ? Vous nous aviez habitué à mieux ! »

Non il y a encore quelque trucs originaux à venir ne vous en faites pas, à commencer par LA route.

Cette route, ainsi que le chauffeur qui nous a conduit, méritent un chapitre à eux seuls.

A San Agustin nous sommes à ce que nous pensons être le « mauvais coté » de la montagne pour rejoindre l’Équateur. Des guérilleros au Sud ne nous enchante guère. Alors pour rejoindre l’autre côté de la montagne il y a un passage, une route de 120km sinuant à travers les sommets. Sur le papier (enfin google map) rien de spécial avec cette route. 2 voitures et une petite marche et nous voilà à l’entrée. Carlos nous récupère, fier dans sa petite Renault Clio (car oui les Renault sont les voitures les plus achetées par les Colombiens). Rapidement il nous offre notre repas du midi, le plat typique, puis nous continuons la route qui commence à être en bien mauvais état, le bitume a disparu laissant place pendant 70km à une piste en terre pleine de nids de poule. Nous avançons donc à une moyenne de 10km/h. En chemin il nous dit que les bosquets aux alentours sont remplis de FARC et de guérilleros, que de la marijuana est en plantation ainsi que de la coca. Puis il en rajoute, « la route que vous allez prendre pour l’équateur (la panaméricaine) est un grand lieu de trafic. Normalement c’est pas dangereux pour des voyageurs comme vous ». Nous voilà rassuré. La nuit est tombée, la route ne s’améliore pas, le froid est saisissant dans une voiture ou le chauffage est en rade. Notre chauffeur nous offre notre deuxième repas de la journée, pas de grand changements par rapport au premier si ce n’est les pieds de poules dans la soupe sancocho (c’est pas très bon d’ailleurs, les pieds de poule). Nous continuons, entre les raclements de bas de caisse et les paramilitaires entrain de nous épier, pour arriver finalement 7h plus tard à bon port à Popayan.

Le chemin de l’exode

Nous traversons la ville de Popayan à pied pour nous positionner à la sortie de la ville. Un premier monsieur nous récupère puis un couple et leur enfant montent à leur tour. Il s’agit de Vénézuéliens et tout comme des centaines d’autres personnes marchant sur le bord de route, entassés dans les camions ou entrains de dormir sous les arbres, ils ont quitté leur pays. Eux, se rendent au Pérou ou ils ont de la famille, équipés d’un petit sac pour trois et d’une tente, ils sont sur la route depuis un mois. Le chauffeur semble très soucieux de leur sort. Il travail dans les champs de coca, j’aurais presque eu envie de lui demander si on pouvait aller voir la plantation avec lui mais, parce que j’ai envie de rester en vie, je me suis abstenu. Jusqu’à Pasto nous prendrons trois camions. Dans le premier, confortablement assis sur des gros sacs de fertilisant, je prend des notes sur les derniers jours. Je me fait ballotter au gré des virages et des nids de poule. La vue est cependant ahurissante, le paysage montagneux s’étale jusqu’à l’horizon avec tantôt des forêts incroyables et tantôt des terres sans vie. Coco est à l’avant dans la cabine. Au moment du dépôt il me dit « c’est de la coca qu’il transporte ! » , ça peut être utilisé pour beaucoup de chose la coca mais camouflée dans des sacs de fertilisants… Bref une personne quelque part dans le monde va se mettre dans le nez un truc sur lequel j’étais assis pendant 2h.

Le deuxième camion nous lâchera au milieu de nulle part juste avant la nuit, heureusement le troisième camion était sur place. Les occupants de la benne nous aident à faire passer nos gros sacs. Ce sont aussi des Vénézuéliens (et un Colombien) divisé en deux groupes. Dans le premier, trois frères de 8 à 17 ans, ils sont aussi en direction du Pérou avec leurs petits sacs. Dans le deuxième 4 amis de moins de 20 ans en direction d’une ville en Équateur dont je n’ai pas compris le nom, ils y vont parce que « quelqu’un nous a dit qu’il y avait du travail ». C’est dur de les voir là, les habits sales, sans argent, attendant qu’une âme généreuse leur donne de quoi manger, sans papiers il ne savent pas vraiment comment ils vont franchir les frontières. Mais ils continuent car ils n’ont pas le choix. Ils sont contents de nous voir là, avec eux, dans la poussière de la benne, on leur raconte notre voyage bien différent du leur malgré les ressemblances. Au Venezuela, plus de 10% de la population est déjà partie du pays en 4 ans s’arrêtant pour la plupart en Colombie, au Pérou ou en Équateur.

Nous les laissons à San Juan de Pasto, un au-revoir de la main, peut être les reverrons nous.

Le jour suivant nous sortons de la ville à pieds, nous passons devant les groupes de migrants assis sur le bord de la route ou marchant dans la même direction que nous, le Sud. Quelques averses nous accompagnent. Un turbo s’arrête à notre niveau, les vénézuéliens déjà présents dans la benne nous aident à monter. Le chauffeur redémarre avant que Coco ne soit à bord, puis ralenti lui laissant l’opportunité de monter. Nous nous retrouvons à 12 à l’arrière du camion, puis 15 après que la famille de la veille ne grimpe, puis 19, puis 22. Chacun trouve sa place dans l’inconfort du plancher en bois, beaucoup dorment, certains se partagent une cigarette. On s’entraide, des couvertures sont échangées, un bidon d’eau circule. Lorsque quelqu’un a du mal à monter dans le camion on rigole, tout en l’aidant. La priorité est donnée aux trois enfants de moins de 5 ans présents à bord pour qu’ils puissent dormir confortablement, l’un cède sa place, l’autre prête son sac en guise d’oreiller. Un vieux monsieur nous raconte brièvement son périple en bateau pour rejoindre les États Unis, puis son expulsion vers le Venezuela et enfin ses 5 jours de migration avec son fils vers l’Équateur, terre de ses origines.

Le camion ralenti puis s’arrête, chacun se regarde, est-ce la fin du trajet ? Le mot « policia » se fait entendre dans les conversations. On se tient immobile ou on se ressert à ses compagnons. Le camion redémarre, la vie reprend. Le camion arrive à sa destination, les gens descendent. Plusieurs reprennent la route directement et d’autres aident le chauffeur à décharger. Nous trouvons un autre turbo pour nous emmener à la ville frontalière de Ipiales, cette fois nous serons seuls dans le camion.

L’heure est venue de passer la frontière Équatorienne en ce 365 ème jour de voyage. Une file est réservée aux Colombiens et étrangers et 6 files aux Vénézuéliennes, nous sortons en 2 min de Colombie en les dépassant. Je cherche des têtes connues mais n’en trouve pas, nos compagnons sont peu être déjà passés ou bien pas encore arrivés. Pour entrer en Equateur c’est plus compliqué, une file chacun, les files se rejoignent ensuite ce qui nous a valu une attente de 2h. Ces derniers jours ont été forts en émotion et éprouvants, mais ça y est un nouveau pays à découvrir, l’Equateur!

1 an, 365 jours

Un petit résumé vidéo de cette année incroyable ci dessous :

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