Worldex veintiuno (21) – Déserts, océan et montagnes du Pérou

18 août 2019 – 20 septembre 2019
Jour 383 – Jour 416

Perdu dans le désert

Presque 800km me sépare de mon objectif du moment : la capitale du Pérou. Je longe les monts et dunes aux nuances jaunes et blanches. C’est un grand désert au bord de mer, rien n’y pousse, le sable est maître absolu de l’endroit. De temps en temps, à l’occasion d’une montée, l’océan Pacifique laisse apparaitre ses reflets bleutés. La traversée du plus grand océan de notre petite planète est au programme et les choses se concrétisent d’ailleurs. Mais pour l’instant je reste sur sur ce bon vieux asphalte décoré de déchets en tout genre. La propreté relative des deux derniers pays a laissé la place à une déchetterie publique.

La palme revient à la ville de Chimbote, surtout la nouvelle ville qui n’a apparemment pas bénéficié des dernières tendances. Elle a visiblement été construite rapidement pour faire face à une augmentation rapide de la population et prend plutôt des airs de bidonville. Construite en bord de mer, son port de pêche embaume la ville d’une délicieuse odeur de poisson pourri. Tout est poussiéreux, les maisons sont nues quand elle ne sont pas écroulées. Le pire restant les montagnes de déchets bordant l’axe principal. Les gens jetent leurs déchets ménagers ici (incluant le PQ usagé qui se jete à la poubelle) et les entreprises leurs gravats. Un mélange subtil de couleurs, d’odeurs et presque de goûts qui embellissent la ville.

Un camionneur me sauve et me propose un petit coin de benne entre sacs de riz. Il va sur Lima et ça tombe bien moi aussi! Il est à peine 11h du matin on devrait pouvoir avaler les 400km restants avant la nuit. Je revois mon planning régulièrement, surtout pendant les montées à 10km/h. Tant pis, il fait chaud, j’ai une superbe vue et quelques séries sur mon portable. Le thermomètre descend rapidement à mesure que le soleil se prépare à passer de l’autre côté de l’horizon. J’enfile des couches de vêtements les unes après les autres. Finalement, j’ai toujours froid et plus de vêtements. Vers 19h le camion s’arrête et manœuvre pour se garer. On est à trente kilomètres de Lima. Le chauffeur me dit qu’il va passer la nuit ici et me propose de dormir à l’endroit où je viens de passer les dernières huit heures. Il n’a pas le droit de me faire monter à l’avant et s’en excuse sincèrement.

Lima, capitale du Pérou

A 4h du matin nous repartons et atteignons Lima au lever du jour. C’est le bordel dans les rues périphériques. Toujours dans ma benne je redoute plusieurs fois l’impact avec des bus qui frôlent de quelques millimètres la carlingue de mon camion. Les passagers des bus, eux, pas émoustillés, visiblement habitués aux conduites à risques. Par contre la vision d’un gringo (en Amérique centrale le gringo désignait un blanc d’Amérique du Nord, ici un gringo c’est un blanc tout court) sûrement pas très propre à l’arrière d’un camion (J’y aurai passés 19h!) les surprends beaucoup plus! Moi ce qui me surprend c’est l’arrivée à Miraflores, quartier qui accueille beaucoup de touristes et d’expatriés occidentaux. Les immeubles sont propres, les maisons entretenues, les rues immaculées et il y a même des feux de circulation! Je n’est pas vu ça depuis mon départ d’Europe.

Je retrouve Jean-Marie, un ami de mon école d’ingénieur, installé depuis trois semaines dans la ville. Il a obtenu un VIE (Volontariat International en Entreprise) avec Veolia qui lui permet de travailler pendant deux ans eu Pérou. Je reste avec lui une semaine dans son Airbnb sans l’accord de sa proprio qui apprendra quelque jours plus tard ma présence à cause de mon hamac mit à sécher dans le patio. Apres une soirée d’argumentation elle m’autoriser à finalement à rester. Avec JM on se fait des bons repas (mention spéciale à l’anticucho, brochette de coeur de boeuf), on va surfer, on fait une soirée avec ses potes. La décompression.

Puis direction chez Antoine, fils de Pierre mon capitaine sur la Méditerranée, que j’avais rencontré au Cap-Vert. Lui, s’est installé à Lima il y quatre ans pour monter sa brasserie artisanale, la « beerstache ». Une nouvelle cuve de fermentation accueille son premier brassin dans l’usine. La renommée de la beerstache prend de l’ampleur! En échange de l’hébergement (et de bière à volonté directement sortie de la cuve) je l’aide un peu à la brasserie.

J’aurais aussi l’occasion de faire un volley de bon niveau avec ses amis et de me faire à cette occasion une tendinite à mon doigt le plus important: mon pouce du stop! Ce petit séjour à Lima m’aura aussi permis de remplacer mon confortable hamac plus bâche par une tente. Les températures ont chutés, je suis rentré dans l’hiver sud équatorial. Autre événement très important, la confirmation des deux partis pour une demi-trans-pacifique en voilier. En Martinique Pierre, capitaine de Heiva, m’avais dit qu’il aurait peut être de la place pour nous deux (avec Coco) pour partir du Panama vers les Marquises. Aujourd’hui c’est confirmé ! Le rendez vous est donc pris pour fin février au Panama pour la préparation du bateau et ma deuxième traversée océanique. Cela m’oblige à mettre une date dans mon calendrier aux pages blanches mais là, soyons honnêtes, cela ne me dérange pas du tout.

La traversée des Andes

Il est temps de reprendre la route après deux semaines passées à Lima entre courses de bus, marchés infinis et temps maussade. Direction le Sud. Ica d’abord et son oasis Huacachina à quelques kilomètres de la ville. Il est bien plus intéressant de grimper sur l’une des dunes alentours que de rester autour de l’oasis bétonné. De là haut (si on regarde dans la bonne direction), on a vraiment l’impression d’être au milieu d’un désert ou les centaines de dunes s’étendent à perte de vues.

Puis j’arrive à Nazca d’où je compte traverser la célèbre barrière Andine pour rejoindre Cusco plus à l’Est. Malgré le traffic quasi nul je me dégotte un gros camion. Parti du niveau de la mer nous atteignons rapidement la fraîcheur des 4000m sur les routes sinueuses. Il me laisse dans un hameau d’une dizaine de maisons. Successivement, tous les habitants du village viendront échanger un mot avec l’étranger puis se posteront un peu plus loin m’espionnant du coin de l’oeil en attendant mon départ.

Un couple brésilien m’emmène jusqu’à Puquio. Ville sans grand charme voir un peu austère mais qui pourtant me plaît bien. Elle marque une vraie différence avec ce que j’ai pu voir jusqu’à présent au Pérou. Ici, les gens sont habillés chaudement en général avec les habits traditionnels colorés, les Ceviche de la côte ont laissés place aux fromages artisanaux, la ville prend du relief et les « pancitos » (petit pain gonflés en forme de disque) m’ont séduits. La route continue et prend encore de la hauteur pour atteindre plus de 4500m. Les sommets enneigés des plus de 5000m sont proches et les alpacas, par milliers, broutent l’herbe jaune et sèche en nous regardant passé de leurs yeux expressifs.

Un contrôle de police nous arrête. Mon chauffeur, prétextant avoir perdu un enjoliveur qu’il avait préalablement détaché et mis dans son coffre, fait demi-tour et intercepte son ami qui roulait quelques kilomètres derrière nous. Ce dernier roule sans permis, il se trouve un coin discret plus se garer en attendant que le barrage disparaisse. Nous repassons, quand à nous, tranquillement le barrage l’enjoliveur sorti du coffre bien visible.

Au détour d’un pont, suspendu au dessus d’une rivière puissante, une étendue verte attire mon oeil. J’ouvre le grand portail qui grince violemment comme pour annoncer mon arrivée. Trois chiens me foncent dessus et commencent à me lécher et vouloir jouer. Je toque à la porte de la petite maison, 5 personnes sont assises à table et me regardent d’un oeil interrogatif.

  • « Heu.. Bonjour, j’ai vu votre terrain et je me demandais si c’était possible de camper là pour la nuit? »
  • « Bien sur! Tu as mangé ? Viens installe toi! »

Et c’est comme ça que j’ai passé deux jours chez eux, nourris aux plats traditionnels et entouré des montagnes. En me baladant sur la grande propriété je découvre leurs plantations de bananes, d’avocats, de mandarines et tout plein d’autre choses. Je découvre aussi leur ferme à Cuy (cochons d’Inde), plus de 600 boules de poils destinés à être mangé le weekend dans leur restaurant. Je me lie d’amitié avec la mama, Reina, pleine d’énergie et d’histoires. Elle s’offusque des ses casseroles en métal quand les bons vieux plats en terre donnait plus de caractère aux plats. L’électricité, arrivé il y a dix ans dans la ferme, lui donne toujours du fil à retordre et elle prend ses distances avec les interrupteurs quand elle appuie dessus.

« Les chiens sont gentils mais ne fait pas confiance au mouton! »

En effet ce dernier me voyant passer donne un coup de tête pour se libérer de sa corde et coure vers moi, je l’évite de justesse en sautant jambes écartées pour le laisser passer sous moi. S’en suit une course folle jusqu’à ce que le fils de saisisse de sa corde encore pendouillante.

Capitale Inca

Je continue ma route pour finalement arriver à Cusco, une semaine perdu dans les montagnes et me voici de retour en ville. A 3500m d’altitude Cusco était la capitale de la civilisation Inca s’étendant du Nord de l’Équateur jusqu’au Chili. Un empire immense relié par des chemins en pierre. Je rencontre Mélanie, une backpackeuse Allemande et ensemble nous visitons la ville et les alentours. Pour ne pas payer les 70 Soles (30$) de droit d’entrée aux ruines surplombant la ville nous demandons leurs tickets à deux Canadiennes sur le départ. Malgré mon prénom féminin les vigiles nous laissent passer. Des rochers énormes taillés puis polis s’emboîtent au millimètre les uns dans les autres. Mélanie ne veut pas croire que des humains puissent faire ça et préfère croire en la légende qui dit qu’une aide extraterrestre a été apporté. Plus terre à terre je m’imagine les travailleurs s’usant pendant des jours à frotter la pierre pour lui donner la forme parfaite.

A Cusco comme dans le reste du Pérou je mange dans les petits restaurants offrant des menus pour 5 soles (1€30). Un repas complet comprenant une soupe en entrée, un plat principal ( riz, salade, pomme de terre et généralement du poulet ou de la truite) et un jus de fruits. C’est pas cher et en général c’est bon. De temps en temps je me fait aussi des sandwichs avec les fameux pancitos, de l’avocat, des tomates et des onions. C’est super bon et encore moins cher!

Je dit au-revoir à Mélanie et me dirige vers la station de bus pour sortir de la ville. Après 45min de marche : mince mon passeport ! Oublié à l’auberge! La réceptionniste me dit « comment tu peux oublier un truc aussi important! ».

Vers Titicaca

A Urcos je me pose en hauteur au dessus du lac un peu à l’abris des regards et profite d’un magnifique coucher de soleil la bouche pleine de mon fameux sandwich. Puis je continue vers le lac Titicaca en suivant la ligne de chemin de fer sinuant dans la pampa de ce gigantesque plateau. Les paysages sont irréels, pendant plusieurs centaines de kilomètres la route ondule au rythme des montagnes entourant la vallée. Des fermes sont implantées tout le long du parcours et j’aurais la chance d’apercevoir le rare traîn touristique avec ses wagons à l’ancienne.

« Écris dans ton blog que Ronald t’as fait faire 300km et offert une banane! » Me dit il en plaisantant. Voilà Ronald c’est fait, merci pour tout!

J’arrive épuisé à Puno au bord du lac Titica qui ressemble plus à une mer qu’à un lac, l’horizon c’est de l’eau et il y a même des vagues! Je dégotte un petit restaurant avec un menu à 3,5 soles (1$), c’est bon mais un petit goût étrange me laisse perplexe. Je continue vers la Bolivie et me pose en camping sauvage au bord du lac. A quelques mètres du lac je creuse un trou que je remplirais pendant deux jours. Il y avait vraiment quelque chose d’étrange avec ce repas…

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