Veintidós (22) – Bolivie – Les voyageurs du monde

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21/09/2019 – 09/10/2019

Si je ne connais pas grand chose à la Bolivie, une chose est sûre, j’ai envie de m’y poser un peu. L’entrée de ce petit pays (par rapport à ses voisins) se fait à quelques mètres des eaux du lac Titicaca à 3800m d’altitude. La frontière est une formalité et je reçois le tampon m’autorisant à rester 30 jours dans le pays.

Copacabana n’est pas loin et j’ai eu des bons retours sur cette petite ville. C’est une ville animée, en relief, avec son centre ville quelques dizaines de mètres au dessus du bord du lac. Une longue rue y descend, partant de la place centrale pour arriver sur le port ou une multitude de bateaux-navettes attendent leurs passagers. C’est la rue touristique de la ville où il est possible de trouver les fameux pulls en laine d’Alpaca ou de réserver un tour pour à peu près n’importe quoi en Bolivie. C’est en cherchant une chambre que je croise deux cyclistes français, Marion et Benoît, qui eux cherchent des légumes. Ils sont partis du Pérou et vont parcourir pendant plusieurs mois le Sud de l’Amérique du Sud (Vous pouvez les suivent ici: graines de bicyclette). Ensemble nous allons voir un petit camping (en fait il s’agit plus d’un hotel où il est possible de planter sa tente) à l’extérieur de la ville où je négocie la nuit à 10 Bolivianos (1.5$). Eux y restent pour la nuit et moi je n’irais que le lendemain, une nuit dans une chambre me tente bien pour ce soir.

Les deux cyclistes français Marion et Benoît
Patrik, cycliste allemand qui nous rejoindra

– « Tu as déjà travaillé dans un hôtel ? »

– « Oui bien sûr ! »

Heureusement que je suis entrain de lire « Le monde selon Guirec et Monique » ou Guirec trouve des boulots comme ça pour financer son voyage en voilier autour de l’Amérique (Monique c’est une poule).

Et c’est de la même manière que je me suis fait embaucher en tant que volontaire. Je suis vite mis dans le bain, les proprios en profitent pour aller deux jours à la capitale. Johnny et Martha ont tout construit eux même, ils mènent différents projets dans la région dont un de construction de bateaux en paille, typique du Lac Titicaca. Les deux sont vraiment adorables et indépendants. Me voici donc seul aux commandes. Mon rôle ? Accueillir les voyageurs et leur assigner une chambre. Le soucis c’est que les chambres je ne les connais pas, je dors en tente moi! Les propriétaires sont partis comme l’éclair, m’ont dit à peu près les prix à appliquer et c’est tout. Je fais donc le tour des chambres armé de mon trousseau de clés. 11 chambres et 29 lits au total. La moitié des lits ne sont pas fait, ça en moins pour les clients, et impossible de trouver la clé de l’un des dortoirs, ça en moins pour les clients aussi. Je gère donc 5 chambres, je devrais m’en sortir…

Bienvenue à l’hôtel camping Suma Samawi (au bon repos)!

Premiers clients qui arrivent! Un jeune couple Argentin, quasiment les premiers que je rencontre.

– « Che ch ch chu Chi che cha »

– « Quoi? »

On dirait à peine qu’ils parlent espagnol. Les « LL », « y » et « s/z », si courants dans cette langue sont remplacés par « Ch ». Pour les comprendre il fait donc que je remplace mentalement le ch par la syllabe correspondante. Sauf qu’ils parlent à une vitesse incroyable. Je comprend un mot sur cinq maximum, j’ai l’impression de rien avoir appris ces six derniers mois!

Je les placent dans le dortoir

Viennent ensuite deux français en marchant. Ils ont croisé Marion et Benoît qui ont continué leur route. Eux veulent camper, pas de problèmes, moins de gestion! Puis un groupe de deux Argentins et de deux Uruguayens arrive. Même problème de compréhension mais je prends le coup et mène la conversation en leur posant des questions auxquelles ils ne peuvent répondre que oui où non. Eux me comprennent par contre très bien. Deux sont artistes et pourront aussi faire du volontariat en peignant les murs des chambres en construction. D’autres personnes arrivent ensuite. Je les cases dans les chambres dispos et j’essaye de récolter l’argent tant bien que mal. C’est facile de donner une chambre, ça l’est moins de se faire payer. La plupart sont des backpackers, parcourant l’Amérique du Sud avec leur sac à dos pendant plusieurs mois, parfois plus. Les Argentins cherchent à travailler dans les restaurants de la ville en tant que rabatteurs. Ils y travaillent quelques jours, économisent assez pour changer de ville puis y répète l’opération. Il y a quelques années c’était les Boliviens qui allaient en Argentine. Maintenant c’est l’inverse, crise économique de l’Argentine oblige. Quoiqu’il en soit si il y a bien un secteur qui doit marcher dans ce pays, c’est l’industrie du maté. Toujours la tasse (souvent une calebasse) remplie de feuilles dans une main et le thermos d’eau chaude dans l’autre.

Sous l’initiative des clients, une soirée pizzas et organisée. Nous sommes une vingtaine à y prendre part, patrons compris. Un four à bois en terre est allumé. Vraiment simple, il est composé d’un socle en pierres sur lequel repose un dôme de pisé. Les pizzas qui en ressortent sont absolument succulentes! Sous les étoiles nous les dégustons. Soudain un flash lumineux nous éclaire comme en plein jour. Chacun y va de sa théorie : météorite, explosion, acte de dieu ? « A votre avis il nous reste combien de temps à vivre? » « C’est un signe! ». Pour ma part, je regardais par terre à la recherche de ma bière (offerte par Uwe, un retraité allemand, voyageant un compagnie de deux jeunes péruviens) à ce moment là.

Soirées pizzas sous les étoiles

Je prend mes marques, m’habitue à la disparition régulière et soudaine des gérants. Le repos est complet, mis à part le rush du début, si j’ai un client par jour c’est bien. Donc je lit beaucoup, plaisante avec les mamitas du marché et me demande ce que je vais faire ensuite.

Copacabana vu depuis le camping

Arrive le plus grand baroudeur qu’il m’ait été donné de rencontrer. Kristian est arrivé un beau matin du haut de ses 1m95 ( plus ou moins). Un sac aux coutures de réparations bien apparentes sur les épaules, des habits qui en ont visiblement vécus et les yeux bleus cachés derrière une barbe épaisse et des cheveux tombants.

« Tu peux l’installer dans ta chambre? » Me demande Martha

Car oui après trois jours passés dans ma tente je me suis finalement installé dans une chambre quand les chats ont percés mon toit.

« Oui pas de problèmes »

Kristian

Et c’est comme ça que j’ai commencé à connaître Kristian. Né en URSS sa famille est contrainte de s’échapper en direction de l’Italie. Ils y sont chassés et se réfugient en France où on lui laisse le choix de s’engager dans la légion étrangère ou d’être déporté en Russie. Il s’engage mais déserte en hélicoptère à sa première mission pour se rendre en Suisse. Il part ensuite en Inde où commence des années de vagabondages avant qu’il ne s’installe en Australie. Il a utilisé plusieurs noms et faux passeports et est maintenant interdit de territoire français. En Australie il devient charpentier sur un chantier de construction de bateau. Il se construit son propre voilier et voyage pendant plusieurs années sur les océans Pacifique et Indien. A la voile, à pied, en stop ou en bus il pose le pied sur chaque continent, plusieurs fois, y vit et apprends les langues. Il ne sait pas combien il en parle mais sûrement beaucoup, en tout cas le français n’est pas un problème pour lui. Un jour on lui vend un bateau pour 1$, il en fera son domicile principal dans la ville de Darwin, au nord de l’Australie. Là il y travaille, économise puis repart a là découverte d’une autre région du monde. Son sac de 7kg, survivant de rudes voyages, est occupé de moitié par son sac de couchage -30°C et son livre de note occupe l’autre moitié. Sans tente il dort où il peut, tant qu’un toit (ou pont) le protège. Sans technologie, son livre lui sert d’appareil photo, des peintures acryliques en parsème les pages manuscrites. Des histoires il en a! 6 mois sur le Pacifique en solo, son arrivée au Japon avec duvets et draps en guise de voile après avoir essuyé un cyclone, vente d’épices à Zanzibar, accusé de terrorisme au Sri Lanka. Une vie bien remplie (J’espère ne pas trop l’avoir déformée, tu m’en escusera si c’est le cas). Il voulait rester deux ou trois jours à l’hôtel, il y restera deux semaines (Comme la plupart des clients d’ailleurs). On tissera une amitié particulière, peut être nous reverrons nous à Darwin.

Coucher de soleil sur le lac Titicaca

Retour à la vie du camping.

En plus d’hôtel et camping, les propriétaires organisent des événements. Aujourd’hui c’est jour de mariage! Installation des décos, chaises et tables. A 11h les bus arrivent remplis des convives. 120 personnes se precipitent à travers la grille d’entrée et partent occuper chaque recoin du terrain. Les femmes ensembles et les hommes entre eux. Ici, pas de champagne, les bières sont reines. Les bouteilles sont englouties à une vitesse impressionnante et les fonds de verre sont vidés par terre à la santé de Pachamama (Mère terre) ce qui laissera une bonne odeur sur le terrain pendant trois jours. Les alliances sont échangées sous un silence total. La musique reprend, les danses commencent. On danse la Cumbia, danse traditionnelle locale. Peu si risque au début puis la piste de gazon se remplie sous le crachat puissant et grésillant des enceintes. D’un coup tout le monde repart comme il est venu, traversant le terrain d’un pas rapide et sautant dans les bus. J’aurais vu et participé à un mariage Bolivien.

Une semaine plus tard c’est cette fois une fête de camionneurs qui est prévue. Sous les conseils avisés des gérants, tout le monde prend la poudre d’escampette et trouve un autre logement cette nuit là. C’est le jour que j’ai choisi pour aller visiter l’Isla del Sol, petite île sensée être le lieu de naissance du fils du fondateur de l’empire Inca. Depuis que je suis au camping j’entends les histoires de ceux qui s’y sont aventurés. Un conflit oppose les habitants du Sud et du Nord de l’île. Un combat pour les touristes. Les uns ont commencé à incendier les hôtels des autres qui se sont vengés en leur rendant la pareille. Puis la fille d’un embassadeur aurais été enlevée et séquestrée. S’en est suivi la création d’une frontière au milieu de l’île, le Nord n’est plus accessible. Enfin, c’est ce que tout le monde croit. Les mercredi, samedi et dimanche les habitants du Nord viennent faire leurs courses à Copacabana et il est alors possible d’embarquer avec eux. C’est ce que j’ai fait.

Village de Challapampa

Deux heures de navigation plus tard, je debarque à Challapampa. Le village est joyeux, pas par ses habitations delabrées mais par l’ambiance qui y règne. Tout le monde à l’air content, un grand nombre d’enfants joues dans chaque coin de la ville. J’emprunte le chemin des Incas et commence l’ascension des hauteurs. Je me retrouve seul au milieu de rien, entouré de criques et plages aux sables fins. J’en choisi une pour passer la nuit sous les ruines d’un ancien village Inca. Cela fait des mois que je n’avais pas dormi sur une plage, que c’est bon de retrouver cette tranquilité. Je risque un petit bain, l’eau est limpide mais sacrement fraîche, 10°C tout au plus.

Ma petite plage surveillée par les Incas
Prêt pour passer la nuit!

Au matin je me met en marche pour le Sud en suivant le chemin de pierres construit par les Incas et longeant les crêtes. La randonnée de 3h est magique. Je ne rencontre absolument personne, ni touristes, ni locaux, ni gardes frontière. J’atteins le Sud de l’île où la ville qui s’y trouve est clairement dédiée au tourisme. Je m’échappe de là en prenant un bateau retour pour Copacabana.

Le chemin des Incas
Au sommet de l’île

Je fais la connaissance de Laurine, une Française rencontrée sur un groupe Facebook. Elle souhaitait s’essayer au stop et je n’étais pas contre un peu de compagnie. Elle est partie il y a un mois pour un tour du monde en 9 mois. Un Colombien, Sebastian, part aussi dans la même direction et se joint à nous. Nous partons donc en trio. Nous entendons à la radio que la ville va être fermée à 10h à cause des manifestations contre l’augmentation du prix de l’eau. Il est 9h30 et Sebastian ne sort pas de la douche!