Veintitrés (23) – Bolivie – Le monde vu de haut

10/10/2019 – 30/10/2019

« Dépêchez-vous ça à l’air mauvais! » Nous répète encore et encore Johnny, le gérant du camping, alors que nous écoutons les news locales sur sa petite radio à piles. Sebastian est encore dans la douche et la ville va être bloquée dans 30min! On nous annonce que le blocage peut durer quelques heures comme quelques semaines. Doubler le prix de l’eau ça ne plaît pas forcément. Enfin, le voilà qui sort sac sur le dos, prêt à partir. Nous avançons au pas de course pour rejoindre la route pour La Paz, capitale du pays. Pas de blocages sur notre chemin mais pas de voitures non plus, peut être que les voitures sont bloquées à l’intérieur de la ville? Sans succès avec les quelques voitures résistantes qui passent, nous montons dans un minibus en négociant le prix, 10 Bolivianos au lieu de 20 (1,3€). La route serpente sur l’altiplano, passant au voisinage de lacs bleutés. La plupart du territoire Bolivien se situe à plus de 3000 m d’altitude, il n’y a donc que très peu de végétation. Nous traversons un bras de rivière sur une barge en bois équipée d’un moteur qui fait le strict minimum pour ne pas que l’on soit emportés par le courant. La route continue de l’autre côté.

« Vous avez payés que 10, je vais pas vous emmener dans le centre non plus! » Nous annonce le chauffeur en nous invitant à descendre rapidement. Nous sommes à l’entrée de la ville de El Alto voisine directe de La Paz. Heureusement, l’agglomération est dotée depuis peu d’un réseau de téléphériques reliants les 4 coins de la ville et plus encore! Nous montons donc dans l’un des engins en direction du centre ville. Nous survolons littéralement les maisons de briques rouges. D’abord sur le plateau de El Alto puis dans la vallée de la Paz. En chemin, le téléphérique s’arrête pendant 10min nous laissant le temps d’apprécier la vue et cela me rappelle fortement le ski.

Sebastian, Laurine et moi dans le téléphérique de La Paz

Une petite parenthèse pour présenter mes deux compagnons. Laurine d’abord, une petite parisienne de 22 ans, comptable en alternance. Elle a pris une année de césure pour voyager autour du monde pendant 9 mois. Son voyage est organisé sans trop l’être. Ses destinations, moyens de transport, hôtels sont pris au jour le jour mais tout est minutieusement suivi dans un fichier excel accessible à ses parents.

Sebastian est un Colombien de 25 ans, trilingue anglais et français. Il a enseigné quelque temps l’anglais et prévoit d’aller en France à Limoges pour poursuivre ses études et devenir traducteur. En attendant il voyage sans plan en Amérique du Sud, travaille un peu où il peut pour financer tout ça. Il est toujours content et danse des qu’il en a l’occasion.

Nous descendons de notre bulle pour retrouver la terre ferme et nous mettons en recherche d’un logement. Sebastian a quelques pistes, nous les suivons. L’hôtel Canoa fera notre bonheur. Située en plein centre, cette auberge de jeunesse nous offre une vie panoramique sur la ville, des billards, une table de ping-pong et une cuisine. Nous faisons la connaissance d’Angela, une italienne, qui nous propose de l’accompagner le lendemain pour une petite randonnée.

« Elle dure entre 20min et une heure » nous informe Angela. Parfait alors, nous mettons ça au planning du lendemain. Pour ce soir ce sera petit ping-pong contre Sebastian.

Notre équipée, forte d’une nouvelle membre se rend donc à la Valle de los ánimas. C’est une randonnée peu connue, même les locaux ne savent pas vraiment où c’est, ils nous indiquent chacuns des départs différents.

Les quatres randonneurs (Avec Angela qui nous as rejoint)
Tu prends la photo avec l’appareil pendant que je met le minuteur sur ton portable, en attendant je le tient…

Nous en prenons un. La rando est belle, des montagnes enneigées au loin, un condor qui nous survole et des colonnes naturelles nous indiquent la voie. Le chemin n’apparaît sur aucune carte, nous sommes en hors pistes. Nous arrivons au sommet, je marche alors en tête. « Oulala, ya plus de chemin! » La voie s’arrête nette, une falaise d’une cinquantaine de mètres de haut nous empêche d’aller plus loin. En bas nous voyons un champ de colonnes comme fossilisées et au loin la Paz s’étale sur la montagne. On s’alonge dans la poussière pour observer le spectacle en sécurité.

Au bord du gouffre
La vue plongeante

Finalement, à y regarder de plus près, il semble que le chemin continu en hauteur. Nous longeons les pentes, certains debouts, certains à quatres pattes puis glissons sur nos fesses par deux fois, évitons les groupes de vaches et rejoignons finalement un chemin plus important. Il suit un lit de rivière jusqu’à la vraie vallée de los ánimas. De somptueuses colonnes de terre rougeâtres nous entourent alors jusqu’à notre retour à la ville.

Finalement dans la bonne vallée
Les colonnes de pierres
Glissade sur les fesses

Assoiffés mais affamés surtout, après notre balade de 4h, un pollo al spiedo (poulet grillé) nous sustentera.

Je retrouve aussi Ronny et Steffi, un gars de La Paz et sa copine Allemande que j’avais rencontré au camping de Copacabana. Ils m’avaient alors proposé de me faire visiter leur ville quand j’y arriverais. On se retrouve tout les trois et eux deux devant une pièce de théâtre, Déjà Vu. Une critique des déroulements des mariages en Bolivie, qui finissent souvent avec de l’alcool dans le sang des convives. Les scènes me rappellent ce que j’ai pu voir dans mon camping de Copacabana…

Pièce de théâtre en Bolivie

Puis nous faisons un petit tour d’un quartier de la ville avec Ronny qui nous explique avec entrain l’histoire de la ville et des bâtiments ainsi qu’un aperçu des élections présidentielles qui arrivent. Evo Morales, le président actuel, est visiblement quelqu’un de particulier. A la fois visionnaire pour son pays et mégalo tyrannique. Les opinions envers lui semble être un choix binaire de j’adore où je déteste. Il est pourtant bien parti pour gagner les élections et pourrait bien prévoir un coup d’état au cas ou il les perdraient. Nous reverrons Ronny le lendemain pour un concert donné par ses amis dans un bar, une musique mélangée entre traditionnelle et moderne.

Petite pause musicale

Ce n’est qu’après quatre jours que nous nous apprêtons à quitter la ville. Sebastian va y rester, il a l’intention de trouver un petit boulot. Nous partons donc à deux avec Laurine. Cette fois en stop! Enfin non pas tout de suite, il faut d’abord prend le téléphérique et un minibus pour sortir de la ville gigantesque. Un Coréen pasteur nous récupère, il vit depuis treize ans en Bolivie mais je parle bien mieux que lui l’espagnol. Puis les suivants nous laissent dans l’incertitude constante de savoir s’ils vont nous laisser au prochain croisement ou un peu plus loin. Ce sera finalement beaucoup plus loin, dans la ville de Caracollo. Nous trouvons refuge dans un alojamiento bas de gamme, les lits consistent en des matelas de sacs plastiques contenant d’autres sacs plastiques.

Premier camion stop de Laurine, nous sommes trois stoppeurs dans la cabine. Nous laissons le soin à l’autre de parler au chauffeur, de toute façon on les comprends peu.

Camion-stop!

Le camion est chargé de bidons d’asphalte, il se traine dans les montagnes. À plus de 4000m, surprise, il neige! Des voitures partent en dérapage ou sont bloquées par les 3cm de neige qui se sont accumulés sur la chaussée. Notre camion se tient et nous passons l’intempérie. Nous frayons notre chemin vers Cochabamba, capitale gastronomique du pays.

Capitale gastronomique mais on ne trouve pas un seul restaurant! Tant pis, on va pas faire original, pollo al spiedo et burger. En fait le mieux dans la ville c’est son marché, 20 000 exposants, apparemment ce serait le plus grand d’Amérique latine (ce n’est pas le seul à revendiquer ce titre). Quoi qu’il en est il est grand, une journée à se perdre à l’intérieur et vous n’en aurez toujours pas fait le tour. Là, je trouve une spécialité, le pique macho (le pique homme). Un mélange plein de couleurs de viandes et de poivrons, c’est très bon mais ça casse pas trois pattes à un canard. Laurine succombe à l’attrait d’un petit ukulélé et joue très agréablement trois chansons. Nous osons la montée au Mirador de la ville, 1400 marches (Laurine a compté) alors qu’un téléphérique est à disposition. Récompensés par un bon sandwich maison à l’arrivée, nous redescendons de la même manière mais sans rien à la clef cette fois.

Jésus, tête de Laurine pour comparaison de la taille
Cochabamba
Le fameux sandwich, avocat, tomate, onions, fromage et sauce soja (ajout de Laurine)

Un colectivo nous sort de la ville et en 40 min nous montons dans la benne d’un camion, à première vue pas très confortable. De type camion à bétail avec des lattes de bois en guise de paroie, il transporte des tuyaux de plastique de gros diamètre enroulés sur eux même. Nous nous installons autour de l’un d’eux couché sur le sol.

Ukelele confortablement installé dans la benne

Je n’ai pas vraiment compris où il allait mais au moins à la moitié du chemin pour rejoindre Sucre, à 300 km de là. Laurine se lance dans des notes au ukulélé tandis que je part flotter dans l’espace avec mon livre sur l’univers, la terre et la vie (L’univers à portée de main, Christophe Galfard). Notre chauffeur s’arrête, visiblement pour déjeuner, on en profite pour prendre une petite glace bien fraîche. Puis nous repartons et comprenons que nous allons en destination de Sucre, capitale du pays, parfait! Pour un peu plus de confort nous nous faufillons à l’intérieur du cercle de tuyaux, ici nous pouvons nous allonger presque confortablement. Nous faisons coucou aux gens sur le bord de la route, et souvent nous avons une coucous en retour.

Les meilleures vues c’est en camion-stop qu’on les a.
Coucher de soleil sur Sucre

Au coucher du soleil (après 8h de benne), nous arrivons sur Sucre. Nous débuscons une chambre d’hôtes dans une bâtisse classée à l’Unesco ou le propriétaire, francais, nous propose la chambre d’amis à bon prix. Dans le centre ville toutes les maisons sont blanches avec des tuiles rouges, ce qui donne une impression de tranquilité. En plus c’est jour des élections, les voitures restent au garage et les boutiques n’ouvrent pas. Seul les piétons et les cyclistes sont dehors, marchant au milieu des routes ou dans les parcs. Le plus grand parc de la ville possède d’ailleurs sa propre tour Eiffel, construite par Mr Eiffel en personne. Celle là est orange et ne fait pas plus de 15m de haut. C’est à son pied que j’aperçois deux têtes qu’il me semble connaître. Ils me regardent et ont l’air de penser la même chose de moi. Marion et Benoît, du camping de Copacabana ! Belle coïncidence ! On se raconte nos dernières semaines assis dans le parc.

C’est sensé être des quenelles
Quenelles maison

Prochaine ville Potosi, ville la plus haute du monde, culminant à un peu plus de 4 000 m. Un camion nous amène sur une partie du chemin. Le chauffeur curieux de connaître notre culture nous demande de mettre de la musique, je laisse le soin à Laurine de choisir. Grosse erreur, elle nous met du Thérapie Taxi, Salop. Le chauffeur nous demande d’expliquer les paroles. Laurine parle peu espagnol, c’est donc moi qui m’y colle. Heu comment dire, « vas te faire enculer connard, va bien te faire enculer salope… ». Alors c’est un homme qui explique à une femme qu’il l’aime, puis la femme dit la même chose. On est très romantique en France…

Une petite halte en chemin sur un pont suspendu
Stop en bord de route

Potosí possède l’une des mines les plus hautes du monde. Mine de zinc et d’argent. Laurine y part en exploration en tour organisé mais pas moi. Je fait déjà des concessions sur les auberges tout les soirs et ça fait mal au budget, en ce moment je dépense la somme astronomique de 8€ par jour! Le lendemain de sa visite nous nous séparons pour quelques jours, elle part en excursion organisée dans le Salar d’Uyuni et le Sud Lipez. Moi aussi mais sans le côté « organisé », je verrai sur place.

« Oh putain! »

Je viens de me faire mal au dos! En sortant d’une voiture, j’ai pris mon sac visiblement de la mauvaise façon. Je suis au bord d’un petit village à 1h de Potosi, il n’y a personne et j’ai mal au dos! J’essaie de me caler assis par terre avec mon sac comme dossier en attendant la prochaine voiture, camion ou bus peu m’importe cette fois. Mais personne en vue. Le premier véhicule arrive trois heures après, un gros bus qui s’arrête à mon niveau. Je négocie une fois de plus le prix et je monte. On m’apprend que juste après mon départ la ville de Potosi a été bloquée par les manifestations, ça explique ma solitude… J’arrive à Uyuni, au bord du désert de sel. J’ai toujours mal au dos donc je m’offre deux journées alités.

Puis je reprend mon sac et part en direction de Colchani : porte d’entrée du désert. Là, je commence à marcher jusqu’à ce que j’en ai mare, 15 km de marche dans le sel. Cela fait une impression bizarre, comme si on marchait sur la glace mais sans glisser. En plus c’est très craquant. C’est pas facile d’avancer droit, on pert ses repères et les notions de distances. Au loin, des mirages apparaissent : » tient je vais avancer vers ce rocher », quelques mètres plus loin il a disparu. Je pose ma tente au milieu de rien et passe la nuit sous les étoiles.

Fameux sandwich mais ici en version sans pain

Le lendemain je tente le stop dans le désert, et ça fonctionne! Un employé de la gestion du désert s’arrête et me ramène à Uyuni d’où je me dirige vers le sud. Après 3h d’attente Miguel me récupère. Je le sens un peu éméché mais ça va il se tient dans la ligne droite. Par contre, une fois arrivé dans les virages il commence a faire n’importe quoi, à partir en drift, à longer la falaise, il me demande de changer les vitesses puis de le prévenir quand ça va tourner. Là, je lui dit : » Miguel, je t’apprécie mais dépose moi là, je ne me sens plus en sécurité avec ta conduite ». Il parlemente un peu mais je tient bon et finalement il arrête la voiture au milieu de nulle part. Je lui donne un avocat et une orange pour qu’il mange un peu, en espérant ne pas le revoir plus loin en mauvaise position. C’est la première fois depuis mon départ de France que je descend prématurément d’une voiture.

Avec Miguel qui visiblement avait la tête qui tournait un peu

De mon côté je trouve une autre voiture qui m’amène directement à Tupiza point de rendez-vous que l’on s’est fixé avec Laurine. J’ai perdu ma casquette, non! Cette casquette avait connu le départ du voyage avec moi et je comptait bien l’avoir à l’arrivée. Elle était pas dans la voiture du chauffard j’ai du la perdre juste avant, qu’elle déception !

Ici on s’échange des infos sur l’Argentine et la Bolivie entre voyageurs, on s’échange nos restes de monnaies aussi notamment avec Florian, un Suisse-Allemand. Je fait la balade du canyon del Inca, une balade facile sensée durée 1h30 si je n’avais pas découvert que le chemin continuai jusqu’au sommet puis redescendait par un autre canyon. Finalement 4h de balade, escalade et canyoning, je reviens rincé et desséché.

Au canyon Del Inca

Laurine arrive avec des histoires pour la soirée, deux pneus du 4×4 qui explosent, bloqués 8h dans le désert, le chauffeur qui se fait la malle avec l’argent du tour… Ya pas qu’en stop qu’on a des aventures finalement, quand tout est organisé l’imprévu arrive aussi!

Notre dernier véhicule de Bolivie sera un camion et nous grimpons dans sa benne vide. Des petites traverses en métal nous permettent de rester debout malgré les mouvements du camion et d’apprécier les paysages désolés et secs mais beaux malgré tout.

Encore un camion-stop
Passage de la frontière Bolivie-Argentine

Finalement Evo Morales a remporté les élections de justesse sans deuxième tour. Les villes ont commencé à être bloquées un peu partout, plus durement que ce que nous avons vécu, juste après notre passage de frontière pour l’Argentine.