Hokonojo veinticinco (25) – La grande remontée partie 2 – Pérou, Équateur, Colombie, Panama

13 mois que je n’avais pas vu mes parents et voilà que je les rejoins à l’hôtel ou ils ont posé les valises. Une porte en bois peinte en bleue et une petite sonnette. La porte s’ouvre sur mes parents qui n’ont pas beaucoup changés, en même temps les appels irréguliers sur WhatsApp lissent la perception. Ils ont déjà visité pas mal de villes au Pérou pendant une dizaine de jours et nous nous retrouvons dans les Andes, à Cusco, pour la dernière partie de leur voyage. C’est sûrement la zone la plus riche du Pérou au niveau historique. C’est le berceau de la civilisation Inca, ici que le fondateur a su rallier les peuples pour ne former qu’un seul et même empire. Cette semaine nous allons suivre les pas et les pierres de ces bâtisseurs. Pour cela, je m’inclue à leur programme bien défini. Nous aurons une guide locale, Ruth, et un chauffeur pour nous accompagner sur chaque lieu de visite. Je ne vais pas vous décrire chaque lieu vous avez des guides pour ça. Ce que j’en retient en tout cas c’est leur incroyable capacité à tailler les pierres pour quelles qu’elles s’assemblent au millimètre, leur habilité à dompter les pentes escarpées des montagnes en créant des terrasses qui permettent de stabiliser le terrain, de cultiver et de construire et bien sur l’incroyable Machu Pichu qui mérite quand même une description succincte.


Pour y aller nous n’avons pas été les plus aventureux, un petit train tout confort et presque entièrement vitré nous a emmené à la ville d’Agua Calientes. Il a suivi les courbes de la vallée sacrée imposées par les montagnes, le long de la rivière. Nous passions tantôt dans la jungle tantôt dans les villages pour finalement arriver au milieu d’un grand marché artisanal. Il nous a fallu en trouver la sortie pour rejoindre le bus qui nous emmènerait au tant convoité Machu Pichu. Ce bus permet de gravir sans efforts la dernière montagne. J’y oublierais ma casquette. Nous arrivons aux ruines et c’est magique. L’ancienne cité est perchée sur un plateau, entourée des monts verdoyants dont les sommets sont plongés dans des nuages épais. L’ambiance est si particulière que l’on comprend la mystique attribué au lieu. Les murs encore présents dessinent les contours de la ville. Des terrasses en escaliers suivent le profil de la montagne et supportent l’agencement. Le flot de touristes gêne la circulation mais n’empêche pas l’appréciation. Papa nous interpelle pour un animal particulier qu’il nomme adéquatement lapin-écureuil, en fait un Viscache ce qui signifie à peu près la même chose. Nous rentrons sur Cusco par le même chemin.


Pour Noël nous nous interrogeons sur la quantité impressionnant de personne en habits traditionnels qui se regroupe sous les arches de la place principale. C’est en fait une tradition, les gens de la montagne descendent pendant quelques jours pour recevoir les présents distribués par la ville et les particuliers. Ils dorment avec les enfants dans la rue. Nous nous interrogeons aussi sur notre repas de Noël ce qui nous conduira à une petite pizzeria. Pizza surprise au fraise pour papa et a l’alpaca pour moi: ce n’est pas passé, nous étions tout trois malades le lendemain. Situation peu agréable qui se rajoute aux effets de l’altitude ressentis par mes deux compagnons. La montagne ça vous gagne.

Viens le jour de regagner mon indépendance, les parents montent dans leur taxis et je reprend mon sac à dos. Quand nous reverrons nous? J’ai profité de leur venue pour changer de sac, je suis maintenant équipé d’un 40 litres à la place d’un 55 litres. Je rejoins l’auberge de jeunesse qui m’avait servie de refuge pendant les averses, espérant trouver quelques compagnons pour passer le nouvel an. Assez facilement je rejoint une française et une allemande, puis 4 argentins se joignent ensuite à nous. Ensemble nous profitons de la ville de nuit et ce jusqu’au petit jour.

Franchement là je sature un peu du stop. J’ai trouvé personne pour faire un bout de chemin avec moi, en même temps qui voudrait faire 300km de route sans rien visiter? Je prends donc un bus de nuit pour Lima, qui se transforme en bus de nuit pour Chimbote quand j’apprends que cela ne me coute que 5 dollars de plus pour doubler mon trajet. Je profite de l’irrespect total des passagers, qui n’en est pas pour eux : musique sur portable et sièges inclinés à fond sans prévenir. Mais cela est quand même sacrément confortable, c’est facile. Je me retrouve à Chimbote, ville qui m’avait vraiment déplue, dégoûté même, la dernière fois. Mon ressentis n’est pas le même cette fois, je n’ai pas à la traversée de long en large en marchant, non je reprends simplement un bus. Le climat change, j’arrive en milieu tropical. Ca me plaît, je reprends le stop! En soirée je reprend un bus pour la frontiere équatorienne. Je marche en direction de l’équateur quand je me rend compte que j’y suis déjà. Il n’y avait pas de poste de migration, rien sur le passage. Il fallait en fait prendre une autre route pour obtenir les précieux tampons. Je peux couper et marcher 7km pour y arriver. Avant de m’engager à travers brousse on m’interpelle. « Hé, va pas par la c’est super dangereux, tu te feras agresser à tout les coups ! » Ok, merci!

De l’autre côté de la frontière je récupère un bus. Ici, contrairement au Pérou ou toutes les compagnies sont rassemblées dans une gare routière, il faut faire le tour de la ville pour trouver le trajet le moins cher. Par contre l’organisation est bien plus au point : ou il fallait attendre 30min devant le bus au Pérou le temps que tout les employés se mettent d’accord, ici on pose le sac en soute et on monte. En plus la clim marche tout le trajet! Je refait une escale à Otavalo puis marche 33km jusqu’à Ibara. Je revois certains endroits ou j’ai marché et attendu il y a 6 mois. Mes pensées remontent le temps. J’arrive crevé à Ibarra ou je prends un bon almuerzo devant la gare routière avant de me rendre à la frontière Colombienne. Il y a cette fois beaucoup moins de migrants Vénézuéliens. Je rencontre un jeune Chilien et sa cariole, il monte en Alaska en marchant sur une période de deux ans. Je sais qu’il y en a plusieurs qui font ça mais c’est le premier que je rencontre, quel courage!

Je m’arrête quelques jours à Cali pour visiter la ville mais surtout pour échanger mon petit sac qui tombe en ruine. Je fais marcher la garantie Decathlon, c’est la première fois qu’il échange un produit acheté en France mais ils acceptent, je repart avec un sac tout neuf. Ça me rend quand même triste d’abandonner mon petit sac avec qui j’ai parcouru tant de kilomètres… La ville me plaît bien, elle est assez moderne tout en conservant les habitudes locales avec ses petits restaurants. Elle n’a pas de charme particulier mais on s’y sent bien. Puis je repasse par Medellin ou le bus nous lâche au milieu de la route quelques kilomètres avant la ville, j’ai pas compris pourquoi. Finalement je me rend à Carthagène des Indes. Que de bus ces derniers jours, je me suis laisser entraîner par la facilité. C’est aussi une autre manière de découvrir le pays en utilisant le moyen de transport des locaux et c’est d’ailleurs assez dur physiquement et mentalement de voyager avec ces derniers.

J’arrive donc à Carthagène très en avance sur mon planning. Cela me laisse un mois et demi pour trouver un bateau pour me rendre à Panama, je suis large. Je visite le très beau centre ville avant de commencer mes recherches. C’est clairement une des vieilles villes la plus belle que j’ai vu en Amerique : pleine de couleur, des beau bâtiments, des fruits de partout et avec beaucoup d’activités.

J’arrive à la marina et commence à faire un petit tour des bateaux. Énormément de voiliers de croisières et à louer, ça va pas être facile. Je me pose sur la terrasse du bar de la marina. J’interpelle un groupe. Ils viennent d’arriver de Martinique et ont apparemment passer des sales moments. Le capitaine, Janech un polonais de 78 ans, qui voyage seul a récupéré 5 jeunes bateaux-stoppeurs. 4jours avant d’arriver ils sont passés dans une tempête, toute la vaisselle à bord s’est cassée, ils ont eu des prises d’eau et surtout le gouvernail s’est brisé, ils ont manoeuvré à la clé à molette les derniers jours. Les filles pleuraient, l’ambiance était apparemment horrible. C’est la mer la patronne. Je sympathise avec le capitaine qui me proposera son annexe pour aller faire le tour du mouillage ou je suis plus susceptible de trouver ce qui m’intéresse. Je m’installe le lendemain dans ce qui tient plus d’une barque avec deux pagaies qui ne sont pas de la dernière génération et commence mon petit tour. Pendant une heure et demi je navigue entre les bateaux. Le vent commence à se lever et m’oblige à ramer fort pour revenir à l’embarcadère. Arrivé, je compte mes pistes et mes ampoules. Richard et Jan, un français et un polonais respectivement rencontrés lors de ma promenade, me rejoignent au bar. Jan n’a pas de chance. Il a acheté son bateau à Belize, à essuyer une tempête et un éclair sur la route pour Carthagène qui a bousillé l’électronique du bateau. Son skipper est allé à l’hôpital, a attrapé une infection après une piqûre et est mort quelques jours après. Jan est retourné en Pologne quelques semaines quand il est revenu il a retrouvé son bateau dépouillé, même les balais ont été volés. Mais il ne perd pas espoir de réaliser son rêve et de parcourir la mer des Caraïbes. Il cherche donc un nouveau skipper, réhabilite son catamaran et garde le sourire. Richard quand à lui est à Carthagène depuis 3 ans et prévois de partir avec son beau monocoque dans six mois. C’est ce qu’il dit mais au fond de lui je me demande si il y croit. Un dicton dit « plus de deux ans, tu y reste. »
Recherche de bateau : vidéo

Bref à partir de maintenant je passe mes matinées au bar de la marina avec ces trois gaillards. Le quatrième jour Richard me glisse un « il y a un couple de francais qui est arrivé sur un beau catamaran, ils vont à Panama en fin de semaine. Ils ont une annexe verte ». Je guette donc toute la matinée l’arrivée d’une annexe verte et quand elle arrive enfin je me précipite vers les propriétaires. En dix minutes c’est plié et je suis accepté à bord du Ribl an dour, le bateau breton de Joël et Béatrice !

Béatrice, Joël, deux inconnues accompagnant Jan, Jan et Richard


C’est un beau catamaran de 37 pieds, je suis content de naviguer à nouveau sur ce type de bateau. Pour l’Atlantique j’étais aussi sur un cata mais beaucoup moins bien emménagé mais surtout entretenu. Ici on a une impression d’espace, je tiens debout dans le carré, on peut tenir à une dizaine facilement dans le cockpit je sens que ça va me plaire. On hisse le pavillon breton et on prend la mer. D’abord au moteur puisque la zone de Carthagène est dépourvue de vent puis nous larguons grand-voile et génoi et pour nous laisser pousser par les masses d’air. Nous passons la nuit dans un petit lagon puis reprenons la mer le lendemain jusqu’à la islote. Sur l’île principale peu de monde, beaucoup de yenyens. C’est d’ailleurs à cause d’eux qu’ils y a trois cents vingt ans la population a commencé à construire un îlot avec du sable et des coquillages. Aujourd’hui l’îlot est toujours là et il continue de grandir au même rythme que la population l’occupant. Plus de 500 personnes dont 300 enfants y vivent essentiellement de la pêche et du tourisme. On fait rapidement le tour de l’îlot à travers ses petites ruelles piétonnes entourant la place centrale. Nous regagnons Ribl an dour pour la nuit.

La Islote


Au matin nous mettons cap vers le Panama. Deux jours et deux nuits de navigation pas très agréable car la mer et le vent nous arrivent de côté. Mais on s’en sort bien notamment grâce aux petits plats de Béatrice. Cake, araignées, phare, la Bretagne me rattrape ! On pêchera même une belle bonite !


Au petit matin nous entrons dans la baie de Portobello. Cette même baie où, 1 an auparavant, j’étais arrivé après 9 jours de mer démontée. Il me reste un mois au Panama, je dois trouver une occupation. Pour passer le canal il faut 4 adultes en plus du capitaine sur le bateau. Sur la plupart des voiliers il y a donc un manque d’effectif que je pourrai combler, en partie tout du moins et peut-être me faire payer pour cela. Je quitte donc Joël et Beatrice et me rend en stop à Colon et plus précisément à la marina de Shelter Bay. La bas je rencontre un équipage de jeunes suédois en recherche de deux « linehandler », ils m’enrôlent. Ils naviguent depuis sept mois à trois sur leur bateau, deux frères et un frère choisi. Ils sont un peu fous. Noa un bateau-stoppeur allemand embarque avec nous et nous passons les immenses écluses du canal de Panama. 3 côté Atlantique, un nuit dans le lac Gatun puis 3 nouvelles écluses côte Pacifique.

Baignade juste après la dernière écluse


Je quitte ensuite le bateau avec Noa, nous allons faire un petit bout de chemin ensemble. Il fait exactement la même chose que moi mais avec un an de décalage. Il vient d’arriver en Amérique et prévoit de remonter l’Amérique centrale puis de redescendre en Amérique du Sud. Je l’invite chez mon ami Rafael rencontré l’année dernière pendant le carnaval. C’est un plaisir de le revoir e il me fait la surprise d’inviter Issac son cousin. L’année dernière la communication était très dure entre nous, je ne parlais pas espagnol et il ne parlais pas anglais. Maintenant nous nous comprenons ! Je pars le lendemain en stop avec Noa, ça me fait plaisir d’accompagner ce grand blond dans ses premiers stop en Amérique. Pour moi direction un volontariat que j’ai trouvé en attendant la traversée du Pacifique, pour lui une longue route qui lui promet bien des aventures!

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