HokoNojo veintiseis (26) – Heïva, le corona, la digue et moi

Je connais maintenant la recette pour faire un bon mélange chaux-sable pour enduire des murs ciment-terre dans le milieu chaud-sec de la côte Pacifique du Panama. Compétence qui me sera surement forte utile à l’avenir. C’était, entre autres choses, l’une des missions confiée par Marie et Patrice durant mon volontariat chez eux. Comme une grande partie de la population mondiale (d’autant plus qu’ils sont Québécois) ils en ont eu marre de payer des taxes et sont donc venus s’installer dans le pays où ils en paierait le moins. Bienvenidos a Panama! Ils ont monté une filiale Panaméenne d’une entreprise Canadienne spécialisée dans la peinture pour béton. Ils gèrent ça tout les deux et le temps qu’il leur reste est consacré à la construction de leur maison. Leur but et de devenir progressivement autonome, un puit les alimente en eau, des panneaux solaire leurs fournissent leur précieuse électricité et leur jardin tient plus de l’exploitation fruitière que du potager.

Finition posée à gauche, à faire à droite

Un magnifique pondoir bricolé par M. Thiollier


Leur fils de 10 ans, Max, ne va plus à l’école et n’a plus que de très rares cours dispensés par sa mère. L’école de la vie plutôt que l’autre. Quelques mecs les aident pour la construction, pas des panaméens qui sont apparemment pas les plus acharnés, ils sont Vénézuéliens et Colombiens. Une aide ménagère a été employée pour leur cuisiner de la nourriture mangeable. Que l’on ne s’y trompe pas, Marie est excellente cuisinière, les gars par contre trouvaient sa cuisine dégueulasse. L’aide ménagère leur fait donc du riz et du poulet tous les jours et ils sont aux anges. J’ai appris à parler Québecois aussi, le début n’a pas été simple. Des « bons matins », « ça goute bon », « lo lo » (là là), « chepo », et beaucoup d’autres expression et anglicismes.

Les futurs gardiens de la maison

Respectant mon RDV avec Pierre, capitaine du bateau Heïva (voir les articles sur la Méditerranée et la Martinique) je suis retourné à la marina de Shelter Bay. Cette marina est un peu la plaque tournante de la navigation plaisancière entre l’Atlantique et le Pacifique. Situé à l’embouchure du canal de Panama côté Atlantique, la plupart des voiliers y font un arrêt plus ou moins long. A mon arrivée je cherche les clés égarées du bateau de Pierre avec les responsables de la marina. On les trouvent juste avant que Pierre n’arrive, ils ont eu de la chance! Son bateau, Heïva, est hors de l’eau sur cales. Nous avons une semaine pour refaire la peinture antifooling de la coque (peinture qui évite que les coquillages n’élisent domicile sur le dessous du bateau), le mettre à l’eau et le regréer (mise en place des voiles et des cordages). Pas le temps de profiter de la piscine de la marina, on s’y met dès le lendemain 7h. Une fois la peinture finie nous remettons le bateau à l’eau grâce à une grue spéciale, dans un grand soulagement général le moteur s’allume et nous permet de trouver place en douceur sur les pontons. Le boulot continue, plus plaisant cette fois car nous flottons. On s’attaque aux cordages puis aux voiles. Un soir, deux amis de Pierre nous rejoignent, Yann et Dominique. Ils arrivent de France et vont nous accompagner sur le trajet Panama-Galapagos.

Les singes hurleurs sont partout autour de la marina!

J-2 avant le départ, J-0 pour les emmerdes. La girouette n’envoie pas d’info de force et de direction du vent mais surtout l’enrouleur du génois (voile avant) est bloqué. Sans ça on ne part pas. Yann à miraculeusement le même en France et le fait expédier en express. Cela reporte d’au moins quatre jours le départ. De plus en plus, un mot ce fait entendre dans l’air marin de la marina : Coronavirus. Des pays ferment, se confinent, quelques cas déclarés au Panama, la France durement touchée. Il est temps de mettre les voiles!

Je profite d’un petit tour en haut du mât pour prendre Heïva de haut

Un écosystème s’est créé dans l’annexe


Plus grand chose à faire sur le bateau, je parcours donc les pontons, squatte la piscine de la marina, assiste à l’arrivée et au départ des bateaux. Enfin, l’enrouleur arrive et Steve un Sud Africain en résidence permanente à Shelter Bay mène la danse du montage sous le regard attentif de son bichon frisé. Nous ne sommes pas trop de trois pour l’assister, son imagination fuse et quand nous mettons 5 secondes de trop à aller chercher un outil, il a déjà trouvé une autre solution pour régler le problème. Clé à molette dans la main, je me demande alors que faire. Une fois l’enrouleur monté nous hissons le génois et testons notre installation qui fonctionne à merveille. Il n’y a que notre girouette qui fait défaut, nous n’aurons pas de mesure du vent par contre nous installons des penons (petits morceaux de tissu) sur les haubans pour avoir sa direction.

L’heure du départ est arrivée, Heïva est prête à prendre la mer et les cales sont remplies de nourriture! Nous allumons le moteur pour nous rendre au mouillage juste avant le canal afin d’y récupérer notre « superviser » qui nous donnera les indication pour le passage du canal. Avant son arrivée, un français débarque avec son annexe : « Vous avez appris les nouvelles? Le Panama ferme ses portes à partir de minuit, si vous quittez Shelter Bay vous ne pourrez pas y re-rentrer. Ah et les Galapagos viennent de fermer aussi. » Voilà qui remet légèrement notre programme en question… En tout cas hors de question de rester ici, on traverse le canal et on verra après. Nous passons les premières écluses sans encombres pour aller passer la nuit sur le lac Gatun, lac artificiel au milieu du Panama. Nous apprenons que nous passerons les écluses du lendemain avec nos amis sur le catamaran Dualaseas.

La réserve de vin sera dans la cabine du capitaine bien sûr (En Polynésie le vin est très cher alors on a fait des réserves pour plusieurs mois)


Petit aparté
A Shelter Bay, Vincent, un mécano itinérant, est venu nous aider à faire quelques réparations sur le bateau. Il venait d’arriver au Panama depuis la Martinique en bateau-stop. Son capitaine ne voulait pas de couple, hors il s’est entiché de l’autre équipière. Ça et quelques autres incidents qui ne sont pas explicités ici et ils ont quittés le bateau, ils en cherchaient donc un autre. Vous vous rappelez de mon arrivée au Panama avec Joël et Béatrice? Ils allaient prendre deux cyclistes pour la traversée du Pacifique. Il se trouve que j’ai croisé ces deux frères, Tristan et Gillian (), dans les toilettes de la marina. Ils avaient navigué sur un beau catamaran, Dualaseas, que je me suis empressé d’aller voir pour le visiter. Les propriétaires étaient à la recherche de deux équipiers pour le Pacifique. J’ai donc refilé le tuyau à Vincent et sa copine Clara qui ont rapidement été accepté à bord. Qui ne voudrait pas d’un mécanicien nautique à bord? Les deux frères, Vincent et Clara étaient donc à bord du catamaran pour le passage du canal.
Fin de l’aparté

Patrice, le Québécois de mon précédent article, a joué le rôle du 5eme équipier obligatoire pour le passage du canal

Le lendemain nous nous sommes accouplés au catamaran pour le passage des écluses ce qui veut dire que nos bateaux étaient reliés collé-serrés. C’est le cata, plus puissant, qui était en charge des manœuvres. Dans la dernière écluse, le Pacifique à nos pieds, une manœuvre ratée de la part du cata nous a envoyé contre le mur. Le choc contre la coque a été violent, un craquement c’est fait entendre puis des bruits stridents d’éraflures qui te prennent aux tripes. A grand renfort de par-battages nous avons essayé de limiter les dégâts jusqu’à ce que le bateau se dégage. Les portes se sont ouvertes et nous avons fait notre entrée dans le Pacifique. Une belle fissure faisait maintenant entrer un peu de lumière dans le coffre arrière babord. C’était néanmoins pas trop méchant, un mec qui s’y connait pourrait réparer ça rapidement. Nous ferions un stop à Panama City.
Il faisait noir, la nuit était tombée et la lune ne s’était pas levée quand contournions la presque île de la capitale. Les lumière de la ville au loin dégageaient un fond lumineux impressionnant. Nous filions à 7 noeuds quand Heïva c’est arrêtée, le choc n’a pas été violent, plutôt comme si nous nous enfoncions. Tout le monde à compris : nous avions heurté quelque chose. Soudainement le bateau s’est soulevé, nous n’étions plus porté par les eaux mais par le fond! Yann a couru à l’intérieur pour vérifier que nous ne prenions pas l’eau. Pierre a pris la barre, mis le moteur à fond en marche arrière et a donné des grands coups à gauche à droite. Avec Dominique nous étions dans le cockpit à jouer aux araignées mal habiles pour nos agripper à ce que nous pouvions. J’aperçus à ce moment une lumière rouge à une vingtaine de mètres de nous, noyée dans le fond lumineux de la ville. Je voyais Yann à l’intérieur plongeant contre son gré d’un bord à l’autre du bateau. Puis tout c’est calmé, le moteur c’est arrêté, le bateau c’est stabilisé. J’entendis le bruit de déferlantes pas loin, nous dérivions vers on ne sait ou et le moteur ne démarrait plus. Alors on a jeté l’ancre et appelé les secours. Un peu au fait de la réactivité limitée des Panaméens nous avons déclaré une voie d’eau lors de notre appel, officiellement nous coulions donc. Nous étions à 200 mètres de la côte, ils ont mis 2h à venir. Mieux vaut ne pas être en danger immédiat au Panama… Après parlementations pendant une heure, deux navires de la sécurité du canal nous remorquent à la marina Flamingo. Manœuvre parfaite qui nous fait glisser lentement dans l’emplacement. L’aéronaval est là pour nous réceptionner et nous annoncer que nous sommes confinés à l’intérieur du bateau jusqu’à l’arrivée de la commission médicale. Le corona nous rattrapa.

Nos secouristes


Maintenant un petit bilan s’impose. Nous devons réparer la partie abimée dans l’écluse et lever le bateau pour vérifier l’état de la quille. Les Galapagos sont définitivement fermées et la Polynésie aussi. Yann et Dominique veulent retourner en France, pour cela l’ensemble de l’équipage doit refaire une entrée au Panama qui pourrait nous poser problème.

Sans nouvelles de la commission médicale nous organisons la sortie du bateau sans sortir de la marina. En 24h tout est fait : le bateau est sortie, la quille vérifiée par un expert et la fibre de verre reposée sur la partie abimée. Les stigmates sur la quilles sont impressionnantes, des éraflures sur 60 cm de haut l’ont marquée sur toute sa longueur mais aucun dommages structurels à signaler. Une nouvelle digue en construction, non signalée sur les cartes, invisible à marée haute et trop peu signalée par des lumière faibles est responsable de la situation. La quille c’est enfoncée dans des agrégats ce qui a amorti le choc. Si nous avions heurtés des rochers ou du béton le résultat n’aurait pas été le même.

Finalement après 7 jours à la marina un médecin vient nous voir avec l’appui de notre ambassade. Il nous accompagne à la migration et nous obtenons notre tampon d’entrée. Yann et Dominique obtienne un vol de rapatriement et nous accueillons à leurs places Briac, un jeune français de 23 ans. Il faisait un stage à l’ONU quand le corona est arrivé, il a du gentillement prendre la porte. Nous décidons d’aller nous réfugier aux iles Las Perlas au large du Panama pour y faire une quarantaine choisie. Sans le corona nous irons plus droit. Nous atteignons l’île de Contadora rapidement grâce au bon vent et aux réglages minutieux de Briac qui a dans sa casquette une formation de moniteur de voile. Le mouillage est déjà occupé par une vingtaine de bateaux attendant un déblocage de la Polynésie. Deux semaines d’isolement à chasser le Perroquet (poisson), bricoler, se baigner, ravitailler, désinfecter les courses (et le PQ)… C’est frustrant de ne pas pouvoir aller voir les autres et de ne pas pouvoir poser pied à terre. Malgré cela c’est sûrement l’un des meilleurs endroit ou se retrouver confiner. Bientôt le Pacifique!

Le corona ne nous touchera pas!

Parade à la quarantaine : l’apéro annexe avec distances sanitaires respectées
Désinfection du PQ!

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