Tekau ma hitu (27) – Adios amigos. Vers l’ouest sur le Pacifique!

Fini de fanfaronner, de se la couler douce sur les flots berçant du mouillage de las Perlas au Panama. Aujourd’hui nous partons! On ne sait pas si l’on pourra débarquer en Polynésie mais qu’importe un bateau c’est fait pour avancer et Heïva s’impatiente. Je souffle dans la corne de brume pour réveiller les branleurs du mouillage qui ne se fatigue même pas à sortir le nez dehors pour nous saluer. Cela n’a guère d’effets mais je m’entête jusqu’à ce que la corne ne sorte plus qu’un son proche d’un mouton à l’agonie. Quelques têtes sortent et quelques mains nous saluent enfin. Deux semaines que nous sommes en quarantaine (choisie) et nous partons maintenant sur le plus grand océan du monde. Quelque 8000km que nous prévoyons de réaliser en 25 jours soit la vitesse d’un coureur assidu, un cycliste ventripotent ou d’un voiture allant chez le mécanicien du coin. Mais nous avancerons 24/24h c’est ce qui fait la différence. Nous partons avec Ribl An Dour, le catamaran de Joël et Béatrice qui ont embarqué les deux frères Gillian et Tristan. Il est prévu quelques jours de près, un vent de face qui rend la navigation plus inconfortable qu’un vent arrière. Le premier soir, de nuit, nous évitons un cargo à la dérive. Il nous oblige à prendre le vent de travers. Les rafales nous couchent tandis que nous passons très proche de lui, il n’est pas facile d’anticiper le mouvement d’un bateau aussi énorme à la dérive surtout quand on y voit rien.

Départ avec Ribl An Dour

Nous remettons ensuite le cap vers le Galapagos pour aller chercher les alizés tant convoités. En navigation hauturière il n’y a que les imbéciles qui tentent de jeter l’ancre, non, avec 3000 mètres de fond qui dit nuit dit quarts. La surveillance est constante: de jours comme de nuit un œil scrute l’horizon. Nous choisissons de faire des quarts tournants de trois heures. Je commence par le quart du milieu, minuit-trois heures et demain je ferais celui d’après. Pendant mon quart nous croisons Ribl An Dour une dernière fois. Nous ne les reverrons sans doute pas avant l’arrivée.

Nous avons trois cannes qui pêchent à l’arrière du bateau pour nourrir les ventres et occuper les bras. Rapidement nous avons notre première touche (hors bambous flottants).  Le capitaine assis dans la descente de la jupe remonte ce premier poisson qui se bat admirablement, il est lourd! Nous voyons déjà les filets dans nos assiettes, les carpaccios et les salades tahitiennes. Il arrive, nous distinguons une forme énorme sous l’eau, puis un ailerons qui dépasse et c’est maintenant un requin qui s’agite derrière la jupe. Pas de volontaires pour enlever l’hameçon logé derrière les dents acérées, nous coupons la ligne et perdons notre premier rapala. Ce sera ensuite misère de poissons (à part une bonite) jusqu’à la sortie des Galapagos. Mais ne rejoignons pas si vite ces terres enchantées, un long chemin nous en sépare encore.

Étonnamment nous avons la visite de plusieurs oiseaux, surtout à la tombée de la nuit. La vision d’une nuit sur un support solide les attirent. A plusieurs centaines de kilomètres de la première terre les options d’atterrissage sont limitées et la perspective d’une nuit posée sur la surface de l’océan est peu réjouissante. Des animaux aux plumage noir et blanc se posent sur notre navire et nous ravissent d’une compagnie imprévue pendant nos quarts. Du moins au début. Lorsque le capitaine découvre le toit de sa cabine recouvert de fientes, notre relation avec les volatiles change complètement. En plus de chier partout ils commencent à abîmer le matériel en tête de mât. La guerre est déclarée. Briac se lance dans la réparation du vieux lance-pierres de bord (qui tiendra le temps de lancer environ trois pierres) et je m’arme d’une gaffe pendant la nuit. Lorsque qu’un gros oiseau noir se pose sur le portique arrière je laisse couler, son postérieur étant à l’aplomb de la cuvette royale. Par contre au moment où l’un de ses potes le rejoint ça ne passe plus. J’attrape la gaffe, je me tourne vers eux et croise leurs regards de défiance, ils ont compris. Je m’avance doucement vers eux, la gîte ne me facilite pas la tâche mais j’arrive à 1 mètre des volatiles lorsque l’un d’eux me lance un « Roaaa » puissant. J’en pousse un avec mon arme, il l’agrippe du bec et la secoue. Je tiens bon et le fait fuir. J’use de la même technique avec son congénère. Ahah c’est qui le plus fort! Je me repose sur mon siège et attrape ma liseuse. Quelques minutes plus tard ils sont de retour…

Nous naviguons toujours au pré, le bateau aime ça et nous nous habituons à ces conditions un peu sportives. Nous gitons, parfois assez fortement et nos muscles anticipent maintenant les mouvements. Cette allure impose de grosses tensions sur les bouts et sur les voiles. Heïva est nerveuse, dans les coups de vent on relâche un peu les cordages et on diminue la voilure pour la calmer. Sans anémomètre on apprend à anticiper la météo et surtout à y être attentifs. Bien que l’océan soit grand il nous arrive de  croiser d’autres navires. Une fois où nous étions en pleine partie de Yam, le capitaine en veine, Briac à la déroute, un cargo énorme se trouvait à quelques centaines de mètres de nous sans que personne ne l’ai vu. Nous jurâmes d’être plus attentifs. Le lendemain la même chose se produisit.

C’est quoi la gîte?
253ème partie de Yam

Finalement après une petite semaine de mer deux cailloux perdus dans l’océan se dessinèrent progressivement. Les courants et les vents nous obligèrent à emprunter cette porte d’entrée des Galapagos. Heïva se faufila le long des rochers désertiques et pénétra dans l’enceinte de ces îles mythiques. Sur la droite nous dépassons l’île aux oiseaux, énorme cylindre de plusieurs centaines de mètres de haut sur lequel viennent nicher les oiseaux du coin et d’ailleurs. Un courant fort essaye de nous entraîner vers l’Est de l’archipel, seul l’appui du moteur nous permettra de nous en défaire. La mer est plate, le vent nul et le ciel nuageux. Les phoques profitent de cette ambiance paisible et mystérieuse pour flotter en surface, sur le dos, les pattes avant posées sur leur ventre. L’avancée de notre navire perturbe gravement leur environnement, ils nous regardent passer puis disparaissent sous les eaux grises.

Au large d’Isla Isabella nous avons le premier arrêt inopiné du pilote automatique pendant la réparation d’un ris de grand voile. Heïva aurait aimé visiter ces terres et a mit le cap droit sur les falaises. Nous mettons plusieurs minutes pour nous en apercevoir si bien que nous recevrons un mail dès Galapagos pour nous demander si tout allait bien.

Passé cet épisode puis deux jours de calme plat appelé pétole dans le jargon nautique, nous atteignons les alizés qui, selon toute vraisemblance, devraient nous amener vers notre destination.

Réparation aérienne de l’antenne VHF

La canne bâbord s’affole, je m’y colle et tente de remonter la bête. Je comprend que c’est sans espoir quand, frein du moulinet serré à fond, la ligne n’en fini pas de se dérouler. Briac et moi restons spectateur devant le show d’un espadon sautant à plusieurs mètres de haut pour se libérer de son entrave. Il fini par s’en dépatouiller et a la décence de nous laisser le rapala. Mise à part cette déculottée, nos talents de pêcheurs nous permettent d’avoir en moyenne une ou deux dorades coryphènes par jour nous permettant de nous sustenter largement. Par deux fois nous assistons à un vol de dorades, des centaines de poissons sautant sur nos rapalas et se battant pour eux. Ce spectacle fera parti des plus belles choses que j’aurais vu lors de cette traversée.

Pierre nous initie à la cuisine du poisson du large avec notamment :

– Carpaccio de poisson : coupez de fines lamelles de votre animal aquatique et étendez les dans un plat. Pressez deux ou trois citrons verts sur l’ensemble des lamelles et laissez mariner quelques minutes. Disposez sur le dessus un demi oignon coupé finement, des baies de cogi moulu ou pilonné (ou du poivre), des aromates à convenance (persil, coriandre, aneth, estragon, origan, gingembre…) et versez ensuite une bonne quantité d’huile d’olive.

– Salade tahitienne de bord : coupez des dès de poisson cru que vous placerez dans un saladier. Pressez trois citrons verts mélangez et laissez cuire une dizaine de minute. Coupez des légumes (choux, oignons, tomates, concombres, carottes, poivrons…) et ajoutez les à la préparation. Versez ensuite du lait de coco frais (ou en boîte si vous n’êtes pas dans les tropiques) et servez.

– Mi-cuit de poisson : coupez d’épaisses tranche de votre poisson (environ 2cm). Faites frémir de l’huile d’olive dans une poêle et placez y votre poisson. Faites cuire une minute de chaque côté (plus ou moins suivant la cuisson souhaitée) en ajoutant un peu de poivre et de cristaux de sel. Sortez les steak et ajoutez un filet d’huile d’olive, du vinaigre balsamique et quelques graines de sésame.

– Poisson au lait de coco et au curry : répétez la cuisson du Mi-cuit. Après avoir enlevé vos tranches ajoutez du lait de coco dans votre poêle puis du curry, du sel et du poivre. Versez la sauce sur le poisson.

C’est avec ces malheureuses recettes que nous avons survécu à notre traversée. Lorsque nous en avons eu marre de la dorade un thon rouge de 15kg a eu la bonne idée de nous rendre visite. Faute de congèle nous gardions le poisson 4 jours au frigo puis nous en faisions des rillettes. Croyez moi les rillettes de dorades valent le détour, surtout au petit déj.

Un jour, nous avons eu la visite d’un autre oiseau, il était visiblement fatigué et a mis du temps à se poser sur la filière. Trois jours avant, un petit calmar s’était échoué sur notre pont et je découvris que nous ne nous en étions pas débarrassé. Je saisi donc le petit mollusque séché, l’arrachant du support où il y laissa son spectre. L’oiseau me regardait. D’un geste assuré malgré l’équilibre précaire dans lequel je me trouvais je lui envoya le calmar à ses pattes. Il geula « Non mais tu te fous de ma gueule! Ca fait quatre jours que je vous suis, tu crois que je sais pas ce qu’il y a dans votre frigo!? Et tout ce que tu trouves à me donner c’est un vieux calmar séché! » Je fût étonné de comprendre ses paroles mais, franchement, on ne réagit pas comme ça quand on s’invite sur un bateau!

Navigation sous spi

Je m’étonne de l’étonnante rapidité avec laquelle sont passées ces trois semaines. On va pas se mentir les jours se ressemblent et même de plus en plus. C’est sans doute ce qui fait qu’ils passent vite, on s’embrume dans des souvenirs que l’on ne peut dater précisément. J’arrive à reconnaitre chaque bruit et grincement, ils sont rentrés dans l’ambiance environnementale et ne perturbe aucunement. C’est même leur absence soudaine qui alerte : Heïva nous prévient « quelque chose ne va pas ». Le pilote automatique lâche deux ou trois fois par jour, notre système d’alimentation au gaz est limite, le réservoir de diesel sous mon lit fuit, la drisse de génois était à deux doigts de se rompre, le dessalinisateur est de plus en plus instable, l’antenne de VHF en tête de mât menace de tomber. Mais bon, on a du vin et des bières, on tiendra.

Finalement, le matin du 26ème jour je me réveille avec vue sur une masse grisâtre, des formes rocailleuse apparaissent. Briac et Pierre sont debouts, l’île se rapproche doucement. Au fur et à mesure nous distinguons de plus en plus de nuances de couleurs avec une dominance verte. Nous recevons un mail de Ribl An dour, ils sont en vue de l’île et ils apparaissent sous le soleil. 26 jours de mer, deux bateaux différents, deux chemins différents et nous arrivons à quelques dizaine de minutes d’écart! Ils ont un meilleur angle par rapport au vent et nous rattrapent, pas possible ils vont pas nous passer devant juste avant l’arrivée! « Broum » Pierre allume les moteurs « ça fait longtemps qu’ils n’ont pas tourné, il vaut mieux qu’ils soient chaud en arrivant au mouillage ». Nous finissons donc au moteur à 9 nœuds, Ribl An Dour reperd du terrain.

L’arrivée aux Marquises

Nous entrons dans le mouillage d’Hiva Oa ou une quinzaine de bateaux sont déjà un peu entassés, sûrement des gens qui ont été confinés ici. Nous avons reçu un mail des autorités, nous n’avons pas le droit de poser pied à terre avant d’avoir rencontré la police locale. Nous somme le weekend, nous ne les verrons pas avant lundi. Bien heureux d’être arrivés! Ca sent bon, il fait beau, c’est beau, certains bateaux nous amènes des fruits, tout ça ma l’air prometteur!

Après avoir jeté l’ancre

6 commentaires sur “Tekau ma hitu (27) – Adios amigos. Vers l’ouest sur le Pacifique!

  1. Bravo PH pour ce bel effort! Moins d’une année pour écrire le résumé de cette superbe traversée !! Blague à part les photos sont sublimes, les recettes mettent l’eau à la bouche et ton écriture s’affine. Que du bonheur. Merci.

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  2. Enfin des nouvelles et ça me manquait…Belle traversée, des beaux poissons et des biens belles recettes. Au plaisir de lire la suite.
    Tu penses rentrer quand PH.
    Bonne continuation.
    Jacques

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